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Tax Forum d'EuroCham : le Cambodge veut sortir de l'ambiguïté fiscale

Réunis à Phnom Penh le 25 juin, plus de 150 fiscalistes, hauts fonctionnaires et représentants du secteur privé ont planché sur l'avenir de la fiscalité cambodgienne. Entre lutte contre l'informalité, prix de transfert et conventions de non double imposition, le Royaume affine sa stratégie pour convaincre les capitaux étrangers.

Breakout Room II : rémunération des dirigeants et primes d'émission, avec (de g. à dr.) Chamnan Vajiravann (DFDL), Ryo Kawahara (JBAC) et Chum Sochenda (Rajah & Tann Sok & Heng Law Office). — EuroCham Cambodia
Breakout Room II : rémunération des dirigeants et primes d'émission, avec (de g. à dr.) Chamnan Vajiravann (DFDL), Ryo Kawahara (JBAC) et Chum Sochenda (Rajah & Tann Sok & Heng Law Office). — EuroCham Cambodia

Le Cambodge veut sortir de l'ambiguïté fiscale. C'est le message qu'a porté, le 25 juin, la Chambre de commerce européenne au Cambodge (EuroCham) à l'occasion de son Tax Forum annuel, organisé à Phnom Penh en partenariat avec son comité fiscal. Un événement qui a rassemblé les principaux artisans de la politique fiscale du Royaume : la Direction générale des impôts (GDT), le ministère de l'Économie et des Finances, la Banque mondiale, ainsi qu'une nourrie délégation d'avocats, de cabinets d'audit et de dirigeants d'entreprise.

L'économie informelle, angle mort de la croissance

La session plénière du matin a posé d'emblée le débat central de la journée : comment faire basculer dans le formel une économie cambodgienne encore largement dominée par les petites structures non déclarées. Un panel réunissant Bun Neary, directrice générale adjointe de la GDT, Bunna Oudom du ministère de l'Économie et des Finances, Panayiotis Nicolaides de la Banque mondiale et le directeur exécutif d'EuroCham Martin Brisson, s'est penché sur les freins structurels qui dissuadent encore nombre d'opérateurs de rejoindre le système fiscal formel — digitalisation de l'administration fiscale, simplification des procédures de conformité et coopération renforcée entre public et privé figurant parmi les leviers évoqués. Le message porté par la direction d'EuroCham a été sans détour : plutôt que d'attendre une mise en conformité spontanée des acteurs informels, mieux vaut consolider les conditions permettant aux entreprises déjà formalisées de se développer, dans une logique de long terme.

C'est dans ce cadre qu'a également eu lieu la remise officielle du Livre Blanc 2027 d'EuroCham à la GDT, document annuel dans lequel la chambre européenne consigne ses recommandations pour améliorer le climat des affaires au Royaume.

Prix de transfert, plus-values et conventions fiscales au menu de l'après-midi

L'après-midi a été consacré à quatre ateliers techniques, choisis en fonction des préoccupations remontées par les entreprises membres. L'un d'eux a porté sur la taxe sur les plus-values (Capital Gains Tax), réunissant des experts du cabinet Bun & Associates ainsi que des représentants de la GDT, de DFDL et de Knight Frank Cambodia, pour discuter de sa mise en œuvre pratique — un sujet sensible pour les investisseurs du secteur immobilier.

Un deuxième atelier s'est penché sur le réseau grandissant des conventions de non double imposition (DTA) que le Cambodge a signées ces dernières années. Le secrétaire général d'EuroCham, Antoine Fontaine, a animé les échanges aux côtés de Tiv Dina, fondatrice de Compliance Partner, qui a rappelé qu'une convention fiscale ne se limite pas à un texte juridique : elle constitue un pont entre États, un gage de sécurité pour les opérateurs qui investissent au-delà des frontières.

C'est dans cette même série d'ateliers, en Breakout Room II, que s'est tenue une session très suivie consacrée à la rémunération des dirigeants et aux primes d'émission — un sujet qui touche directement à la structuration juridique et fiscale des sociétés étrangères implantées au Cambodge. Sous la modération de Chamnan Vajiravann, associée fiscaliste chez DFDL, le débat a réuni Ryo Kawahara, directeur des partenariats public-privé pour la Japan Business Association in Cambodia (JBAC), et Chum Sochenda, tax manager chez Rajah & Tann Sok & Heng Law Office — signe, s'il en fallait un, de l'intérêt croissant des communautés d'affaires japonaise et régionale pour la clarté du cadre fiscal cambodgien en matière de gouvernance d'entreprise.

Une modernisation à marche forcée

Dans un entretien accordé à EuroCham avant l'événement, Linda Oum, responsable fiscale chez Heineken Cambodge et vice-présidente du comité fiscal de la chambre, résumait bien l'ambivalence du moment : le système fiscal cambodgien s'est modernisé rapidement, notamment grâce à la digitalisation et à un alignement croissant sur les standards internationaux, ce qui améliore la transparence mais élève dans le même temps les exigences de conformité et la vigilance des contrôles. Elle y voyait un basculement vers davantage de substance économique, avec une attention accrue portée aux prix de transfert, à la documentation et à la préparation aux audits.

Ce constat s'inscrit dans un contexte plus large de dialogue renforcé entre Bruxelles et Phnom Penh. Deux jours avant le Tax Forum, EuroCham et le Conseil pour le développement du Cambodge (CDC) tenaient leur quatrième Dialogue public-privé Cambodge-Europe, où la chambre a notamment plaidé pour que la taxe de 1 % sur le chiffre d'affaires — jugée pénalisante pour les secteurs à faible marge — soit progressivement recalculée sur la base du bénéfice avant impôt plutôt que sur le seul volume d'activité.

Vers l'échéance de 2029

Derrière ces discussions techniques se profile un enjeu stratégique plus vaste : la sortie programmée du Cambodge de la catégorie des pays les moins avancés (PMA), prévue pour 2029. Cette transition doit s'accompagner d'une perte progressive de certains avantages commerciaux préférentiels, ce qui rend d'autant plus urgente la construction d'un cadre fiscal jugé stable, prévisible et compétitif aux yeux des investisseurs étrangers. C'est précisément l'ambition affichée par le Livre Blanc 2027 d'EuroCham, dont le chapitre fiscal appelle à accélérer les réformes en matière de taxation, de commerce, d'énergie et de numérique.

Reste à savoir si l'administration fiscale saura transformer ces recommandations en textes d'application concrets. Pour l'heure, la GDT affiche une volonté d'écoute : la remise en main propre du Livre Blanc à ses représentants, en clôture de la matinée, se veut le symbole d'un dialogue public-privé que les acteurs économiques présents à Phnom Penh espèrent voir se traduire, dans les mois qui viennent, par des textes plus lisibles et une administration plus prévisible.

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