Bunchan Mol : le moine-boxeur qui a écrit le livre le plus lu du Cambodge, et l'a payé de sa vie
- La Rédaction

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Il fut moine avant d'être boxeur, prisonnier avant d'être un auteur à succès, et nationaliste avant tout le reste. Bunchan Mol a passé cinq décennies à se battre — sur le ring, dans ses écrits, et en politique — pour une idée du Cambodge à laquelle il croyait. En avril 1975, cette idée, et l'homme qui l'avait couchée sur le papier, furent parmi les premières choses que les Khmers rouges détruisirent.

Du monastère au ring de boxe
Bunchan Mol naît en 1921, non loin du Palais royal de Phnom Penh, quatrième fils du gouverneur du district de Ta Khmau. À treize ans, en 1934, sa famille l'envoie dans la vie monastique bouddhiste au Wat Langka, sous l'autorité de l'abbé réformiste Lvea Em — un début plutôt conventionnel pour un garçon de son rang et de son époque.
Cela ne dure pas. En 1940, à dix-neuf ans, il quitte le monachisme et se tourne vers la boxe khmère, devenant rapidement l'un des meilleurs combattants du pays. C'est une reconversion étonnamment physique et publique — du novice priant sous un abbé réformateur au jeune homme qui se forge un nom à coups de poing — et elle donne le ton d'une vie qui ne cessera de se heurter à l'autorité.
Prisonnier politique à vingt-deux ans
En 1942, Mol participe à la Manifestation des Ombrelles, une protestation anti-française à Phnom Penh menée par le leader nationaliste Son Ngoc Thanh. La réponse française est immédiate : à vingt-deux ans, Mol devient le plus jeune prisonnier envoyé au bagne de Côn Sơn, au Vietnam, aux côtés du moine Hem Chieu — sujet d'un autre portrait "héros cambodgien" de Cambodge Mag — et de centaines d'autres détenus politiques venus de toute l'Indochine.
La prison ne met pas fin à sa carrière de combattant ; elle la déplace. Mol se fait connaître à Côn Sơn en remportant les tournois de boxe organisés par les gardiens de la prison eux-mêmes — un détail révélateur sur un homme qui semble avoir refusé de se laisser diminuer par l'enfermement. Hem Chieu, lui, meurt de dysenterie sur place. Mol et les autres survivants sont libérés par les forces japonaises en janvier 1945.
Fonder la résistance, puis s'en détacher
Libéré et intact, Mol revient au Cambodge avec un nationalisme, selon ses propres mots, non pas éteint mais avivé. Il relance le journal Nokor Wat et, après la capitulation du Japon la même année, cofonde le Khmer Issarak, le mouvement qui portera la lutte anticoloniale cambodgienne contre la France durant la décennie suivante.
Mais lorsque les troupes françaises arrêtent Son Ngoc Thanh en octobre 1945, Mol craint pour sa propre vie et fuit Phnom Penh, trouvant refuge chez un oncle de la famille Pok. Il épouse une femme de la maison Abhaiwongse de Battambang — une famille noble d'origine thaïe, de longue date habituée à asseoir son pouvoir par des alliances matrimoniales dans le nord-ouest du Cambodge. Dans le même temps, fervent partisan de la non-violence, Mol rejette le virage du Khmer Issarak vers la guérilla et rompt avec son politburo — un résistant qui résiste à son propre mouvement de résistance.
Politique démocratique, et une raclée de la foule
En 1951, Mol rejoint le Parti démocrate de l'ancien Premier ministre Ieu Koeus. C'est à cette époque qu'il renoue avec les descendants de la puissante famille Thiounn — sa propre sœur, Bunchan Moly, s'y était mariée, devenant la mère d'un futur ministre khmer rouge, Thiounn Mumm.
L'opposition du Parti démocrate au roi Norodom Sihanouk pousse ce dernier à dissoudre le parlement en 1953. Mol et d'autres membres du parti rencontrent ensuite Sihanouk et reçoivent des assurances quant à leur sécurité — des assurances qui ne tiennent pas. Ils sont agressés physiquement, lapidés et blessés, dans les suites de cette rencontre.
Deux best-sellers, et les années de la République
En 1970, Mol dirige une délégation bouddhiste cambodgienne à une conférence en Corée, rédigeant un appel contre les incursions nord-vietnamiennes dans un Cambodge officiellement encore neutre. Sous la nouvelle République khmère, il occupe le poste de sous-secrétaire à la propagande et aux affaires religieuses sous Lon Nol.
En 1972, il publie ses mémoires de prison, Kuk Noyobay ("Prison politique"), qui se vendent si bien qu'une nouvelle édition est imprimée en trois mois. L'année suivante paraît Charet Khmer ("Le caractère khmer"), un essai politique sur le déclin moral et le renouveau nécessaire de l'esprit national cambodgien — un ouvrage plus tard qualifié par un politologue de peut-être le plus lu de l'histoire du pays. Mol s'en sert pour critiquer des figures qu'il juge symptomatiques d'un mal national plus profond, parmi lesquelles le gouverneur de Siem Reap Dap Chhuon, connu pour sa violence. Les chercheurs restent partagés sur la valeur de l'ouvrage : certains y voient un diagnostic sincère d'une "méfiance profondément enracinée" au sein des élites khmères ; d'autres, un ressentiment personnel déguisé en analyse nationale. Son nationalisme comportait une charge anti-vietnamienne prononcée, qui se lit aujourd'hui avec malaise.
Avril 1975
Lorsque les Khmers rouges entrent dans Phnom Penh en avril 1975, Bunchan Mol figure parmi les premiers intellectuels exécutés. Il a alors cinquante-trois ou cinquante-quatre ans. L'oncle, par alliance, de trois futurs ministres khmers rouges n'aura pas vécu assez longtemps pour voir ce que deviendrait sa propre famille élargie.
Une voix qui a survécu au régime
Les écrits de Mol ne meurent pas avec lui. Son récit du bagne de Côn Sơn a depuis été traduit et publié en anglais. Et en 1995, plus de vingt ans après la première parution de Charet Khmer, le Premier ministre Hun Sen recommande sa réédition et sa relecture — une reconnaissance, quelle que soit l'opinion qu'on ait de sa politique, que Mol avait mis le doigt sur quelque chose auquel les Cambodgiens ne cessaient de revenir. Le livre circule encore aujourd'hui parmi les jeunes générations, la voix d'un combattant qui a survécu au combat qui l'a tué.







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