CIFF 360 à Kep : Cédric Eloy, « Poser son téléphone et regarder le monde autrement »
- La Rédaction

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Cédric Eloy, directeur du Cambodia International Film Festival, a fait le pari de sortir le cinéma des salles feutrées de Phnom Penh pour l'emmener là où les histoires prennent tout leur sens. Rencontre à Kep, au bord de la mer, pour la deuxième édition de CIFF 360.

Propos recueillis à Kep
Au Cambodge, le cinéma ne s'arrête pas aux frontières de la capitale. Depuis quinze ans, le Cambodia International Film Festival (CIFF) s'impose comme le rendez-vous culturel cinématographique le plus important du pays. Mais depuis deux ans, une nouvelle initiative est née : CIFF 360, une déclinaison itinérante du festival qui s'installe dans des lieux inattendus, loin des écrans climatisés, pour créer un dialogue autre. C'est à Kep, ville côtière paisible au sud du pays, que cette édition a installé ses écrans.
Pourquoi avoir choisi Kep pour CIFF 360 ?
Depuis quinze éditions, le festival s'ancre à Phnom Penh. C'est la plus grande manifestation cinématographique du Cambodge — un événement qui s'adresse à la fois au grand public, aux acteurs culturels et aux professionnels du cinéma. Mais nous avons eu envie d'aller plus loin, au sens littéral. De sortir de la capitale, d'explorer d'autres territoires.
C'est de là qu'est né le concept de CIFF 360 : un festival dans le festival, nomade, qui se déplace chaque année dans un lieu différent. Kep s'est imposée naturellement.
La ville offre quelque chose d'unique — une lenteur, une lumière, un espace de dialogue que Phnom Penh ne peut pas toujours offrir.
Comment s'est passée la première édition l'année dernière ?
C'était une version plus courte — trois jours, contre cinq cette année — avec des projections en plein air et en journée. Kep n'est pas une grande ville, les habitants ne sont pas nombreux, et nous savions que nous partions un peu en exploration. Mais le public était au rendez-vous à chaque séance, les échanges avec le public ont été remarquables. Il y avait quelque chose de très particulier dans la qualité des conversations qui naissaient après les projections. Les films — qu'ils traitent de sujets légers ou plus graves — provoquaient une parole posée, réfléchie, vraiment différente de l'atmosphère d'un festival urbain, où tout va vite et où les formats sont souvent très codifiés.
« À Kep, il se passe quelque chose d'unique : un dialogue posé, riche, libéré du bruit des villes. »
La collaboration avec Knai Bang Chatt a-t-elle été décisive ?
Absolument. CIFF 360, c'est aussi une histoire de partenaires. Le travail avec l'équipe de Knai Bang Chatt et de Kep West a été fondamental. Sur une première édition, on apprend à se connaître, on cherche ses marques, on tâtonne parfois. Cette année, on sait qui fait quoi, on a trouvé nos complémentarités. Et ça, ça change tout. La mécanique tourne, et c'est ce qui nous permet d'envisager l'avenir avec ambition.

Justement, quels horizons pour CIFF 360 ? Siem Reap ? Battambang ?
Ces noms sont déjà dans nos discussions, oui. Battambang, avec Phare, est une piste sérieuse. Siem Reap aussi, où nous avons des partenaires qui se sont montrés très intéressés.
Ces deux villes portent une histoire culturelle et artistique considérable au Cambodge, elles sont faites pour accueillir ce type d'événement.
Bien sûr, il faut une infrastructure, des soutiens financiers, des partenaires solides. Mais l'expérience de Kep nous a donné une méthode, une façon de faire que l'on peut désormais transposer ailleurs. C'est exactement l'ambition de CIFF 360 : être un festival en mouvement.
Un dernier mot pour les festivaliers ?
Je veux que les gens profitent de ces moments pour voir de beaux films, bien sûr. Mais surtout pour se retrouver, se parler, se regarder. À l'heure où nos vies se passent vissées à nos écrans de smartphone, il y a quelque chose de précieux à poser son téléphone, à s'asseoir dans l'obscurité ou sous les étoiles, et à vivre une émotion collective. Entendre un réalisateur parler de son film, croiser des gens qu'on n'aurait jamais rencontrés autrement : c'est ça, le festival. C'est irremplaçable.
En bref
Cédric Eloy est le directeur du Cambodia International Film Festival (CIFF), la plus grande manifestation cinématographique du Cambodge, dont il pilote la programmation et le développement depuis de nombreuses années.
CIFF 360 est l'extension itinérante du festival, pensée pour décentraliser la culture cinématographique au-delà de Phnom Penh. En portant des films de qualité dans des villes comme Kep, Battambang ou Siem Reap, CIFF 360 parie sur la force du cinéma à créer du lien, loin des grandes salles, là où le dialogue est encore possible.







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