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Quand les frontières figées s'écroulent : Pourquoi les fortifications post-cessez-le-feu priment sur la rhétorique de l’invasion

Arnaud Darc, entrepreneur français établi au Cambodge depuis 1994 et analyste aguerri des enjeux régionaux, signe un essai intitulé « When Frozen Borders Fail: Why post-ceasefire fortification matters more than invasion rhetoric. »

Quand les frontières figées s'écroulent : Pourquoi les fortifications post-cessez-le-feu priment sur la rhétorique de l’invasion

Relayé sur ses comptes Facebook et via Cambodia Mag, ce texte dissèque le choc frontalier de décembre 2025 entre Phnom Penh et Bangkok. Loin des querelles sémantiques sur une « invasion », Darc met en garde contre un péril structurel : les fortifications unilatérales post-cessez-le-feu qui minent le fragile équilibre juridique de la délimitation.​

Une frontière définie, mais pas délimitée

S’étendant sur 803 kilomètres, la frontière terrestre entre les deux pays tire son tracé des traités franco-siamois de 1904 et 1907. Légalement fixée, elle reste toutefois imparfaitement matérialisée, surtout en zones montagneuses et boisées.

Le Mémorandum d’entente de 2000 a institué la Commission mixte de délimitation des frontières terrestres (JBC), imposant un gel des revendications : aucun changement unilatéral tant que les levés conjoints ne sont pas finalisés.

Ce cadre a prévalu plus de vingt ans, canalisant un litige explosif vers une procédure technique, à l’inverse des affrontements de 2008-2011 autour du Preah Vihear, tranché par la Cour internationale de Justice.​

Arnaud Darc souligne cette nuance essentielle – définition contre délimitation – qui doit privilégier la patience à la confrontation.​

L’escalade de décembre et ses séquelles alarmantes

Le 7 décembre 2025, des explosions de mines blessent des soldats thaïlandais, déclenchant frappes aériennes (F-16, T-50), tirs d’artillerie et incursions terrestres. Bilan : 30 civils cambodgiens tués, 88 blessés, plus d’un million de déplacés bilatéraux.

Le cessez-le-feu bilatéral du 27 décembre, acté par la 3e Commission générale spéciale des frontières (SGBC), énumère 16 points : cessation des hostilités, non-renforcement des troupes, interdiction de nouvelles constructions militaires, retour des civils.​

Les faits les plus graves interviennent ensuite.

À Chouk Chey, dans la province de Banteay Meanchey, face à Ban Nong Chan, Bangkok déploie conteneurs et barbelés, barrant l’accès aux civils cambodgiens – images AFP du 2 janvier 2026 à l’appui, confirmées par des observateurs ASEAN. Phnom Penh dénonce une « occupation illégale » le 3 janvier ; Bangkok plaide la sécurité sur « son » sol contesté.​

Au-delà du mot « invasion »

L’accusation d’« invasion », reprise par des officiels cambodgiens, galvanise l’opinion mais heurte le droit international : prouver une entrée armée intentionnelle sur sol souverain avéré reste ardu dans ces zones grises sous régime de gel. Arnaud Darc alerte : ce tollé rhétorique masque un précédent funeste, la banalisation de fortifications post-conflit qui bafouent le statu quo et imposent des faits accomplis.​

Le virage sémantique du Premier ministre Hun Manet – de « invasion » à « litige frontalier » – s’explique par un pragmatisme salvateur : il préserve la crédibilité auprès de l’ASEAN, des donateurs et des recours judiciaires, friands de preuves tangibles plus que de vociférations.​

Lacunes des accords et échos régionaux

Les textes du 27 décembre, prolongeant ceux de Putrajaya (juillet 2025), prohibent avancées ou édifications, sous contrôle de l’Équipe d’observateurs ASEAN (AOT) et d’unités bilatérales, sans préjudice à la JBC.

Reste un flou persistant : ni corridors humanitaires, ni cartographie précise des barrières, ni calendrier pour le retour à Chouk Chey ; les rapports AOT manquent de transparence publique.​

Ce vide favorise un « silence stratégique » : sans coups de feu, les empiétements « préventifs » s’installent, piégeant les civils. Une faille ici ébranle le modèle de 2000, supplantant arpenteurs par militaires.​

Vers une désescalade procédurale ?

Le Cambodge gagnerait à documenter précisément – via satellites et témoignages géolocalisés – ces entorses au statu quo, qualifiées d’« occupation illégale » ou de « présence non autorisée ».

Bangkok doit attester la neutralité de ses mesures face à la JBC et au retour civil. L’ASEAN, par l’AOT, imposera rapports exhaustifs, échéances JBC pour segments prioritaires (déminage inclus), restaurant le statu quo avant levés.​

Arnaud Darc tranche : les lignes bougent moins par raz-de-marée armé que par érosion des processus. « Cette frontière se voulait œuvre d’arpenteurs conjoints, de bornes ancestrales et de pourparlers patients, non de fer et de feu. » Sans relance pleine de la JBC, l’épreuve perdure – son coût se révélera dans la prochaine tourmente.

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