Cambodge & Tourisme : Seekers et Park Hyatt unissent leurs talents pour épicer les nuits de Siem Reap
- Catherine Germier

- il y a 4 heures
- 15 min de lecture
À quoi peut-on bien occuper ses soirées à Siem Reap ? Et surtout, comment le faire avec classe et bienséance ? Ici, la nuit tombe assez tôt et s’impose de façon aussi invariable qu’implacable. La ville s’anime alors ou se fait plus intime, selon l’ambiance choisie.

Pour beaucoup, le coucher du soleil marque le début d’une convivialité particulière, cette parenthèse tant attendue (pour ceux qui savent attendre) où l’on va prendre un verre, ou plus, en société. Pour certains, ce sera l’heure de l’apéritif ou du verre entre collègues, pour d’autres un pot amical ou encore l’happy hour, ce moment où il suffit d’être bon en mathématiques pour avoir son compte. Reste à savoir où se poser pour savourer cet instant.
Pendant de très nombreuses années, Pub Street, la fameuse rue des bars, et ses bières à prix défiant toute concurrence et toute forme d’abstinence ont dominé le narratif des nuits de Siem Reap. Depuis quelque temps, une autre histoire s’écrit en sourdine, dans des lieux où l’on préfère les la mixologie créative aux breuvages délavés, les arômes travaillés aux mélanges hasardeux, les gestes précis aux empilements de glaçons. C’est dans ce paysage nocturne en mutation qu’est venu s’inscrire Botanical Expressions, un événement organisé le 29 mai pour célébrer le lancement de Botanical Spirit, spiritueux exclusif né de la collaboration entre Park Hyatt Siem Reap et Seekers, et mettre en lumière la créativité de cinq barmans locaux.
Siem Reap la nuit, ce n’est donc plus seulement la consommation festive à bas coût et hauts décibels, c’est aussi une scène plus subtile, plus élégante, plus expérientielle, où les bars à cocktails participent à redessiner l’identité de la destination.
Les bars à cocktails ont ce pouvoir singulier : ils font d’une ville plus qu’une simple étape touristique, ils en font un art de vivre. En y infusant du récit, des rituels, du raffinement et un profond ancrage local, ils rehaussent l’image nocturne, attirent de nouveaux publics et créent cette « valeur sociale » que les voyageurs aiment raconter, photographier et partager.
À Siem Reap, cette mutation s’incarne de manière particulièrement inspirante au Park Hyatt Siem Reap.

Du fantasme hôtelier à la staycation
J’ai longtemps nourri deux rêves qui semblaient presque incompatibles : vivre à Siem Reap et y séjourner au Park Hyatt, être à la fois une résidente et une visiteuse. Le premier s’est réalisé il y a quelques mois, après quatre années passées au Cambodge, à Phnom Penh. Le second m’a été offert récemment, ayant été envoyée par Cambodge Mag pour couvrir une compétition de cocktails au sein de l’hôtel, en tant que membre du jury.
Je me souviens encore de ma première rencontre avec ce lieu en 2013. J’habitais alors en Corée du Sud et j’étais venue passer quelques jours à Siem Reap, en pleine saison des pluies, désormais appelée saison verte, attirée par des prix doux et une irrésistible envie d’ailleurs. Un soir, au hasard de mes déambulations nocturnes, j’avais osé franchir en douce les portes du Park Hyatt pour aller contempler sa cour centrale et prendre quelques photos à la dérobée. Je n’étais alors qu’une touriste fascinée, presque intimidée, par la majesté du lieu, sa beauté tranquille, sa spiritualité silencieuse.
Aujourd’hui, grâce à ce que l’on appelle la staycation, j’ai enfin pu vivre ce rêve de l’intérieur. La staycation, contraction de “stay” et “vacation”, désigne le fait de s’offrir des vacances sans quitter sa propre ville, en séjournant par exemple dans un hôtel emblématique, juste à quelques rues de chez soi.
C’est une façon de redevenir voyageuse dans son propre quotidien, de changer de regard sans forcément changer de latitude ni même d’attitude. Et il faut bien reconnaître que le Park Hyatt Siem Reap est exactement le type d’hôtel qui rend cette pratique désirable voire irrésistible : un refuge urbain à l’architecture chargée d’histoire et d’esthétisme, où l’on peut suspendre le temps sans renoncer à son ancrage.
Dans une ville où l’on vit, il est parfois salutaire de redevenir touriste, ne serait-ce que pour mieux ressentir ce que les autres viennent y chercher, ce petit je-ne-sais-quoi qui fait oublier une existence devenue trop prévisible.

