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Cambodge & Cinéma : Pari osé, mais réussi pour la première édition de MARG1N

La salle de cinéma du complexe communautaire The Factory Phnom Penh accueillait samedi le lancement de la première édition du magazine MARG1N, une aventure collective dont le premier numéro proposait pour thème principal le piratage au Cambodge et aux Philippines.

Travail collectif

Pour ce premier numéro intitulé « pirate.love3r.2024.mkv » - mkv étant très probablement une référence au format de compression Matroska qui permet de copier les DVD dans un format digital léger - plus d’une cinquantaine de personnes, amis, passionnés, cinéphiles et quelques personnalités du secteur avaient répondu à l’appel de Davy Chou, cinéaste et éditeur du magazine.

Dans son discours de présentation, ce dernier rappelait l’importance de la presse spécialisée pour les cinéastes ou tous ceux qui exercent dans ce secteur. N’ayant jamais suivi d’école de formation au métier de réalisateur, il confiait « avoir beaucoup appris dans la presse cinéma » et ne cachait pas son optimisme quant à l’avenir de cette initiative, même si ce travail collectif ayant réuni plusieurs dizaines de contributeurs s’est plutôt construit dans un esprit de passion et d’enthousiasme que dans une démarche « business ».

Papier seulement

Autre particularité de ce magazine dense - 128 pages -, il n’existe pas et n’existera pas de version en ligne, seule la version papier sera disponible, renouant ainsi avec une habitude qui - ce n’est certainement pas un scoop - se perd de plus en plus dans le milieu de l’édition. Une démarche qu’expliquait ensuite Savunthara Seng, le rédacteur en chef : « Au plaisir de lire, s’ajoute celui du toucher, tout comme au cinéma, lorsqu'un sujet vous passionne, il est plaisant de se sentir matériellement proche de l'oeuvre », disait-il, ajoutant :

« la version papier permet quelques fantaisies, des effets spéciaux comme ces pages en papier calque que nous avons incluses, ce ne serait pas possible dans une version digitale. »

Tout comme Davy Chou, le rédacteur en chef précisait aussi comment il s’était impliqué dans ce projet éditorial pour lequel les premières discussions ont eu lieu il y a environ un an.

« C’est durant la pandémie que ma passion pour le cinéma s’est amplifiée, j’en suis arrivé aujourd’hui à regarder en moyenne cinq films par jour et le concept assez paradoxal de la piraterie - qui nous fait sentir coupable quelque part, mais qui a permis de connecter les gens “isolés, mais ensemble” pour découvrir des films - a largement guidé notre enthousiasme pour ce premier numéro ».

Style Gonzo

« Lorsque j’ai dû écrire sur la piraterie de films, je ne me sentais pas particulièrement à l’aise, mais on m’a demandé d’axer mon sujet sur mon expérience personnelle et là, c’était bien plus facile », précisait ensuite Éléonore Sok, l’une des contributrices du magazine qui, dans son article écrit à la première personne « To all DVD stores with Love », emmène le lecteur au pays des vendeurs de DVDs qui fleurissaient au début des années 2000 dans la capitale cambodgienne, fait part de sa nostalgie de cette époque et des recherches qu’elle a effectuées pour retrouver des « survivants » de ces temps quasi engloutis par le digital et les plate-formes en ligne.

Même démarche de la part de Linda Saphan qui livre un très joli texte « A magnificent obsession » brossant un portrait passionnant d’un collectionneur à la recherche des films perdus durant les années sombres du Cambodge.

Travail de passion et…

Au-delà de l’enthousiasme logique que suscite un projet mené par des passionnés, ce magazine constitue une véritable surprise tant dans l’abondance des sujets que dans la qualité de l’écriture et de l’iconographie. MARG1N réunit plus de vingt contributeurs du Cambodge et des Philippines déclinant expériences, analyses, critiques et autres sur la piraterie au cinéma, mais sous un angle original qui rend un sujet difficile et polémique très agréable à découvrir et crée une authentique relation de proximité avec le lecteur. C’est tout simple, mais en ces temps d’intelligence artificielle, de qualité minimum dans la presse et de « bonne pensée », il aurait été facile de livrer un sujet bien documenté, mais fade et sans surprise. C’est très loin d’être le cas.

La salle de cinéma du complexe communautaire The Factory Phnom Penh accueillait samedi le lancement de la première édition du magazine MARG1N, une aventure collective dont le premier numéro proposait pour thème principal le piratage au Cambodge et aux Philippines.

On saluera donc la qualité du travail des auteur(e)s et l’angle qu’ils ont su donner dans le traitement de leur approche de la piraterie dont ils soulignent les paradoxes notamment le fait « qu’elle permet de découvrir et d’aimer des films tout en “volant” peut-être nos réalisateurs favoris », pour reprendre les termes de Savunthara Seng dans son éditorial.

En ce sens, si cette publication s’adresse aux cinéphiles, elle n’est pas pour autant exclusive et 100 % spécialisée. Le ton et l’angle donnés aux articles concernent le cinéma, mais livrent à travers et au delà du sujet principal le reflet d’une époque et de ses contradictions, des réflexions sur notre société, mais aussi des points de vue originaux et des échanges entre artistes, sans oublier quelques poésies et bandes dessinées.

Pari

Pari osé, mais réussi pour cette première édition qu’il faut réellement prendre le temps de lire tant le contenu est infiniment dense et mérite vraiment beaucoup d’attention. On aurait peut-être aimé un format un peu plus large pour profiter pleinement de l’abondante et exclusive iconographie, mais ce n’est qu’un détail, le premier opus est là, prêt à être - littéralement - dévoré et l’on ne peut que féliciter le travail remarquable de l’équipe et souhaiter longue vie à MARG1N.

Pour commander un exemplaire : https://marg1n.com/

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