Le vert qui monte : comment le matcha a conquis Phnom Penh
- La Rédaction

- 27 juil.
- 4 min de lecture
De Kyoto à Boeung Keng Kang, la poudre verte cérémonielle japonaise s'est imposée en quelques saisons dans les cafés branchés de la capitale cambodgienne.

Il y a cinq ans, commander un matcha latte à Phnom Penh voulait dire chercher longtemps. Aujourd'hui il suffit de descendre BKK1, ou de traverser les rues autour du Marché russe. Une vitrine sur deux annonce son « matcha maison », son soft serve au matcha, ou une poudre « ceremonial grade » tout juste arrivée d'Uji. Le mouvement dépasse largement le Cambodge, mais il y a trouvé un terrain particulièrement réceptif.
Le Japon à court de feuilles
Porté par les réseaux sociaux et une génération biberonnée au bien-être, le marché mondial du matcha connaît depuis deux ans une croissance que même les producteurs japonais peinent à suivre. La demande vient du Moyen-Orient, des États-Unis, de l'Europe — et elle ne montre aucun signe de ralentir. Une poudre autrefois réservée à la cérémonie du thé, moulue à la pierre dans les collines de Kyoto, se retrouve désormais en gobelet plastique, filmée sous tous les angles, taguée par millions sur TikTok.
Ce succès a un revers. Le Japon manque de bras : le nombre de cultivateurs de thé recule depuis des années, et les récoltes de printemps souffrent de plus en plus des à-coups climatiques. Les commandes, elles, continuent d'affluer. Résultat : les prix grimpent, certains fournisseurs rationnent, et les maisons les plus sérieuses préfèrent attendre plutôt que de vendre un matcha coupé. Plus la poudre se raréfie, plus elle devient désirable — Phnom Penh n'échappe pas à la logique.
Du café branché au trottoir
Le phénomène a dépassé les adresses spécialisées. Chez Lucky Lucky, on trouve désormais du beurre au matcha à côté de sachets de poudre instantanée, en rayon, à côté du café soluble. Et dans certains boreys en périphérie de la ville, il n'est pas rare de croiser un simple vendeur installé devant chez lui, une table pliante sur le trottoir, qui prépare ses propres boissons au matcha pour les voisins. Du café de spécialiste jusqu'au trottoir de quartier — la boisson verte a fini par s'installer à tous les étages.

Six adresses, six façons de faire
C'est dans les cafés dédiés que la scène se structure vraiment. À BKK1, Matcha Times mise sur une poudre haut de gamme importée directement du Japon, avec un menu resserré autour du latte et de quelques créations saisonnières. Toujours à BKK1, Hero House s'est fait une spécialité du matcha et des desserts japonais — mochi, gâteaux moelleux — dans un décor pensé pour Instagram. À Tonle Bassac, près de l'ambassade du Vietnam, Matcha Venture revendique un sourçage direct auprès de fermes de la région d'Uji : latte, hojicha crémeux, une déclinaison en glace façon soft serve, et de la poudre vendue au détail pour ceux qui veulent la préparer chez eux. Chez Sip House, sur le boulevard Norodom, les boissons sont préparées devant le client — le latte au lait d'avoine y a ses fidèles, et une deuxième adresse a depuis ouvert à Toul Tompoung. Près du Musée national, sur la rue 178, The MatchArt Cafe a fait du matcha sa spécialité de maison depuis son ouverture en 2015, avec une carte étoffée et une ambiance qui invite à s'attarder, livre en main.

Sur TikTok, des créateurs locaux publient des séries entières consacrées à la chasse au meilleur matcha de la ville. Hero House y revient régulièrement ; Pods Coffee, un café plus généraliste de Toul Kork qui sert aussi bien tiramisu que matcha, y fait une apparition remarquée aux côtés d'adresses moins connues qui passent d'un coup sous les projecteurs. On y compare les textures, les niveaux de sucre, l'amertume. Chaque café cherche sa signature, dans une émulation qui ressemble parfois davantage à une compétition amicale qu'à une simple tendance de consommation.
Un rituel plus qu'une mode
Reste la question de fond : pourquoi le matcha, et pourquoi maintenant. La caféine y est plus douce et plus progressive que dans un café classique, les antioxydants sont mis en avant sur presque tous les emballages, et le rituel — lent, presque méditatif — tranche avec la culture du café glacé à emporter qui domine encore la ville. Pour ma part, je me suis mis à apprécier cette boisson, moins agressive que le café. Les grandes marques ont suivi : glaces, pâtisseries, céréales, boissons industrielles, tout le monde y va de sa version au thé vert moulu. Les cafés de Phnom Penh, eux, jouent une carte plus artisanale, entre importation exigeante et création locale.
La question qui reste ouverte, c'est celle de la durée. Les modes portées par les réseaux sociaux s'essoufflent vite. Mais les acteurs les plus sérieux de la scène locale semblent avoir fait un autre pari : miser sur la provenance et la qualité plutôt que sur le seul vert éclatant qui fait bien sur une photo.

Un exemple suffit parfois mieux qu'une statistique. Tonio, mon fils de 10 ans, est tombé dans le matcha en l'espace de quelques semaines à peine — au point d'emporter systématiquement ses propres sachets quand il part en vacances en province, pour ne jamais se retrouver sans. Ce genre de réflexe en dit sans doute plus long sur l'ancrage de la tendance que n'importe quel chiffre de croissance du marché japonais.







J'ai testé : est ce que le matcha est irritant pour l'estomac ?
Oui, en raison de sa forte teneur en tanins et en cafeine si vous le consommez à jeun et-ou en grande quantité.