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Tourisme durable : à Chypre, le Cambodge défend son « or vert »

il y a 1 heure
6 min de lecture

Du 31 août au 4 septembre, le Royaume a participé, à Nicosie et Famagouste, à un séminaire francophone consacré au tourisme durable, à l’employabilité des jeunes et à la mobilisation de financements. Pays pilote du projet Destination Éco-Talents de l’Organisation internationale de la Francophonie, le Cambodge y a plaidé pour un tourisme ancré dans les territoires. Au même moment, ses arrivées internationales s’effondrent de 46 %.

Mol Vibol, secrétaire d’État au ministère du Travail et de la Formation professionnelle, lors du séminaire francophone consacré au tourisme durable, à Chypre
Mol Vibol, secrétaire d’État au ministère du Travail et de la Formation professionnelle, lors du séminaire francophone consacré au tourisme durable, à Chypre

Quatre jours entre Nicosie et Famagouste

Le séminaire portait un intitulé qui résume à lui seul l’ordre du jour : « Développement du tourisme durable, opportunités d’emploi pour les jeunes et mobilisation des financements ». Il était coorganisé et cofinancé par le gouvernement de la République de Chypre et l’Institut de la Francophonie pour le développement durable (IFDD), organe subsidiaire de l’OIF.

Environ 67 participants venus de 19 pays ont fait le déplacement : responsables gouvernementaux, organisations internationales, partenaires techniques et financiers, porteurs de projets, universitaires. Les travaux ont été présidés par le vice-ministre chypriote du Tourisme, Kostas Koumis, et par la directrice de l’IFDD, Cécile Martin-Phipps.

Le Cambodge était représenté par Mol Vibol, secrétaire d’État au ministère du Travail et de la Formation professionnelle (MLVT). Le choix du ministère n’est pas anodin : à Chypre, le tourisme était traité comme une question d’emploi et de compétences, pas comme une question de promotion.

Au programme : gestion durable des destinations, formation et insertion professionnelle, entrepreneuriat des femmes, valorisation des patrimoines, accès aux financements. Une journée de terrain a conduit les délégations à la rencontre d’acteurs touristiques chypriotes.

Destination Éco-Talents, un pilote à mi-parcours

Lancé dans le cadre de la programmation 2024-2027 de l’OIF, le projet Destination Éco-Talents (DET) est déployé dans quatre pays pilotes : le Cabo Verde, le Cambodge, les Comores et le Vietnam. Son objectif affiché est de faire du tourisme un levier de revenus locaux, en misant sur les jeunes, les femmes et les communautés rurales.

Le raisonnement de l’OIF part d’un constat économique. Dans de nombreux pays en développement, 40 à 50 % des recettes touristiques brutes échappent aux économies locales. Les communautés, les guides, les artisans et les petites structures ne captent qu’une fraction de la valeur dépensée par les visiteurs.

Le premier appel à projets, clos en avril 2025, a reçu 173 dossiers. Douze ont été retenus, dont trois au Cambodge : le programme de formation et de circuits porté par Sala Baï, l’écosystème touristique circulaire destiné aux jeunes et aux femmes de Run Ta Ek, et un projet de tourisme riverain dans la forêt inondée du Mékong. Les subventions vont de 15 000 à 50 000 euros, pour douze mois au maximum.

Un deuxième appel a été lancé fin 2025, avec une date limite fixée au 28 février 2026. Il a attiré plus de 120 candidatures dans les quatre pays, les Comores arrivant en tête du nombre de dossiers déposés. Là encore, trois lauréats par pays étaient attendus.

1 034 jeunes insérés, 16 circuits, deux centres à Siem Reap

Le séminaire de Chypre servait d’abord à faire le bilan. Selon l’IFDD, 1 034 jeunes ont été insérés ou placés en stage en 2025 dans les quatre pays pilotes, et 16 circuits touristiques ont été développés.

Le Cambodge accueille par ailleurs deux centres Destination Éco-Talents, tous deux à Siem Reap. L’un est hébergé par Artisans Angkor, sur un site qui reçoit environ 75 000 visiteurs par an. L’autre est adossé à l’École d’hôtellerie et de tourisme Paul Dubrule. Ces centres orientent les visiteurs, mettent en réseau les professionnels et proposent des ateliers courts.

À l’échelle du projet, l’OIF vise 700 emplois créés, cinq centres DET et plus de 1 000 acteurs du tourisme formés.

Le pari cambodgien de la formation professionnelle

La présence du MLVT à Chypre renvoie à un chantier national. Depuis 2024, le gouvernement a engagé un programme de formation technique et professionnelle visant 1,5 million de jeunes. Environ 271 000 personnes s’y étaient inscrites à la fin avril 2026, dont 229 000 formées dans les établissements publics.

