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Le Vocabulaire Culinaire Khmer : Une Dichotomie Ancestrale Décryptée par Saveros Pou

Dernière mise à jour : il y a 3 jours

Le document pionnier de Saveros Pou sur le vocabulaire de la cuisine khmère révèle les fondements linguistiques et culturels d'une tradition millénaire, où influences indiennes et chinoises se croisent de manière surprenante.

Prof. Pou Saveros en 1996 (photo ហម ឆាយលី Ham Chhayly)
Prof. Pou Saveros en 1996 (photo ហម ឆាយលី Ham Chhayly)

Publié en 1992 dans Kambodschanische Kultur, ce texte essentiel distingue avec finesse les pratiques quotidiennes des rituels sacrés.​​

Portrait de l'Auteure

Saveros Pou (1929-2020), linguiste franco-khmère éminente et directrice de recherche au CNRS, a consacré sa vie à l'épigraphie et à la langue khmère ancienne. Née à Phnom Penh dans une famille lettrée, formée au Lycée Sisowath avant de poursuivre ses études en France sous la tutelle de maîtres comme George Cœdès et Jean Filliozat, elle a produit plus de 150 ouvrages, dont son monumental Dictionnaire vieux khmer-français-anglais.​

Son œuvre encyclopédique embrasse l'étymologie, la littérature et les codes culturels khmers, avec une incursion remarquée dans l'art culinaire via cet article accessible sur le site Angkor Database.​

Les Fondements d'un Repas Khmer

Pou dépeint le repas khmer comme une harmonie dichotomique : plats cuits et crus, liquides et solides, servis simultanément sur un plateau central pour un partage convivial. Le riz cuit (paybaay), élément indispensable et sec, s'équilibre avec des mets humides (mhup), tandis que l'on interdit l'eau pendant le repas, privilégiant les bouillons pour avaler les bouchées.​

Cette structure binaire imprègne le vocabulaire : si (manger, solides) versus phik (boire, liquides) ; plats principaux odorants de protéines animales (camap) suivis d'un dessert sucré (pan-aem) pour "laver la bouche". Les légumes, issus de cueillettes ancestrales (panlae : fruits et fleurs), complètent un régime dominé par le poisson.​

Techniques et Vocabulaire Culinaire

Les verbes khmers autochtones dominent : tm dam pour bouillir en bouillon clair, sla pour mijoter un curry épais (samla), cha pour frire dans la graisse de porc – emprunt chinois. Pou dresse des tableaux précis classant modes (gril, vapeur, friture), consistances et ingrédients, soulignant la pérennité de ces pratiques des hameaux forestiers aux cuisines urbaines.​

Peu de dérivés nominaux émergent, hormis reliing (grains rôtis) ou samla (ragoût polyvalent, adaptable aux influences étrangères). Les salades crues (ampoem, pilons crus) incarnent la fraîcheur, opposée aux cuissons ardentes.​

Influences Étrangères : Inde versus Chine

Malgré vingt siècles d'interactions indiennes, seul kari (du tamoul, pour curry) intègre le lexique khmer profane ; les termes sanskrits anciens se limitent à des offrandes divines, sans verbes culinaires. À l'opposé, les techniques chinoises – friture, vapeur, infusion de feuilles de thé – imprègnent profondément la cuisine quotidienne.​​

Cette analyse sémantico-culturelle, première du genre, affirme l'authenticité khmère face aux emprunts sélectifs, préservant un noyau verbal compact et intemporel.​


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