Vireak Buntham Express s’allie à Asendia, filiale de La Poste française, pour accompagner l’essor du e-commerce cambodgien
- La Rédaction

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Le transporteur cambodgien Vireak Buntham Express (VET) a annoncé le 15 juin la nomination d’Asendia Singapour comme prestataire logistique pour ses flux internationaux, une alliance qui doit lui permettre d’acheminer des colis depuis le Cambodge vers les États-Unis, le Royaume-Uni et l’Europe.

L’opération illustre la course engagée par les transporteurs d’Asie du Sud-Est pour capter une partie d’un e-commerce régional en pleine expansion, à un moment où les règles douanières internationales se durcissent.
Sur le papier, le partage des tâches est simple. VET conserve ce qu’il sait faire depuis plus de vingt ans : la collecte et l’acheminement domestique, via un maillage de plus de 1 300 agences réparties entre le Cambodge, le Laos, le Vietnam et la Chine. Asendia, filiale commune de La Poste française et de la Poste suisse, prend le relais à la frontière pour gérer le dédouanement et la livraison finale dans plus de 200 destinations à travers le monde. Pour Suo Vireak, fondateur et patron du groupe, le constat qui a motivé l’opération tient en une phrase : l’activité domestique a atteint une taille critique, mais il manquait un prolongement international capable de répondre à la demande du e-commerce actuel.
Du côté d’Asendia, on présente l’accord comme une étape logique dans une stratégie d’expansion qui ne se limite pas au Cambodge. Senthil Kumar, directeur général d’Asendia Singapour et Asie du Sud, évoque une présence du groupe en Asie-Pacifique depuis plus de dix ans et un Cambodge identifié comme marché émergent pour la logistique e-commerce transfrontalière. L’accord avec VET s’inscrit dans une séquence dense : un mois plus tôt à peine, Asendia signait un partenariat stratégique avec Singapore Post pour renforcer son hub régional, avec l’ambition affichée de répondre aux 32 % de détaillants d’Asie-Pacifique qui citent les retards aux frontières et la complexité douanière comme principal frein à leur développement international, selon l’étude Beyond Borders du groupe, menée auprès de plus d’un millier de professionnels du e-commerce. Le Cambodge vient donc compléter un dispositif déjà engagé à Singapour, en Asie du Sud et au-delà.

Un marché qui pèse encore peu, mais qui grossit vite
Les chiffres avancés dans le communiqué méritent d’être resitués. Le e-commerce cambodgien est valorisé à environ 1,51 milliard de dollars en 2024 et devrait atteindre 1,78 milliard en 2025, selon l’iTrade Bulletin publié par le ministère du Commerce — soit une progression de près de 18 % en un an. Le secteur pèse désormais 6,68 % du PIB national. Mis en perspective régionale, le Cambodge ne représente toutefois que 1,3 % du marché du e-commerce de l’ASEAN, évalué à plus de 116 milliards de dollars en 2024. L’essentiel des achats en ligne au Cambodge transite par les réseaux sociaux — Facebook, TikTok et Telegram en tête — plutôt que par des plateformes marchandes classiques, et reste concentré sur l’habillement, les cosmétiques et la livraison de repas, selon les données ministérielles.
C’est précisément cette structure de marché, dominée par de très petites entités, que le communiqué de VET met en avant en citant le Forum économique mondial : les PME représenteraient environ 99 % du secteur privé cambodgien. L’enjeu n’est donc pas de servir quelques grands exportateurs déjà armés pour le commerce international, mais de donner à des milliers de petits vendeurs en ligne, souvent actifs uniquement sur les réseaux sociaux, un accès à une chaîne logistique capable de gérer les formalités douanières vers des marchés lointains — ce que peu d’entre eux pourraient organiser seuls.

Le contexte douanier change, et plutôt vite
L’annonce intervient à un moment particulier pour le commerce électronique transfrontalier mondial. À partir du 1er juillet 2026, l’Union européenne supprime l’exemption de franchise douanière de 150 euros qui s’appliquait jusque-là aux petits colis importés, pour lui substituer un droit fixe de 3 euros sur l’ensemble des importations de faible valeur. Washington avait déjà suspendu, en août 2025, le régime de minimis qui exonérait les envois de moins de 800 dollars. Pour les opérateurs comme Asendia, ces réformes rebattent les cartes : elles compliquent l’équation pour les petits vendeurs, mais créent aussi un besoin accru de prestataires capables de gérer le dédouanement de bout en bout — ce que le groupe met en avant dans ses offres de livraison incluant les droits acquittés à l’avance.
Pour le Cambodge, la question est plus large encore. Si l’accord avec VET cible explicitement les États-Unis comme l’un des marchés de destination, ce choix s’inscrit dans un contexte commercial tendu : les exportations cambodgiennes vers les États-Unis font face depuis l’été 2025 à des droits de douane substantiellement relevés, le pays figurant parmi les économies les plus exposées à la nouvelle politique tarifaire américaine. Cette donnée ne disqualifie pas le projet — le e-commerce de détail relève d’une logique différente de celle des exportations industrielles groupées, et les seuils, catégories de produits et volumes concernés ne sont pas identiques — mais elle invite à mesurer l’ambition affichée à l’aune d’un environnement réglementaire mouvant des deux côtés du Pacifique.

Une pièce de plus dans la stratégie logistique du groupe
Pour Vireak Buntham, cet accord avec Asendia ne constitue pas un coup isolé mais s’ajoute à une série de partenariats noués ces dernières années pour étoffer son offre logistique. Le groupe avait déjà associé en 2023 les sociétés Station et Legs Technologies pour déployer des casiers connectés à travers le pays, et signé en mars 2026 un accord avec Lucky Supermarket pour étendre sa flotte de livraison électrique à Phnom Penh et dans plusieurs provinces, après une phase pilote lancée fin 2025. La diversification vers l’international s’inscrit donc dans une trajectoire plus large de montée en gamme d’un groupe né en 2004 comme opérateur de bus, devenu en deux décennies l’un des réseaux de transport et de logistique les plus denses du pays.

La société Confluences, plateforme cambodgienne d’accès au marché et de développement des affaires, a joué un rôle de facilitateur dans la mise en relation des deux groupes. Son CEO, Soreasmey Ke Bin, présente ce type de collaboration commerciale comme un pont nécessaire pour consolider la place du Cambodge dans le commerce mondial et l’économie numérique — une lecture qui rejoint les priorités affichées par le gouvernement cambodgien, dont la loi sur le e-commerce et le cadre stratégique pour l’économie et la société numériques 2021-2035 visent justement à accélérer l’intégration du pays aux marchés numériques régionaux et mondiaux.
Les deux partenaires doivent désormais entrer dans une phase de mise en œuvre et de test sur les différentes lignes de destination, avant un déploiement opérationnel complet annoncé pour les prochains mois.







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