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« Kaun Trei (Skinny Fish) » : le Cambodge signe sa renaissance par le trait

Il y a des films qui ne racontent pas seulement une histoire, mais qui sont, par leur seule existence, une histoire. Lancé en campagne de financement participatif à partir du 14 mars 2026, Kaun Trei (Skinny Fish) n’est pas seulement le premier long-métrage d’animation original du Cambodge : il est le fruit miraculeux d’un projet de résilience entamé il y a quarante ans, dans l’enfer des camps de réfugiés khmers rouges.

C’est une image qui en dit long sur le défi. Celle d’un jeune garigneur, Rithy, tenant fermement un galet talismanique offert par sa mère, alors que tout autour de lui n’est que flots troubles et promesses trahies. Kaun Trei (littéralement « Poisson maigre ») plonge ses racines dans la vase amère du Cambodge contemporain : celle de la vulnérabilité des campagnes, des promesses d’embauche fallacieuses, et de la réduction de l’humain à l’état de « ressource » jetable. Porté par le studio Battambangais Phare Creative Studio, le projet vient de lancer une campagne Kickstarter pour boucler son budget de pré-production de 50 000 $ [citation:0].

Mais si cette annonce résonne avec une force particulière dans le paysage culturel international, c’est que derrière les traits esquissés de Rithy se dessine le fantôme d’autres enfants, bien réels, ceux-là.

De la boue des camps à la lumière du trait

Pour comprendre ce que Skinny Fish porte en lui, il faut remonter à 1986. À la frontière thaïlandaise, dans l’immensité du camp de réfugiés Site 2, une jeune enseignante française, Véronique Decrop, propose des ateliers de dessin aux enfants. L’objectif premier n’est pas artistique, mais thérapeutique : offrir un exutoire, un langage, à ceux que la guerre civile et le génocide perpétré par les Khmers rouges ont réduits au silence et à la terreur . À la demande du père Pierre Ceyrac, ces ateliers deviennent un refuge pour des milliers d’orphelins .

Neuf de ces enfants, une fois la paix revenue, refusent que la lumière s’éteigne. De retour à Battambang en 1994, ils fondent Phare Ponleu Selpak (« la Lumière des Arts »), une association dédiée à la reconstruction par la création . D’une simple classe de dessin, l’école s’étend à la musique, au théâtre, et en 1998, au cirque, pour canaliser l’énergie des plus tourmentés .

« Phare Ponleu Selpak a été créé pour aider les enfants traumatisés par les conséquences de la guerre, les orphelins, les enfants des rues, et aussi pour permettre à tous ces enfants de connaître leur propre identité », expliquait Khuon Det, l’un des fondateurs, à Euronews en 2011.

Aujourd’hui, ce sont plus de 1 200 élèves qui fréquentent l’école publique gratuite adossée à l’association, et près de 500 jeunes suivent les formations professionnelles aux arts visuels et du spectacle . C’est dans ce terreau qu’a germé, en 2016, Phare Creative Studio, le bras armé de l’animation et du numérique.

Un art de la résilience devenu manifeste

Kaun Trei (Skinny Fish) est le premier aboutissement de cette filière. Ce qui frappe dans le projet, c’est la cohérence absolue entre le fond et la forme. L’histoire de Rithy, jeune nageur prometteur arraché à son village pour être exploité, est une transposition moderne des trajectoires des fondateurs de l’école. Lui aussi est un survivant, un déraciné. Lui aussi porte un héritage (le galet de sa mère) comme ces enfants de Site 2 portaient leurs crayons.

« Ce n’est pas juste un film, c’est un projet culturel », insiste Pagna Chan, superviseur du projet, dans le communiqué. « Chaque esquisse, chaque image fait partie du voyage de nos étudiants pour reprendre le pouvoir narratif à travers l’art. Skinny Fish est notre cadeau au monde : une histoire que seuls les Cambodgiens peuvent raconter »

Cette quête de souveraineté narrative est cruciale. Alors que l’industrie cinématographique khmère, florissante dans les années 1960, a été quasiment anéantie par le régime de Pol Pot, des projets comme Kaun Trei participent à une lente reconquête . Le film ne singe pas les canons de l’animation occidentale ou japonaise : il puise dans l’esthétique locale, entre l’encre traditionnelle khmère et l’art des fresques murales. C’est un parti-pris visuel qui ancre le récit dans une identité profonde, refusant de réduire l’histoire cambodgienne aux seuls clichés des périodes sombres.

Un financement participatif pour une renaissance culturelle

La campagne Kickstarter, qui se déroule jusqu’au 13 avril 2026, vise à financer la phase cruciale de la pré-production : character design, world-building et storyboard. L’objectif final pour le long-métrage est estimé à 450 000 $, une somme modeste pour une animation de qualité, mais vitale pour un pays où l’industrie du film d’animation en est à ses balbutiements [citation:0].

Les contreparties offertes (artbooks, contenus exclusifs, crédits de producteur associé) visent à créer une communauté internationale autour de ce projet, perpétuant le modèle du « social business » qui fait le succès de Phare. Depuis l’ouverture de son cirque à Siem Reap en 2013, l’organisation a prouvé qu’elle pouvait allier exigence artistique, viabilité économique et mission sociale, attirant des investisseurs comme la Grameen Crédit Agricole Foundation.

« La vision des fondateurs est de dire que pour créer une paix durable après le génocide, il faut aider les personnes à se reconstruire et à reconstruire une identité culturelle dynamique, ouverte sur le futur », résumait Jean-Christophe Sidoit, ancien directeur de l’ONG, dans un portrait de 2011 . Près de quinze ans plus tard, cette identité prend vie sur grand écran.

Kaun Trei (Skinny Fish) est plus qu’un film. C’est la preuve que quarante ans après les dessins dans la boue des camps, la lumière des arts n’a pas seulement éclairé des vies : elle projette désormais des ombres chinoises et des héros sur les écrans du monde entier.

Pour soutenir le projet : Campagne Kickstarter (du 14 mars au 13 avril 2026)

Site officiel du film : skinnyfishfilm.com

Réseaux : @skinnyfish.thefilm sur Instagram, Facebook et TikTok

1 commentaire

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emmascott63
il y a 2 jours
Noté 5 étoiles sur 5.

In the end, stickman hook succeeds because it combines accessible gameplay with satisfying movement. Whether playing casually or aiming for perfect runs, the swinging mechanics make every level enjoyable.

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