Sorithy Sor : de l’enfer des Khmers rouges aux ateliers d’Airbus
- La Rédaction

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En avril 1975, les Khmers rouges s'emparaient du Cambodge et plongeaient le pays dans l'une des périodes les plus sombres du XXe siècle. Pour Sorithy Sor, jeune homme de 15 ans vivant paisiblement avec ses six frères et sœurs à Battambang, tout bascule en quelques heures.

« Au début, j'étais content de voir arriver les Khmers rouges. On croyait en un avenir meilleur », confie-t-il aujourd'hui.
La désillusion fut brutale. Exécutions sommaires, déportations, esclavage des populations : le régime de Pol Pot efface méthodiquement tout vestige de l'ancien monde. Sorithy passe deux ans et demi dans un camp de travail forcé, du lever au coucher du soleil, pour une ration de riz quotidienne, pendant que le régime s'emploie à laver les cerveaux.
Sept nuits dans la jungle
En juin 1977, à l'âge de 17 ans, Sorithy prend la décision de fuir avec trois camarades. Sept nuits de marche clandestine dans la jungle les séparent de la frontière thaïlandaise. À son arrivée, il ne pèse plus que 40 kg pour 1,78 m — affamé, épuisé, mais vivant. Quelques semaines plus tard, il obtient l'asile en France, où réside l'un de ses oncles. Il ne parle pas un mot de français, mais se consacre avec une intensité rare à l'apprentissage de la langue. C'est la passion pour la technique — et l'enthousiasme contagieux d'une visite d'Airbus à Toulouse — qui va orienter toute sa trajectoire professionnelle.
En cinq ans à peine, celui qui était encore dans un camp de travail en 1977 signe son contrat chez Aérospatiale, la future Airbus, en 1982. Un parcours qui tient du prodige.
38 ans chez Airbus, Meilleur Ouvrier de France
Sorithy Sor passe 38 années d'une carrière remarquable au sein de l'avionneur européen. Il travaille sur plusieurs modèles emblématiques et reçoit de nombreuses distinctions pour ses innovations. En 1997, le survivant des Khmers rouges est couronné Meilleur Ouvrier de France en mécanique générale — l'une des plus hautes distinctions de l'artisanat et de l'industrie françaises.
Aujourd'hui retraité, il ne se contente pas de transmettre un savoir-faire : il incarne une leçon de vie. Il intervient dans plusieurs établissements de formation — CFA de Foix, CFA de Toulouse, lycées techniques — pour accompagner les jeunes apprentis. Il est également bénévole au sein de la Société des Meilleurs Ouvriers de France et membre du jury des MAF en Occitanie.
Un livre, un témoignage, un acte humanitaire
En décembre 2023, Sorithy Sor publie en autoédition Odyssée d'un jeune Khmer — La démonstration que rien n'est impossible. Rédigé avec l'aide de sa femme et de l'un de ses fils, l'ouvrage retrace son enfance bouleversée, ses années dans les camps, sa fuite, son intégration en France et sa vie familiale. Il a depuis été traduit en anglais sous le titre Odyssey of a Young Khmer. En 2024, le livre reçoit le Prix du livre MOF, dans la catégorie « Persévérance vers l'excellence ».
Mais l'ambition du projet dépasse le simple témoignage personnel. L'intégralité des bénéfices de la vente a d'ores et déjà permis de financer la construction de deux salles de classe supplémentaires à l'école primaire de Kampang Keut, dans le district de Banan, province de Battambang — sa ville natale.
Les fonds contribuent également à l'entretien du bâtiment, ainsi qu'à des dons à l'association AER (Avenir pour l'Enfant des Rizières) et à l'école E-corners Language School à Siem Reap.
« Traverser l'enfer nous aide à nous transcender et à nous dépasser pour faire sortir ce qu'il y a de meilleur en nous. Je peux affirmer que rien n'est impossible. Quand on se fixe un objectif, on déploie une force incommensurable pour l'atteindre. »

Suivre le projet et découvrir le livre : odysseejeunekhmer.blogspot.com







Parcours admirable! Bonne continuation.