Le Park Hyatt, ou l’élégance comme langage
Si je devais résumer mon séjour au Park Hyatt Siem Reap en un mot, ce serait élégance. Un raffinement jamais tapageur, jamais agressif, mais diffus, constant, presque chorégraphié sans pour autant paraître figé. Cette élégance se niche dans les lignes architecturales, dans les matières nobles, dans les senteurs subtiles qui enveloppent les couloirs, dans la lumière tamisée qui caresse les surfaces, dans les fleurs de lotus fraîches déposées avec une précision presque rituelle.
Dès l’arrivée, j’ai été accueillie avec cette attention particulière qui fait la différence entre un service simplement efficace et une véritable hospitalité. Enregistrement fluide, verre d’accueil choisi sur menu, massage des épaules bref mais appuyé, et surtout cette impression d’être reçue avec une générosité discrète, comme si l’on avait vécu des vies antérieures à mes côtés, comme si l’on ressentait mes propres envies avant même que je les identifie.
Le lendemain matin, le petit-déjeuner a confirmé cette sensation. La Signature Breakfast Experience du Park Hyatt, inspirée par l’énergie et les saveurs d’un marché matinal cambodgien, ne se contente pas de nourrir, elle raconte un territoire. Café khmer, jus de coco frais, textures variées, détails artisanaux, touches bien-être : l’ensemble offre un “sense of place” remarquablement maîtrisé. Fidèle à ma passion presque obsessionnelle pour les œufs, j’ai commencé par une omelette blanche accompagnée de saumon fumé durable, avant de céder à des œufs Benedict au saumon, aussi réconfortants que décadents.
Même le déjeuner au Glasshouse, avec son esprit plus contemporain, plus fusionnel voire créatif dans la mesure où tout ou presque tourne autour du croissant, prolonge ce langage de la finesse et de l’invitation à la découverte. Le Park Hyatt ne vend pas seulement des chambres ou des repas, il construit une atmosphère. Une façon d’habiter Siem Reap avec distinction et un brin de folie ou même d’espièglerie.

Des bars d’hôtels comme théâtres accessibles du luxe
Ce que l’on oublie parfois, c’est que les bars d’hôtels peuvent compter parmi les lieux les plus démocratiques du luxe. Il n’est pas nécessaire de réserver une chambre pour en franchir le seuil, s’y installer, commander un verre et savourer, le temps d’une soirée, un fragment d’expérience distinguée dans un cadre emblématique. Bien sûr, une tenue correcte peut-être exigée mais un certain laisser-aller vestimentaire peut être toléré, à condition de savoir bien l’assumer en tant que chic déstructuré.
Au Park Hyatt Siem Reap, cette promesse enchantée se matérialise avec une force particulière. Le Living Room Bar, où l’expérience se prolonge à travers une série de cocktails infusés de plantes et d’épices cambodgiennes, d’ingrédients locaux revisités et de ce talent khmer si singulier, apparaît comme l’écrin naturel d’une mixologie à la fois maîtrisée et débridée.
Et plus encore, ce bar spectaculaire conçu par Bill Bensley offre un décor qui relève presque du théâtre sacré. Les imposantes étagères en bois sombre rendent hommage à l’éléphant khmer, figure monumentale de mémoire, de puissance et de résilience. Ici, le comptoir est accessoire et se plonge dans cette scène intérieure, une sorte de lieu de recueillement voire de purification.
Dans cet écrin parsemé de roses lotus, le luxe cesse d’être un territoire réservé ou même interdit, fréquenté par quelques habitués privilégiés. Il devient une aventure voluptueuse et généreuse, accessible à tout amateur de spiritueux sensibles, désireux de savourer des breuvages d’auteur dans un environnement dédié à la beauté. Les bars d’hôtels emblématiques jouent ainsi un rôle essentiel dans la diffusion d’une culture du cocktail à la fois distinctive et inclusive, permettant au plus grand nombre d’accéder à un espace consacré au plaisir, à l’enchantement et à la conversation.

