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Une Thaïlande amicale ? Par Raoul M. Jennar

Ce texte, initialement publié sur les réseaux sociaux, est signé par Raoul M. Jennar, observateur du Cambodge depuis 1989. Spécialiste reconnu de l'Asie du Sud-Est et notamment des relations entre le Cambodge et la Thailande, l'auteur y livre une analyse critique et engagée du conflit frontalier opposant actuellement le Cambodge à la Thaïlande.

Raoul M. Jennar
Raoul M. Jennar

Une Thaïlande amicale ?

La propagande officielle, qu'elle vienne du vrai pouvoir – l'armée – du pouvoir de façade – le gouvernement – ou des médias, tous marqués par l'ultranationalisme le plus délirant, tend à présenter la Thaïlande comme un pays pacifique, souriant, ouvert, amical. Rien n'est plus faux. Et seuls les touristes de passage avalent ce discours mensonger.

Le vrai visage d'une agression militaire

Il y a moins d'un an, au cours de deux guerres d'agression et de conquête territoriale, la Thaïlande a offert au monde son vrai visage. Elle a usé de moyens militaires hors de proportion dans le cadre d'un différend frontalier : recours en territoire cambodgien profond, aux chasseurs-bombardiers F-16, aux bombes à fragmentation, à l'épandage de produits toxiques. Au sol : expulsion forcée et violente de milliers d'habitants — hommes, femmes, enfants, personnes âgées — puis, après pillage, destruction de leurs habitations et occupation des territoires conquis.

Est-ce ainsi qu'un pays civilisé règle un différend frontalier ? Un différend que le Cambodge veut résoudre par les moyens les plus pacifiques et les plus légaux : le recours offert par le droit international, aux juridictions compétentes. Mais la Thaïlande l'a montré avec éclat : ce n'est pas un pays civilisé, puisque, refusant de respecter le droit international, elle a eu recours aux méthodes les plus barbares en ciblant des civils innocents.

Un cessez-le-feu violé

Depuis un cessez-le-feu intervenu en décembre dernier, la Thaïlande n'a pas cessé d'en violer les termes. Elle a agrandi les territoires occupés ; elle s'emploie à créer une situation irréversible en modifiant la nature des sols. Elle commence à érig­er un mur séparant les territoires illégalement occupés du reste du territoire cambodgien.

Une guerre hybride contre l'économie cambodgienne

À l'appui de ces activités totalement contraires au droit international, la Thaïlande s'emploie à discréditer le Cambodge et à en offrir l'image la plus négative. Des milliers de fake news sont diffusées dans le monde entier pour dissuader les touristes de se rendre au Cambodge. Non seulement les deux guerres de 2025 infligées par la Thaïlande ont profondément affecté le secteur touristique du Cambodge, une des ressources vitales du pays, mais les Thaïlandais se livrent maintenant à une guerre hybride pour détruire complètement l'économie d'un pays qui vit surtout des investissements étrangers nouveaux et de l'attrait que représente un patrimoine architectural reconnu dans le monde et protégé par l'UNESCO.

Démentir la désinformation

Rien n'est vrai de ce qui est diffusé sur les réseaux sociaux par les Thaïlandais dans le but de détourner les touristes de se rendre à Phnom Penh, sur le site des temples d'Angkor, sur les plages de Koh Rong, de Kampot ou de Kep, sur les hauts plateaux de Ratanakiri ou de Mondolkiri — bref, de visiter les 20 plus beaux sites qu'offre le pays des Khmers. Il n'y a pas plus de problème de sécurité au Cambodge que dans les plus beaux endroits visités ailleurs, en Asie, en Europe et dans le reste du monde. Il suffit de questionner ceux qui viennent de passer quelques jours ou quelques semaines au Cambodge pour être convaincu que « le pays du sourire », c'est bien celui des Khmers.

Un appel aux voyageurs et à la communauté internationale

Certes, la situation est tendue entre le Cambodge et la Thaïlande, mais elle ne doit en aucune façon dissuader les touristes de rejoindre Phnom Penh, de préférence en évitant l'escale de Bangkok, où les autorités traitent mal ceux qui se rendent au Cambodge ou en reviennent. S'il n'y a pas encore de lignes aériennes directes pour venir d'Europe au Cambodge, il existe de très accueillantes escales possibles via la Chine, la Malaisie, Singapour ou le Vietnam.

Le Cambodge a besoin que tous ceux, dans le monde, qui lui accordent le droit d'exister et de prospérer rejettent la propagande mensongère de Bangkok. D'autant que la Thaïlande ne manifeste aucune bonne volonté et multiplie les prétextes pour refuser de retourner à la table de négociation. Une table où le Cambodge attend, seul.

Or, pour faire la paix, il faut être deux.

Raoul M. Jennar

Observateur du Cambodge depuis 1989

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