Arjuna Solitaire Hotel, Sihanoukville – Épisode 4 : la nuit au Khayangan Beach Club, chemises à fleurs et néons sous la pluie
Après six provinces et six verres de Sora, il fallait redescendre. Pas dans la chambre : au rez-de-chaussée de Kampong Dewa, où le Khayangan Beach Club, que tout le monde ici appelle le KBC, ouvre chaque soir jusqu'à une heure du matin, deux le week-end. Quatrième épisode de notre série : le samedi soir, sous la pluie, entre une scène LED, des chemises à fleurs et une grande roue allumée au loin.

Redescendre
Vu du vingt-troisième étage, le KBC est un jardin de dômes. Depuis les fenêtres d'Angkasa, on distingue des pavillons ronds coiffés de toits noirs, posés dans une palmeraie serrée, un bassin turquoise bordé de cabanons, et une grande halle au toit d'écailles brunes. La nuit, le même jardin devient un dessin au néon : les bassins virent au bleu et au violet, un écran de LED s'allume au fond, une scène s'éclaire sous un auvent de chaume, et, derrière les palmiers, une tour et une grande roue s'illuminent à leur tour, comme pour signaler que Kampong Dewa ne dort pas.
Khayangan est un mot indonésien, hérité du javanais, qui désigne le séjour des dieux – le ciel, en somme. Le club a ouvert en douceur le 21 juin 2024, un an avant l'hôtel, et se présente comme le plus grand beach club de Sihanoukville : plage artificielle, piscines en cascade, lits de jour sous les palmiers, cinq restaurants et bars, une scène avec écran géant et sonorisation Funktion-One, quatre salons privés et cinq cabanas fermées, chacune avec sa piscine et son écran, pour des groupes de vingt à trente personnes. Les habitués, dit la direction, lui trouvent un air de Bali. On comprend pourquoi en traversant Baruna, le lounge : une charpente de bois blond en voûte, des colonnes cannelées, des lampes de rotin suspendues, un bar de marbre gris et des fauteuils en cordage tressé ouverts sur les palmiers. Plus loin, Amarta, le restaurant-jardin, avec son comptoir courbe, ses tabourets orange, ses plantes suspendues et son sol de carreaux hexagonaux à motifs de feuilles. Le jour, ce doit être une autre adresse. Nous n'avons vu que la nuit.



L'orchestre des chemises à fleurs
On est accueilli à l'entrée par une haie de chemises orange à feuillages blancs et de chapeaux de paille à palmiers, mains jointes en sampeah, sourires de rigueur mais sincères. La responsable de salle, en polo blanc et oreillette, fait le lien entre les tables et la scène. Au bar, derrière un mur de cognacs et de whiskies sous éclairage indirect, deux barmen en chemises hawaïennes et chapeaux de paille effrangés lèvent le pouce avant même qu'on ait commandé. L'uniforme dit tout de l'esprit du lieu : on n'est pas ici pour la gravité.
Il pleuvait encore. Le deck de bois luisait, les parasols étaient fermés comme des bourgeons, et les serveurs traversaient les flaques en courant avec des seaux à glace. Une pancarte jaune « sol mouillé » veillait au bord du bassin. Personne ne semblait s'en soucier, et surtout pas les clients, en majorité chinois ce soir-là, attablés autour de cannettes et de seaux de bière sous les grands ventilateurs.

La scène
La DJ a installé sa console Pioneer au pied de l'escalier de Baruna, sous l'enseigne du lounge : casque blanc autour du cou, cheveux noirs jusqu'à la taille, robe bustier noire et une peluche rose accrochée à la platine. Un peu plus haut, sous la charpente, un paravent de paysages chinois – montagnes bleu-vert sur fond d'or, façon rouleau des Song – tapisse la paroi devant laquelle elle pose entre deux morceaux. Le contraste résume Kampong Dewa mieux qu'un long discours : une charpente balinaise, un paysage chinois, une console japonaise, une pluie khmère. Elle a commencé doucement, de la pop mandarine et de la house, le temps que les tables se remplissent.
Puis les danseuses sont arrivées, cinq ou six, en résilles et bottines, chacune à son mât de lumière blanche planté sur les dalles. Elles dansent pour les tables, pas pour une piste : les clients restent assis, filment, applaudissent parfois.
L'écran LED du fond déroule des annonces en caractères chinois, la scène principale sous l'auvent de chaume attend un groupe qui, ce soir-là, a joué entre deux averses. C'est une nuit de Sihanoukville comme la ville en produit désormais : écrite en chinois, servie en khmer, décorée à l'indonésienne, avec des néons pour tout le monde.
On peut ne pas aimer ce genre de soirée ; nous avons décidé de la regarder pour ce qu'elle est. Le KBC est un lieu de spectacle, pas un bar de plage à la bougie, et il ne prétend pas autre chose. Ce qu'il fait, il le fait avec une équipe nombreuse, jeune et visiblement heureuse d'être là, ce qui, à cette heure et sous cette pluie, n'est pas rien. Nous sommes restés une heure, le temps d'un cocktail et de deux sets, et sommes remontés au moment où la grande roue s'éteignait.


Le lendemain, il restait le vingt-cinquième étage. C'est l'objet du dernier épisode.
Pratique
Khayangan Beach Club (KBC), Kompong Dewa Resort, Otres Marina Road, Sihanoukville, à quelques pas de l'Arjuna Solitaire Hotel. Ouvert tous les jours de 16 h à 1 h du matin, jusqu'à 2 h le week-end. Cinq points de restauration, dont Amarta Garden Restaurant et Baruna Lounge & Bar (tapas et cocktails) ; cuisine cambodgienne, asiatique, occidentale, hot pot et grill ; plage artificielle, piscines, lits de jour ; scène avec écran LED et son Funktion-One ; salons privés et cabanas avec piscine pour les groupes. Programme des soirées sur les pages Facebook et Instagram de Khayangan Beach Club.
À suivre – Épisode 5 : dimanche, le déjeuner royal de Wang Long, au vingt-cinquième étage.








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