Botanical Spirit, l’essence du Royaume
Le 29 mai, le Park Hyatt Siem Reap accueillait un événement tout particulier, Botanical Expressions, à la fois festif, créatif et stratégique dans la construction de l’image nocturne de la destination Cambodgienne. Il marquait le lancement de Botanical Spirit, un spiritueux exclusif développé par Seekers Independent Spirits pour l’hôtel.
La signature de cette soirée, « The Essence of the Kingdom », est particulièrement évocatrice. Il ne s’agit ni d’un trait de génie marketing, ni d’une inspiration divine, mais d’une véritable déclaration d’intention. Botanical Spirit est un hommage aux terroir Khmer, ses plantes, son savoir-faire local et l’énergie particulière du Royaume qui s’exprime à travers sa gastronomie, son art et son artisanat, son identité culturelle et ce que j’appelle la Khmeritude.
Botanical Spirit ne cherche pas à suggérer les accents de gin classique. Dépourvu de genièvre, il ne peut d’ailleurs pas officiellement être qualifié de gin. Il revendique son essence cambodgienne, en puisant exclusivement dans des ingrédients locaux : enveloppes de café, zeste d’orange de Battambang séché au soleil, feuilles de combava, coriandre locale, galanga, écorce de casse. Le résultat est une liqueur lumineuse, aromatique, doucement épicée, complexe sans être prétentieuse, subtile sans être effacée.
Cette création refuse délibérément la conformité et la complaisance. Trop de destinations ou d’expériences cherchent encore à se rendre désirables en rejouant, à l’infini, des modèles déjà éprouvés.
Or le désir ne naît ni de la banalité ni de déjà-vu. Botanical Spirit affirme, au contraire, qu’un produit d’exception doit porter en lui un paysage, un sol, une sensibilité et des saveurs profondément ancrées dans son pays d’appartenance.
C’est précisément là que se joue la question du branding. Une destination ne se construit pas seulement à coups de logos ou de campagnes de communication, mais aussi à travers des expériences tangibles, sensorielles et mémorables, suffisamment fortes pour devenir des récits. Un cocktail signature, servi dans un hôtel emblématique, décrit avec intelligence, photographié, partagé, recommandé, peut alors se transformer en puissant outil de positionnement territorial.

Botanical Expressions, ou la mise en scène d'une destination
Le programme de la soirée a suivi une chorégraphie minutieuse, généreuse et presque amoureuse : arrivée des invités à 16 heures, enregistrement, verres de bienvenue et réseautage, présentation de la collaboration puis des membres du jury, des cinq bars et barmans participants, puis photo de groupe dans la cour intérieure avant de débuter la préparation et la dégustation des cocktails en direct.
Les cinq compétiteurs se sont succédé au même poste, l’un après l’autre, chacun disposant de quinze minutes pour livrer une chorégraphie spiritueuse mettant en scène Botanical Spirit, avec des outils de base et un accès à une station centrale rassemblant sirops, ingrédients frais, garnitures, verrerie et éléments de finition. Un petit quart d’heure pour donner vie et esprit à une recette originale, la préparer, la finaliser, puis la présenter au jury, après avoir expliqué leur inspiration, la direction créative et les choix techniques.
Tout dans cette soirée relevait d’une mise en scène à la fois réfléchie et spontanée, solennelle et joyeuse. Le Park Hyatt Siem Reap ne se contentait pas d’organiser une compétition.
L’hôtel se positionnait comme un acteur central de l’écosystème local, en réunissant bartenders, médias, professionnels de l’hospitalité et amateurs éclairés autour d’une célébration commune de l’innovation, de la créativité et de la maîtrise du geste et du savoir.
La collaboration avec Seekers m’a semblé particulièrement harmonieuse et alignée sur des valeurs communes. Plus qu’une alliance de marques, c’était une rencontre au service de la destination. D’un côté, un hôtel iconique de Siem Reap, déjà porteur d’une image forte liée à la qualité et la haute valeur ajoutée. De l’autre, une maison de spiritueux ancré dans la destination, reconnue pour son appréciation profonde des ingrédients locaux. Ensemble, ils créent non seulement un produit, mais également une histoire désormais solidement rattachée à Siem Reap, qui donne à savourer la destination, au sens littéral.

