Phsar Thmey, la mémoire dorée de Phnom Penh
- La Rédaction

- il y a 1 jour
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Depuis près d'un siècle, une coupole Art déco ocre veille sur Phnom Penh et sur l'un des marchés les plus photographiés d'Asie du Sud-Est — né d'un marécage asséché, meurtri par les bombes, sauvé de justesse par une rénovation franco-cambodgienne.

À l'heure où le soleil cambodgien commence tout juste à mordre sur l'asphalte, la coupole de Phsar Thmey s'embrase la première. Sa robe ocre, unique dans le paysage urbain de la capitale, capte la lumière avant même que la ville ne s'éveille tout à fait, et ses quatre ailes tendues en diagonale projettent une ombre en étoile sur les trottoirs environnants. On la reconnaît de loin, cette silhouette Art déco un peu extraterrestre, posée entre les boulevards hérités du protectorat français et les tours de verre qui poussent tout autour. Mais c'est à l'intérieur que Phsar Thmey révèle son vrai visage : sous la lumière filtrée par des claustras dorés, dans l'odeur mêlée du poisson frais, de l'encens et du métal chaud, des milliers de vies se croisent chaque jour, entre vitrines de bijoux, montagnes de tissus pliés et étals de fruits — comme elles le font, presque sans interruption, depuis 1937.
Pourquoi un marché a-t-il été construit sur un marécage ?
L'emplacement n'a rien d'un hasard architectural, même s'il a longtemps posé problème. Avant les années 1930, l'endroit n'était qu'une zone marécageuse qui recueillait les eaux de ruissellement pendant la mousson, en plein cœur de ce qui était alors le quartier chinois de Phnom Penh. Avec une population de la capitale approchant les 90 000 habitants à la fin des années 1920, l'administration du protectorat français juge le site trop central pour rester un bourbier et décide de l'assécher pour y bâtir un marché à la mesure de ses ambitions urbaines. La crise économique de 1929 retarde le projet de plusieurs années ; les travaux ne démarrent finalement qu'en 1935.
Un chantier signé par des noms qui comptent
La conception revient à Jean Desbois, architecte-voyer de la ville de Phnom Penh de 1931 à 1937, avec Louis Chauchon comme architecte-ingénieur superviseur et Wladimir Kandaouroff à ses côtés, le tout épaulé par le bureau d'études Daydé & Pillé. Le marché ouvre en septembre 1937, sous les yeux du roi Sisowath Monivong. À l'époque, on le présente comme le plus grand marché d'Asie : une coupole centrale de 26 mètres de haut, alors l'une des plus vastes du continent, d'où rayonnent quatre halles immenses capables d'accueillir des centaines d'échoppes.

Une coupole pensée pour la chaleur, pas seulement pour l'esthétique
Ce qui frappe encore le visiteur d'aujourd'hui, ce n'est pas tant la taille du bâtiment que son ingéniosité climatique. Les claustras géométriques percés le long des parois laissent entrer la lumière tout en créant un effet de cheminée qui évacue naturellement l'air chaud — une forme de climatisation passive imaginée bien avant l'ère du split system. Le jeu des poutres et des ouvertures dorées qui montent vers le sommet de la coupole reste, aujourd'hui encore, l'un des spectacles architecturaux les plus recherchés par les photographes de passage à Phnom Penh.
Une bombe, une guerre, des années sans entretien
L'histoire du marché est loin d'être un long fleuve tranquille. En 1940-1941, en pleine guerre franco-thaïlandaise, un bombardement de l'aviation thaïlandaise endommage sérieusement la structure, forçant sa fermeture temporaire. Il faut attendre la fin de la Seconde Guerre mondiale pour que Phsar Thmey soit reconstruit et rouvre. Les décennies suivantes ne sont guère plus clémentes : la guerre civile, puis les années du Kampuchéa démocratique, laissent le bâtiment à l'abandon, à l'image de l'essentiel du patrimoine architectural de la capitale durant cette période.
La rénovation qui a sauvé Phsar Thmey
Il faut attendre 2009 pour qu'un chantier de grande ampleur soit lancé, financé à hauteur de 4,2 millions de dollars par l'Agence française de développement (AFD). Toiture, système de drainage, structure porteuse : tout est repris, en même temps que les conditions d'hygiène et de sécurité pour les marchands. Le marché rouvre le 25 mai 2011, avec sa fameuse teinte jaune restaurée. Une horloge à quatre cadrans, installée en 2012 pour remplacer l'ancienne pièce des années 1930 devenue irréparable, trône aujourd'hui au centre de la coupole — un clin d'œil, selon certains habitants, au surnom de Phnom Penh, la « cité aux quatre bras », en référence au confluent du Mékong, du Tonlé Sap et du Bassac à l'origine même de la ville.
Ce que l'on trouve sous la coupole
Chaque aile de Phsar Thmey a fini par se spécialiser, presque sans concertation. Dans les allées textiles, les serviettes et les krama s'empilent en pyramides multicolores, jusqu'à toucher le plafond des étals.


Les lunettes de soleil, elles, se comptent par dizaines sur des présentoirs rotatifs, entre répliques plus ou moins assumées de grandes marques et modèles polarisés bon marché.

Sur le pourtour extérieur, place aux métiers plus bruts : les bouchers débitent la viande à la chaîne, carcasses suspendues aux crochets, pendant que les allées de prêt-à-porter s'étirent sur toute la longueur d'une aile, mannequins habillés de robes fleuries et de vestes en jean alignés comme une haie d'honneur.

Ce mélange permanent de luxe et de contrefaçon, de tradition et d'importation bon marché, résume peut-être le mieux l'esprit du lieu : un marché qui n'a jamais eu à choisir entre ses différentes vies — porté, jour après jour, par les vendeuses et vendeurs qui l'animent.
Comment visiter le Marché Central de Phnom Penh
Phsar Thmey se trouve dans le quartier de Daun Penh, à quelques rues du fleuve, non loin du Palais Royal et du marché russe — une étape quasiment obligée de tout passage à Phnom Penh. Le bâtiment est le plus photogénique tôt le matin, quand la lumière traverse les claustras de la coupole, ou en fin d'après-midi, une fois passée la chaleur écrasante de la mi-journée. Comme dans la plupart des marchés cambodgiens, mieux vaut négocier les prix, en particulier dans les allées consacrées aux souvenirs, aux textiles et à la bijouterie.







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