Le 15 juin, lors de la 9e Journée nationale de l’enseignement et de la formation techniques et professionnels, le Premier ministre Hun Manet a demandé au ministère de privilégier la qualité des formations sur le nombre d’inscrits. Le ministre du Travail, Heng Sour, a rappelé que 262 établissements relèvent de sa tutelle, dont 37 publics et 201 privés.

Le projet DET pousse dans la même direction, avec une nuance francophone : il intègre le français professionnel comme outil d’accès à l’emploi dans l’hôtellerie et le guidage.

« Or vert » et micro-destinations : la démonstration du ministère du Tourisme

Chouk Chumnor, directeur général du développement touristique et de la coopération internationale au ministère du Tourisme, intervenait pour sa part lors d’une table ronde consacrée à la structuration des réseaux et des destinations de petite échelle.

Il y a repris la formule employée par le gouvernement pour désigner le tourisme : « l’or vert ». Et il a décrit une méthode : faire travailler ensemble communautés locales, secteur privé et centres de formation, tout en protégeant les ressources naturelles et culturelles.

Deux exemples ont été mis en avant. La zone touristique Siem Reap–Tonlé Sap, d’abord, où l’enjeu est de faire sortir les visiteurs du seul périmètre des temples. Le corridor Kratié–Stung Treng, ensuite, sur le haut Mékong. Ce dernier concentre des atouts encore peu exploités : les dauphins de l’Irrawaddy, les îles fluviales, les forêts inondées, l’artisanat de la soie. Il concentre aussi des indicateurs de pauvreté parmi les plus élevés du pays.

L’idée défendue est simple à énoncer et difficile à mettre en œuvre : retenir dans le territoire la valeur créée par le visiteur, au lieu de la voir remonter vers les capitales et les opérateurs étrangers.

Une année noire pour le tourisme cambodgien

Le contexte donne au débat une tonalité particulière. De janvier à juillet 2026, le Cambodge a accueilli 1,99 million de touristes internationaux, soit une baisse de 46 % sur un an. Sur le seul premier semestre, les arrivées sont tombées à 1,75 million, contre 3,36 millions un an plus tôt.

Le ministre du Tourisme, Huot Hak, a attribué ce recul à plusieurs facteurs : la publicité négative liée aux réseaux d’arnaques en ligne, les tensions à la frontière avec la Thaïlande, la hausse des prix du carburant et le ralentissement du voyage international. La Chine, le Vietnam et les États-Unis restent les trois premiers marchés émetteurs.

Le ministère a bâti trois scénarios pour l’année. Le plus défavorable table sur 4,6 à 4,8 millions de visiteurs. Le plus optimiste, qui suppose une sortie de crise sur tous les fronts, monte à 6,1 à 6,3 millions. Un programme pilote d’exemption de visa pour les ressortissants chinois a été lancé du 15 juin au 15 octobre.

Dans ce paysage, le tourisme communautaire et les micro-destinations ne compenseront pas la chute des flux. Mais ils occupent une place croissante dans le discours officiel, à mesure que le modèle fondé sur le volume montre ses limites.

Le financement, question centrale

Le séminaire consacrait une part importante de ses travaux à l’argent. L’objectif était de rapprocher les projets des ressources disponibles, en particulier dans l’écotourisme et le tourisme à impact.

L’IFDD ne s’en cache pas : il s’agit de préparer l’après-2027. L’institut a lancé au printemps un recrutement de prestataire chargé d’identifier les niches de financement, de repérer les modèles DET réplicables et de rédiger une note prospective pour la programmation 2028-2031. Autrement dit, de transformer un projet pilote en approche finançable à plus grande échelle.

Le Mekong Institute, basé à Khon Kaen, a également participé aux échanges pour partager l’expérience régionale en matière de tourisme intelligent, de patrimoine et de financements innovants.

Cap sur Phnom Penh en novembre

Ce rendez-vous chypriote s’inscrit dans une séquence francophone chargée pour le Cambodge. Membre de plein droit de l’OIF depuis 1993, le Royaume accueillera les 15 et 16 novembre le 20e Sommet de la Francophonie, à Phnom Penh, sur le thème « Restaurer la paix pour une prospérité partagée et une stabilité durable ».

L’événement, initialement envisagé à Siem Reap, a été transféré dans la capitale en février pour des raisons logistiques. Il réunira les délégations de quelque 90 États et gouvernements membres, associés et observateurs.

Les conclusions du séminaire de Chypre doivent nourrir la préparation de la prochaine programmation de l’OIF. Pour le Cambodge, l’échéance la plus immédiate reste nationale : la saison haute dira lequel des trois scénarios du ministère du Tourisme se vérifie.

Informations initiales : EuroCham Cambodge.

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