Cinq bartenders, cinq récits
Cinq bartenders ont pris part à ce concours de cocktails, certains pour la première fois, chacun avec son univers, sa gestuelle, sa sensibilité et sa manière d’interpréter Botanical Spirit.
Rom Touch, a commencé sa carrière en 2017. Il a construit son savoir-faire à travers la créativité, la discipline et le sens du lien avec le client. Il est aujourd’hui manager de Bar 43, connu pour ses cocktails équilibrés et pleins de caractère, inspirés à la fois des classiques et de la mixologie occidentale.
Oudom Lee, du Laundry Bar, officie depuis 2014 et s’est fait remarquer pour sa capacité à faire vivre des idées créatives à travers les plantes khmères, au point d’avoir signé l’un des cocktails les plus populaires de son bar.
Puthphearom Sor, de Dialogue, a trouvé sa voie dans le bartending en 2017 après un long cheminement personnel, et poursuit depuis une quête sincère autour de la créativité, de la mixologie et de ces nouvelles expériences capables d’apporter du bonheur et des sourires aux invités.
Kosal Soy, du Rossini Cuisine au sein du Temple Group, est Captain Bartender avec plus de trois ans d’expérience et une affinité particulière pour les cocktails signatures khmers comme pour les classiques d’inspiration italienne.
Enfin, Seyha Sihak, de Mesa Restaurant, travaille depuis 2022 et se distingue lui aussi par un usage inventif des herbes khmères et par une recette signature déjà très appréciée.
Au-delà de la compétition, ce qui m’a touchée, c’est la manière dont chacun de ces bartenders racontait une page d’histoire personnelle et émouvante de Siem Reap et du Cambodge contemporain. Chaque cocktail était une petite prise de parole et un parti pris parfois audacieux. Une déclaration esthétique. Une tentative de donner au territoire une voix nouvelle, plus personnelle, plus affirmée, plus mémorable.

La beauté du geste et la générosité de la recette
J’ai été particulièrement sensible à l’élégance des gestes. À cette danse spiritueuse où chaque mouvement compte au oint de trembler parfois : le shaker que l’on soulève sans brutalité, la mesure versée avec concentration, le regard furtif vers le verre pour en vérifier la tension visuelle, puis cette touche finale qui transforme une boisson en potion presque magique.
Je revois encore cette fleur de jasmin déposée avec une lenteur presque religieuse sur un énorme cube de glace, comme si le cocktail méritait une bénédiction. Je me souviens aussi du coco râpé, parsemé avec une pointe d’ironie légère avant la première gorgée d’un cocktail inspiré du Nom Ah Kour Tnout, ce gâteau cambodgien traditionnel cuit à la vapeur à partir de pulpe de fruit de palmier mûr, de farine de riz et de coco, à la douceur naturelle et à la texture souple, à manger immédiatement.
Mon palais est sans doute plus épicurien qu’hédoniste, encore que. L’hédonisme, au sens courant, cherche avant tout le plaisir immédiat, parfois sans trop se soucier du lendemain. L’épicurisme, lui, vise plutôt un plaisir choisi, mesuré, presque réfléchi : celui qui s’inscrit dans la durée, qui respecte le corps et l’esprit, qui privilégie la qualité à la quantité. En matière de cocktails, cela se traduit par une préférence pour les créations marquantes, aux arômes affirmés et persistants, aux textures qui s’installent et se diffusent, à ces saveurs à la limite de l’entêtant, de l’envoûtant, flirtant parfois avec l’aphrodisiaque, mais sans jamais sombrer dans l’enivrement.
Je ne recherche pas les cocktails les plus forts, mais ceux qui savent suggérer voire s’imposer plutôt qu’assommer, séduire plutôt qu’impressionner, raconter une tranche de vie plutôt que de simplement remplir un verre.
Dans les meilleurs breuvages de la soirée, il y avait cette générosité que j’aime dans la gastronomie comme dans la mixologie : la sensation qu’une recette transmet autre chose qu’une technique. Elle transmet une émotion, une culture, une mémoire, une intention presque affective.

