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Ancre 1

Une déplacée cambodgienne exprime sa confiance envers le gouvernement pour récupérer sa maison confisquée

À l’ombre des abris provisoires qui jalonnent la frontière nord-ouest du Cambodge, des centaines de familles déplacées attendent, parfois depuis plusieurs mois, de pouvoir regagner leurs foyers. Occupées selon elles par des forces thaïlandaises à l’issue d’affrontements sporadiques mais récurrents, leurs terres et habitations sont devenues l’épicentre d’une crise humanitaire doublée d’un contentieux diplomatique tenace.

Rim Dikhim
@Rim Dikhim

Pourtant, dans l’attente d’une issue négociée, nombre de ces familles affirment conserver leur confiance dans le gouvernement royal, qu’elles jugent déterminé à faire respecter l’intégrité territoriale du pays.

Mme Rim Dikhim, ancienne commerçante évacuée du secteur de Boeung Trakuon, dans la province de Banteay Meanchey, incarne cette attente mêlée d’espérance. À quelques jours du Nouvel An universel, elle avait, comme chaque année, investi l’essentiel de ses économies pour renouveler son stock de marchandises.

« J’avais acheté des produits quelques jours avant le début du conflit. Aujourd’hui, je n’ai plus rien : ni maison, ni source de revenus », confie-t-elle depuis le site de relocalisation où elle vit désormais avec ses deux enfants.

Son mari, resté sur place pour surveiller leur parcelle, n’a pu être joint depuis plusieurs semaines, faute de couverture réseau dans la zone litigieuse.

Son témoignage est emblématique d’une situation qui touche aujourd’hui plus de trois cents familles recensées par les autorités provinciales. Ces dernières, bien que bénéficiant d’une aide alimentaire et sanitaire minimale, expriment une détresse économique croissante. Beaucoup vivaient de l’agriculture ou du petit commerce transfrontalier, activités aujourd’hui suspendues par les mesures de sécurité et la fermeture de plusieurs points de passage informels.

« Mon plus grand souhait est de rentrer chez moi. J’ai confiance dans le gouvernement royal : je sais qu’il trouvera une solution et me permettra un jour de récupérer ma maison », ajoute Mme Rim Dikhim.

Elle insiste sur le fait qu’elle ne se considère pas comme une « victime résignée », mais comme une citoyenne qui place sa foi dans les institutions pour résoudre ce litige frontalier conformément au droit.

Sur le plan diplomatique, le ministère cambodgien des affaires étrangères et de la coopération internationale a multiplié les protestations formelles ces derniers mois. Selon des documents internes dont une copie a été transmise à la presse, pas moins de huit notes verbales ont été adressées à Bangkok entre janvier et mars 2026, dénonçant des incursions armées et l’édification de structures temporaires en territoire cambodgien. Phnom Penh appelle la partie thaïlandaise à respecter « de bonne foi » les déclarations conjointes issues de la Commission mixte frontalière (JBC) ainsi que l’esprit du mémorandum d’accord de 2000 sur le tracé des frontières.

Le gouvernement royal réaffirme par ailleurs son attachement aux mécanismes juridiques internationaux. Dans une déclaration rendue publique le 18 mars, le porte-parole du ministère a rappelé que le Cambodge « ne reconnaît aucune modification de ses frontières obtenue par la force », en référence implicite à l’arrêt de la Cour internationale de justice de 2013 dans l’affaire du temple de Preah Vihear, qui avait confirmé la souveraineté cambodgienne sur la zone environnante. Les autorités rappellent également que l’article 2, paragraphe 4, de la Charte des Nations unies prohibe le recours à la menace ou à l’emploi de la force contre l’intégrité territoriale des États.

Ces principes juridiques trouvent un écho chez les observateurs internationaux. Dans un rapport publié en février dernier, le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) a appelé les deux pays à garantir la protection des populations civiles et à respecter les droits fonciers des personnes déplacées. L’organisation a également souligné la vulnérabilité particulière des femmes chefs de ménage, nombreuses dans la zone frontalière.

Sur le terrain, l’action des autorités locales reste contrainte par l’absence d’accès sécurisé à certaines parcelles. Le gouverneur de la province de Banteay Meanchey, joint par téléphone, a indiqué que des équipes techniques travaillaient à l’établissement d’une cartographie précise des propriétés affectées, en collaboration avec le Comité national de gestion des frontières.

« Nous tenons un registre détaillé. Chaque famille pourra faire valoir ses droits dès que la situation diplomatique le permettra », a-t-il assuré.

En attendant, la vie dans les sites de relocalisation s’organise autour de priorités immédiates : accès à l’eau potable, scolarisation des enfants, et reprise d’activités génératrices de revenus. Plusieurs ONG locales, en partenariat avec la Croix-Rouge cambodgienne, ont mis en place des programmes de soutien psychologique et de microcrédit. Pourtant, l’incertitude demeure le principal fardeau.

Pour Mme Rim Dikhim, comme pour beaucoup d’autres, la dimension symbolique du foyer dépasse la simple question matérielle.

« Cette maison, je l’ai construite pierre par pierre avec mon mari. Ce n’est pas seulement un toit, c’est l’avenir de mes enfants. Le gouvernement le sait, et il ne nous abandonnera pas », répète-t-elle.

Le gouvernement royal, qui a fait de la stabilité frontalière un axe central de sa politique étrangère, semble conscient de l’urgence humanitaire autant que de l’impératif souverain. Les prochaines semaines pourraient être décisives, alors que des pourparlers techniques sont annoncés entre les deux capitales sous l’égide de l’ASEAN. Pour les déplacés de Banteay Meanchey, l’issue de ces négociations décidera non seulement du sort de leurs terres, mais aussi de la confiance qu’ils placent dans l’État de droit et la promesse républicaine d’un territoire protégé.

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