Art & Culture : « Why Do I…? », le questionnement de la Cambodgienne Koem Keosocheat

« Le désir de connaître le pourquoi et le comment est appelé curiosité » écrivait le philosophe anglais Thomas Hobbes. Pour sa deuxième exposition nommée « Why Do I...? », Koem Keosocheat nous ramène à son enfance dans un Cambodge rural. Un royaume entouré de superstitions, d’étranges croyances, et de rituels. Son nouveau travail remet aussi en question l’éducation traditionnelle cambodgienne et propose une réflexion sur l’autonomisation des femmes.

Koem Keosocheat et son œuvre « Precepts »

Lorsque les enfants posent des questions, cela montre à quel point les relations solides sont importantes pour les aider à apprendre et à grandir. Munie d’un coup de pinceau talentueux et de son style poétique, l’artiste cambodgienne Koem Keosocheat joue avec la légèreté de la technique de l’aquarelle pour rehausser les forts intimes de ses questions sur de grandes toiles aux tons nostalgiques et interrogateurs.

«Grâce à mon travail, affiché dans cette exposition, je travaille de manière créative sur ce traumatisme, partageant mes questions — et pas les réponses — avec le public »

Une fois le seuil de la porte de la galerie franchie, neuf peintures accompagnées d’une sculpture ornent cette pièce maculée de blanc ; un contraste significatif qui met en exergue la pureté de l’âme de la jeune artiste avec les traumatismes qui l’ont marquée. Durant son enfance et son adolescence, Socheat se posait de nombreuses questions - et beaucoup d’entre elles sont restées sans réponse par sa famille et les gens autour d’elle : « Quand j’étais enfant, je n’ai jamais eu les réponses aux questions concernant nos traditions », précise l’artiste en ajoutant :

« Quand j’étais jeune, les personnes âgées m’ont souvent dit de ne pas faire cela à cause du mauvais karma, en khmer bab. Mais personne ne m’a expliqué ce que signifie vraiment bab »
Moto

L’introspection débute avec ‘Moto’, témoignage de l’intime lien qui existe entre l’Homme et la religion. Il met en évidence les mauvaises interprétations qui tronquent le vrai message de la spiritualité. Une corrélation est a faire avec la toile ‘Precepts’ exprimant à travers les doigts d’une main tendue les 5 enseignements de base que les bouddhistes doivent observer : ne pas tuer, ne pas voler, ne pas commettre d’inconduite sexuelle, ne pas mentir et ne pas prendre de substances altérant l’esprit. Face à ces commandements, l’enfant ne comprend pas tout. Il reste très ouvert, souhaite parler de son cadre, se nourrir de ce que les plus âgés ont à lui apporter ; c’est le sujet traité par ‘Open’. C’est alors que la délibération intérieure commence avec ‘Why?’. La jeune peintre ravive le thème principal de cette exposition par le biais de la représentation d’une enfant triste et isolée dans ses pensées. La posture recroquevillée de cette jeune fille évoque les maux d’un questionnement qui reste sans réponses de la part de nos aînés. Ce manque d’ouverture, ‘Close’ l’aborde par un retranchement dans nos convictions, un refus d’empathie et de partage. Une mise à nu de notre éventuelle mauvaise foi qui nous conduit à ‘Influence’ : une œuvre marquée d’une trace indélébile laissée par les vieilles générations sur les visages innocents. En s’enfonçant dans les méandres du mutisme, les pensées sont étouffées et les rêves annihilés.

« Comme la plupart de mes pairs, je devais juste suivre ce que les anciens disaient. De nos jours, quand j’entends le mot ‘bab’, cela me rappelle le traumatisme de mon enfance »

‘Pressure’ révèle ce malaise via le portrait d’une jeune fille asphyxiée par le silence. Cependant, l’artiste relève la tête et s’affirme, car nous avons le droit d’être curieux, d’obtenir des réponses afin de pouvoir mieux comprendre notre environnement et nous épanouir. Cette volonté s’exprime à travers la création ‘Right’ et se conclut par une vision d’un monde meilleur, un message empli d’espoir et d’amour : ‘Done’

Présentation de l’artiste lors du vernissage de l’exposition
« Si je fais quelque chose avec mon cœur, cela se reflétera de manière positive, c’est une vision d’un monde idéal, le miroir de ma pensée »

Dans le cadre de cette nouvelle exposition, Nico Mesterharm, directeur de la Meta-House, témoigne : « De nombreux théoriciens soulignent la persistance de valeurs traditionnelles en dépit des changements économiques et politiques. On dit que ses valeurs traditionnelles continueront à avoir une influence particulière sur les bouleversements culturels causés par le développement économique ». Il conclut :

« En période de développement rapide dans le pays, Socheat est l’une des rares jeunes artistes locale qui combine d’excellentes compétences avec des concepts clairs »
Vernissage de l’exposition

L’exposition est visible jusqu’au 30 novembre 2020

37 Sothearos Boulevard, Songkhat Tonle Bassak, Khan Chamkarmon, Phnom Penh

www.meta-house.com

www.facebook.com/MetaHousePhnomPenh

Texte et photographies par Michael Grao

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