Quand les papilles délibèrent
Les cocktails ont été évalués selon une pondération remarquablement explicite : 40% pour le goût et l’équilibre, 30% pour l’usage créatif de Botanical Spirit, 20% pour la créativité et le storytelling ou récit, et 10% pour la présentation et la finition. J’ai trouvé cette hiérarchie intéressante, car elle rappelle qu’en matière de cocktail, l’apparence ne doit jamais l’emporter sur la structure, ni le discours sur la buvabilité.
Je me suis aperçue que mes évaluations ne recoupaient pas toujours exactement celles de mes co-juges, ce qui me semble plutôt sain. Le goût reste un territoire de subjectivité, même lorsqu’il est structuré par des critères techniques. Mais nous nous sommes accordés sur l’essentiel : le cocktail de Rom Touch, de Bar 43, s’est imposé comme le grand gagnant de la soirée, tandis qu’un second cocktail, signé Putphearom Sor de Dialogue, a également retenu toute notre attention.
Le gagnant avait cette qualité rare que l’on recherche dans un cocktail signature : une identité immédiatement perceptible, un équilibre irréprochable, et une forme de mémorabilité.
Il ne se contentait pas d’être bon voire délicieux, il avait le potentiel d’incarner quelque chose de plus grand que lui. C’est précisément pour cette raison que le cocktail gagnant sera intégré à la carte du Park Hyatt Siem Reap, avec son histoire, ses notes de dégustation et la mention de la compétition qui l’a vu naître. Ne reste qu’à lui trouver un nom.

Le cocktail signature comme outil de branding
Un grand cocktail signature n’est pas seulement une boisson. C’est un symbole culturel, un raccourci narratif, une promesse condensée dans un verre.
Le Singapore Sling, créé au Raffles en 1915par l’un des pionniers asiatiques du bartending, Ngiam Tong Boon, ne renvoie pas uniquement à un mélange d’ingrédients. Il évoque une certaine idée de Singapour, de son histoire, de son histoire coloniale et de sa mise en tourisme scénarisée.
D’autres destinations ont compris elles aussi qu’un cocktail pouvait raconter un territoire à travers ses ingrédients, ses usages et son imaginaire. Au Mexique, de nombreuses maisons ont fait du mezcal ou du tequila les héros de créations qui vont bien au-delà de la Margarita, en convoquant agave fumé, piment, agrumes locaux, herbes fraîches et fleurs comestibles pour condenser le paysage, le terroir et la culture culinaire du pays. En Europe du Nord, certains bars mettent en scène les forêts, les baies sauvages, le miel local ou les herbes glanées au fil des saisons pour évoquer le climat, la lumière et une certaine relation au vivant. Dans tous ces cas, le cocktail signature dépasse le simple cadre de la recette. Il devient une petite mise en scène du territoire, une façon de faire goûter une ville ou un pays sans passer par la carte postale.
Un cocktail signature contribue au branding d’une destination parce qu’il rend son identité absorbable, racontable, partageable. Il permet au visiteur de repartir non seulement avec une photo, mais avec un goût, un souvenir sensoriel lié à une forme de relâchement, de bien-être, un récit qu’il pourra transmettre.
Et lorsque ce cocktail est servi dans un lieu fort, visuellement marqué, inscrit dans une architecture mémorable, le pouvoir de l’expérience se multiplie.
À une autre échelle, les cocktails signatures participent aussi à une forme de gentrification douce. Ils transforment des usages, déplacent les codes, attirent une clientèle nouvelle, augmentent les attentes en matière de qualité, de design et de service, et modifient peu à peu la perception d’un quartier ou d’une ville. Bien sûr, la gentrification est un phénomène ambivalent. Mais dans le cas de Siem Reap, il me semble que la montée en gamme portée par les cocktails signatures peut enrichir le paysage urbain plutôt que l’uniformiser, à condition qu’elle reste connectée aux ingrédients locaux, aux talents du cru et à l’identité cambodgienne.
Il ne s’agit pas de remplacer les formes populaires de la nuit par une sophistication hors-sol, mais d’ajouter une nouvelle couche au récit urbain. De montrer que Siem Reap peut aussi être une destination de mixologie raffinée, d’hospitalité créative et de plaisir nocturne cultivé.

