Cambodge Incertain : les Entreprises Européennes Face à un Ralentissement Economique Alarmant
- La Rédaction

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À Phnom Penh, les sirènes d’alarme retentissent dans les bureaux des entrepreneurs européens. L’enquête semestrielle « Business Pulse » d’EuroCham Cambodia, dévoilée pour le premier semestre 2025 (H1 2025), dresse un tableau sombre d’un climat des affaires en net recul.

Revenus en baisse, perspectives assombries par des tensions géopolitiques et une perception dégradée de l’environnement économique : sur 150 entreprises membres interrogées, majoritairement des PME actives dans l’agroalimentaire (20,7%), la finance (16,7%), l’immobilier (18,7%) et les biens de consommation, l’optimisme s’effrite. Malgré une croissance nationale autour de 6%, ces acteurs clés, qui pèsent lourd dans les exportations, l’investissement et l’infrastructure, expriment une fatigue palpable face à un royaume en pleine mutation.
Revenus en dégringolade, secteurs sous tension
La performance des chiffres d’affaires s’effondre globalement à -7,8 points en indice de diffusion (contre -12 en H2 2024), marquant un tassement après une relative amélioration. Les services financiers se distinguent avec un rebond spectaculaire à +8,3, porté par une reprise post-pandémie et une demande soutenue en crédits. À l’inverse, l’immobilier et la construction chutent brutalement à -28,6, plombés par des projets gelés, une demande atone pour les bureaux et espaces industriels, et des coûts de financement prohibitifs. Le tourisme et l’hôtellerie (-22), l’agroalimentaire (+1,9) et les biens de consommation (+4,3) affichent des trajectoires mitigées, tandis que les autres services (conseil, juridique, comptabilité) reculent à -11.
Les prévisions pour le second semestre (H2 2025) tournent au pessimisme : -3 points globaux, avec un effondrement du tourisme à -24, suivi des services (-0,5) et de l’immobilier (-11). L’agroalimentaire (+16) reste le seul îlot de dynamisme, dopé par des projets rizicoles étatiques et une résilience exportatrice. Cette divergence sectorielle reflète les vulnérabilités d’une économie cambodgienne encore dépendante des flux étrangers et des matières premières.
Secteur | Performance H1 2025 | Prévision H2 2025 | Évolution optimisme H2 2025 |
Agroalimentaire | +1,9 | +16,0 | +43,0 |
Finance | +8,3 | +6,5 | -11,5 |
Immobilier | -28,6 | -11,0 | -12,5 |
Tourisme | -22,0 | -24,0 | 0,0 |
Biens de consommation | +4,3 | 0,0 | +8,0 |
Autres services | -11,0 | -0,5 | +7,0 |
Environnement des affaires : un durcissement généralisé
77% des répondants jugent l’environnement des affaires plus difficile (-19 en indice), particulièrement dans l’agroalimentaire (-30) et le tourisme (-26,5). Les réformes gouvernementales, saluées dans l’hôtellerie (+21 points d’impact positif), perdent en visibilité ailleurs : +5,5 en finance, mais seulement +4 en agroalimentaire. Un tiers des entreprises (33%) anticipe des coupes budgétaires drastiques : 51% par réduction d’effectifs, 45% en marketing, 26% en formation. Les plans d’expansion stagnent : seul l’agroalimentaire (+16) envisage des enlargissements, contre -28 dans l’immobilier et -11 globalement.
La monnaie reste un marqueur de dépendance : le dollar US domine à 86,6% des transactions (légère baisse de 90%), talonné par un riel khmer effondré à 31,2% (contre 57%) et un euro marginalisé à 23,4%. Le Net Promoter Score (NPS) progresse timidement à 6,9/10, mais reste en zone « passive » : moins de 20% de promoteurs enthousiastes, 40% de détracteurs prêts à explorer d’autres marchés. « Une résilience fragile dans un contexte instable », résume Zandre Van Straten, coordinatrice services chez EuroCham.
Frontière thaïlandaise et tarifs US : chocs exogènes majeurs
Les tensions géopolitiques explosent : 29% des entreprises les citent comme frein principal (contre 14% en H1 2024), devant les facteurs réglementaires (28%) et économiques (29%). La situation frontalière Cambodge-Thaïlande frappe durement : 38,7% rapportent des chaînes d’approvisionnement rompues, 38% des commandes annulées, 31,3% des retards de livraison.
Près d’un quart (24%) n’observe aucun impact, mais les boycotts et hausses de coûts logistiques minent la compétitivité.
Les annonces tarifaires américaines, dans un climat sino-américain tendu, touchent 53,3% des firmes : 28,7% d’incertitude en planification, 26,7% de reports d’investissements, 23,3% de pressions sur les prix. 46,7% échappent à l’effet direct, mais la perte de clients US et la chute des exportations pèsent sur les biens de consommation et l’agroalimentaire. Ces chocs externes, amplifiés par l’IA croissante (dans les services) et l’insolvabilité locale (finance), expliquent le pessimisme sectoriel.
Impact clé | % entreprises touchées (H1 2025) | Détails principaux |
Frontière Thaïlande | 76% | Chaînes rompues (38,7%), ordres annulés (38%) |
Tariffs US | 53,3% | Incertitude (28,7%), investissements gelés (26,7%) |
Géopolitique globale | 29% | U.S. tariffs, frontière, fret maritime |
Perspectives : résilience ou repli ?
L’agroalimentaire émerge comme fer de lance, unique secteur à avoir maintenu des plans d’expansion constants sur 1,5 an, grâce à des soutiens étatiques et une diversification export. La finance résiste, mais l’immobilier, pilier des IDE européens (10% du total), risque l’effondrement si les chantiers ne redémarrent pas. Le tourisme, malgré un afflux touristique précoce en 2025, pâtit des conférences annulées et des coûts logistiques.
EuroCham appelle à des mesures ciblées : stabilité frontalière, incitations fiscales, simplification réglementaire et promotion de la stabilité monétaire. Sans cela, le « miracle cambodgien » – exportations record, IDE européens stables – pourrait s’essouffler. Les entreprises européennes, pivot de la croissance inclusive, exigent un cadre prévisible pour transformer ces signaux d’alerte en opportunités durables. Dans ce royaume sous tension, l’enjeu est clair : passer d’une résilience défensive à une offensive partagée.







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