CIFF 360 à Kep : Antoine Raab, « La photographie authentique reste irremplaçable »
- La Rédaction

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Photographe indépendant basé à Phnom Penh depuis plus de dix ans, Antoine Raab présentait hier soir un diaporama de ses portraits réalisés pour le Cambodia International Film Festival à l’occasion de CIFF 360, l’édition décentralisée du festival qui pose ses valises pour la seconde fois à Kep. Portrait d’un artiste qui navigue avec lucidité dans un secteur en pleine mutation.

C’est dans l’ambiance animée de Kep West que le CIFF a choisi d’ouvrir cette édition itinérante de son festival. Parmi les invités de la soirée d’ouverture, Antoine Raab — collaborateur fidèle du festival depuis 2022 — est venu projeter pour la première fois un diaporama compilant ses portraits des visages du CIFF : acteurs, réalisateurs, producteurs, techniciens.
Ces images, saisies dans les coulisses et les interstices des projections, forment une chronique intime de l’événement. L’occasion de s’entretenir avec lui sur son parcours et sur les turbulences qui secouent aujourd’hui le métier.
Vous collaborez avec le CIFF depuis 2022. Comment ce partenariat est-il né ?
C’est moi qui ai proposé l’idée en 2022. Je voulais réaliser une série de portraits des gens gravitant autour du festival — pas seulement les acteurs ou les réalisateurs, mais aussi les producteurs, les techniciens, tous ceux qui font vivre l’événement dans l’ombre.
L’idée était d’offrir une galerie un peu à la manière des coulisses, backstage, avec une atmosphère détendue, un regard qui s’éloigne du tapis rouge.
J’appelle cette série « Cinematic Faces » — elle reste dans l’univers du cinéma, mais elle cherche à en révéler la dimension humaine et photographique. La première année, Cédric a beaucoup aimé le résultat, et nous avons continué naturellement l’année suivante.
Ce diaporama présenté ce soir à Kep, qu’est-ce qu’il représente pour vous ?
C’est une synthèse de plusieurs années de travail, alors forcément j’ai beaucoup élagué — ce n’était pas simple. Mais c’est aussi une façon d’accompagner le festival différemment, de lui apporter une petite touche à part, qui n’appartient pas vraiment au programme officiel mais qui l’enrichit. Et puis présenter ces images ici à Kep, dans ce cadre, c’est particulier. Il y a quelque chose de plus intime, de plus posé qu’à Phnom Penh.

En dehors du CIFF, comment se porte votre activité ?
Je travaille essentiellement en portrait et en reportage pour des magazines internationaux et des clients privés. Cette année, je célèbre dix ans de collaboration avec l’UNICEF, ce dont je suis fier.
Mais soyons honnêtes : le marché se complique. Le nombre de commandes a sensiblement baissé ces dernières années. Je l’attribue à une conjoncture économique difficile au Cambodge, mais aussi — et c’est plus structurel — à l’émergence de l’intelligence artificielle.
L’IA, justement — vous y voyez une menace directe pour les photographes professionnels ?
C’est une révolution douce, mais profonde. Ce qui disparaît en premier, c’est le marché commercial : la publicité, les visuels très retouchés, tout ce qui nécessitait autrefois de mobiliser une grande équipe et un budget conséquent.
Aujourd’hui, un client peut obtenir des images de qualité correcte, utilisables commercialement, en quelques heures de travail sur un outil d’IA — pour une fraction du coût.
Ces petits contrats commerciaux, bout à bout, c’est ce qui nous permettait de tenir toute l’année entre deux grandes missions. Ce filet de sécurité est en train de se rétrécir sérieusement.
Y a-t-il des domaines que l’IA ne peut pas menacer ?
Le photoreportage, pour l’instant, tient bon — et c’est une bonne nouvelle. L’IA y est d’ailleurs largement bannie par les rédactions, et c’est normal : on ne peut tout simplement pas être crédible en prétendant faire du reportage avec de l’IA générative. Les gens ne l’accepteraient pas.
Il reste une frontière claire entre l’image construite et l’image témoignée. C’est dans cet espace que la photographie authentique reste irremplaçable.
Que pensez-vous du pari du CIFF de se délocaliser à Kep pour cette édition ?
J’adore l’idée. Un festival a besoin de se renouveler, de toucher d’autres publics que ceux de la capitale. Sortir de Phnom Penh, c’est aussi s’affranchir de certaines contraintes de logistique et de routine. Ici à Kep, entre le Knai Ban Chak, le Sailing Club et le marché aux crabes, l’ambiance est différente — plus détendue, plus propice à la rencontre. Et c’est en essayant ce genre d’initiatives qu’on trouve de nouvelles idées, qu’on donne un souffle nouveau au projet. Tant que la logistique et le financement suivent, c’est une très belle décision.







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