Les bars comme ambassadeurs sensibles de la destination
Les bars à cocktails pourraient s’affirmer aujourd’hui comme des ambassadeurs sensibles et sensoriels d’une destination. Ils racontent un territoire par ses herbes, ses racines, ses agrumes, ses épices, ses textures, ses talents, son esthétique. Ils incarnent aussi une certaine idée du présent : une scène urbaine vivante, sûre d’elle, capable de dialoguer avec les codes internationaux sans perdre son accent local.
Les bars d’hôtels jouent donc un rôle particulièrement intéressant à interpréter. Ils sont plus ou moins ouverts et visibles, structurés, souvent porteurs d’une certaine idée du service, tout en accueillant des clientèles variées et souvent cosmopolites, aux intentions diverses.
On peut pousser la porte du Park Hyatt pour un simple verre, pour un rendez-vous, pour une parenthèse, pour célébrer quelque chose ou simplement pour vérifier si la beauté du lieu tient vraiment ses promesses. Et c’est précisément cette accessibilité qui en fait un outil puissant de diffusion culturelle.
En offrant à des amateurs de spiritueux voire de cocktails sans alcool, la possibilité de vivre, sans intimidation excessive, un moment spécial et mémorable (ou non) dans un cadre particulièrement soigné, les bars d’hôtels participent à démocratiser une certaine idée du raffinement. Ils transforment le luxe en langage, le design en atmosphère, le cocktail en médiateur entre la destination et celles et ceux qui viennent la ressentir autrement.

Et si chaque communauté inventait son propre cocktail
En tant que consultante en tourisme durable, cette soirée m’a confortée dans une conviction plus large : la mixologie peut devenir un formidable outil de valorisation territoriale et communautaire.
On pourrait imaginer, demain, que chaque communauté locale développe son propre cocktail signature, à partir de ses productions agricoles, de ses récits, de ses plantes, de ses souvenirs gustatifs, de ses gestes hérités ou réinventés. Une telle démarche permettrait de renforcer les liens entre agriculture, artisanat, hospitalité et storytelling, tout en réduisant les distances symboliques entre produits du terroir et expériences premium.
Car au fond, un cocktail bien pensé est une petite synthèse du monde. Il contient un esprit, une diversité, une harmonie, une générosité. Comme j’aime le dire : « La vie est un cocktail. Tout est question d’esprit, de diversité, d’harmonie et de générosité. »
Siem Reap by night va vous surprendre
Seekers et Park Hyatt ont choisi d’épicer les nuits de Siem Reap, au sens propre comme au figuré, en lançant un spirit exclusif et en l’inscrivant dans une soirée où se rencontrent mixologie, design, narration et hospitalité. Le Park Hyatt Siem Reap ne s’est pas contenté d’organiser une compétition de cocktails. Il a mis en scène une vision : celle d’une destination capable d’élever sa marque par le goût, le geste, l’élégance, le design, la narration et l’ancrage local.
À travers Botanical Spirit, sa collaboration avec Seekers, la mise en lumière de cinq bartenders talentueux et l’intégration du cocktail gagnant à sa carte, l’hôtel affirme que Siem Reap la nuit peut être autre chose qu’un simple prolongement festif des visites d’Angkor.
Elle peut devenir une expérience culturelle à part entière, plus premium, plus incarnée, plus mémorable.
Membre du jury envoyée par Cambodge Mag, résidente au Cambodge depuis quatre ans et à Siem Reap depuis quatre mois, consultante en tourisme durable et fondatrice de Millennium Destinations, une entreprise de consulting spécialisée en développement et promotion du tourisme durable, ainsi qu’en branding et marketing de destinations, je ne peux que me réjouir de voir émerger cette nouvelle scène.
Une scène qui donne envie de prolonger l’exploration, verre après verre, lieu après lieu, à la découverte de perles rares, élégantes et durables. Siem Reap by night va vous surprendre, avec plein de nouvelles expériences uniques et transformatrices que nous vous ferons découvrir prochainement.
Bien sûr, je ne saurai que prôner la modération quand il s’agit d’alcool.







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