Chronique & Humour : Bernard, hospitalisé d'urgence au Cambodge
- La Rédaction

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Bernard s'est foulé la cheville en descendant de son tabouret un peu trop vite. Il en ressort avec une attelle, une chambre pour trois jours, un frigo plein de bières planquées, et l'intime conviction d'avoir frôlé la mort.

La première story
Vingt minutes après son arrivée aux urgences, allongé sur un brancard avec une cheville légèrement enflée, Bernard poste sa première story : « Les amis, je vous tiens au courant, c'est du sérieux cette fois. Pensez à moi. »
Photo de son visage grave, cadrée pour éviter la cheville en question, qui aurait immédiatement remis les choses en perspective. Cent douze réactions, dont quarante-trois cœurs et huit personnes qui proposent déjà d'organiser une collecte.
Le diagnostic
Le médecin explique, avec la patience d'un homme qui a déjà vécu cette scène mille fois, qu'il s'agit d'une simple entorse, qu'un bandage et deux jours de repos suffiraient largement.
Bernard l'interrompt : « Non mais vous êtes sûr que c'est pas plus grave que ça ? Vous avez bien regardé partout ? » Il insiste tant sur la gravité de son cas que le médecin, par lassitude plus que par nécessité médicale, finit par céder et le garde en observation. Bernard prend ça comme une validation médicale de son instinct.
L'installation
Une fois en chambre, Bernard organise son espace avec le sérieux d'un chef d'expédition polaire. Un ami du bar lui apporte, planqués dans un sac de courses, un pack de six Anchor et une pizza entière, « pour le moral ».
Bernard planque les canettes derrière la table de chevet, sort la pizza sur ses genoux, et lance à l'infirmière venue prendre sa tension : « Ah non touchez pas à ça, c'est perso ! », comme si elle avait manifesté le moindre intérêt pour sa margherita tiède.
La télécommande
Le lendemain, un match de foot est diffusé sur l'unique téléviseur du couloir, visible depuis trois chambres dont la sienne. Bernard monte le son au maximum et commente chaque action à voix haute, y compris pendant les visites médicales.
Dans la chambre voisine, un homme plus âgé, sous perfusion, remonté après une opération bien plus sérieuse que celle de Bernard, referme les yeux et attend que ça passe, avec la patience résignée de quelqu'un qui a déjà compris qu'il n'y avait rien à faire.
Les plaintes
Bernard passe le plus clair de son séjour à se plaindre du personnel médical à qui veut l'entendre, y compris au personnel médical lui-même. « Franchement, on est mal soignés ici, ça traîne, personne vient jamais me voir. » Une infirmière, qui passe pourtant le voir toutes les heures depuis son admission, hoche la tête sans un mot et repart vérifier la perfusion du patient d'à côté, celui qui, lui, n'a jamais formulé une seule plainte en trois jours.
Le bilan
Bernard sort de l'hôpital au bout de trois jours, cheville toujours légèrement enflée mais parfaitement capable de marcher, et publie une dernière story : « Merci à tous pour votre soutien, ces derniers jours ont été durs mais je suis un battant. »
La photo, prise par un ami venu le récupérer, le montre souriant, une canette à la main, devant l'hôpital. Personne, dans les commentaires, ne fait le rapprochement entre la canette et les trois jours de convalescence héroïque qu'il vient de raconter.







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