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Ancre 1

Siem Reap & Destination : Le Grand Hôtel d’Angkor, Une Escale Hors du Temps

« On ne quitte jamais tout à fait ces lieux-là, on les emporte en soi comme un parfum qui ne s'évapore pas. »

Il arrive parfois de vivre des moments privilégiés au cours de son existence. Ce weekend au Raffles Grand Hôtel d’Angkor, à Siem Reap, est de ceux qui ne s’oublieront jamais. Plus qu'un simple séjour, ce fut une immersion dans l'élégance d'une institution qui incarne, avec une sincérité rare, l'excellence du luxe au Cambodge.

Premier jour

L’accueil au mythique Elephant Bar 

Dès l'arrivée, le ton est donné : un accueil d'une chaleur authentique où le traditionnel krama nous est offert comme un premier lien avec la terre khmère. Mais c'est à l’Elephant Bar que l'immersion commence réellement. Ce bar est une légende à lui seul. Sous le regard des boiseries sombres et des ventilateurs qui brassent un air chargé de souvenirs, nous découvrons le cocktail de bienvenue.

Loin des classiques attendus, il surprend par son originalité : un véritable festival d'épices qui réveille les sens et annonce la couleur du séjour. Le décor, qui a su préserver son esprit « vieux monde », invite immédiatement à la confidence. On s'y sent tout de suite à son aise, dans un lieu qui a vu défiler près d'un siècle d'histoire. C'est l'endroit idéal pour un premier toast à ce week-end d'exception.

Une chambre entre hier et aujourd'hui

Pour accéder à notre chambre, au deuxième étage, le voyage commence avant même de franchir le seuil. Nous empruntons l’ascenseur d’époque, une merveille de fer forgé et de bois précieux qui semble avoir défié le temps. C’est le plus ancien du pays encore en service. Monter à bord, c’est s’offrir une transition magique, un lent mouvement mécanique qui nous détache du présent pour nous déposer dans l'histoire.

Passer le seuil de la chambre, c'est retrouver un confort absolu où chaque détail a été pensé avec soin. L'espace est généreux, baigné d'une lumière douce. Ce qui frappe, ce sont les clins d'œil au passé : les anciens téléphones à cadran qui trônent sur les tables de chevet nous rappellent que nous logeons dans un bâtiment chargé d’âme. La literie, d'une qualité remarquable, promet des nuits de rêve, tandis que depuis le balcon, la vue sur la piscine — une oasis d'un bleu profond nichée dans la verdure — confirme l'évidence : nous sommes dans un sanctuaire.

Le dîner : « A Tale of Two Tables »

La soirée se poursuit dans le cadre majestueux du restaurant Signature 1932. C’est ici que le Chef Memo orchestre un véritable voyage gastronomique. Originaire du Costa Rica, ce globe-trotteur des saveurs a affûté son talent dans les cuisines les plus prestigieuses, des Maldives à Dubaï, avant de tomber amoureux du Cambodge. Pour lui, la cuisine n'est pas qu'une question de technique, mais une « autobiographie culinaire » où chaque escale laisse une trace.

Dès les premières minutes, on est frappé par l'équilibre parfait entre le prestige du lieu et la fluidité du service. Rien n’est guindé ; tout est pensé pour que le convive se sente l'invité privilégié d'une grande demeure. Le Chef Memo nous propose un menu exclusif où les saveurs locales sont sublimées par une finesse internationale. Le sommelier, quant à lui, parachève l’expérience en nous guidant à travers une sélection de champagnes et de vins choisis avec une justesse rare. Entre deux dégustations, on savoure cette ambiance détendue, signe d’une équipe qui maîtrise son art à la perfection. Une première journée qui s’achève sous le signe d’un raffinement sans artifice.

Deuxième jour

Un réveil au champagne au Café d’Angkor

Après une nuit d’un calme absolu, le deuxième jour s'ouvre sur une promesse de sérénité. Existe-t-il une meilleure façon de débuter la matinée ? Le petit-déjeuner au Café d’Angkor est une expérience en soi. Le buffet est impressionnant de diversité, une tentation permanente qui met en avant le savoir-faire des artisans locaux, mais c’est à la carte que nous trouvons notre bonheur.

Pour ma part, impossible de passer à côté de la spécialité de la maison : les emblématiques œufs Bénédictine du Raffles. Préparés avec une précision chirurgicale, ils sont le symbole d'un petit-déjeuner réussi. Mon compagnon, lui, opte pour l'authenticité d'un « Kuy Teav » traditionnel. Ce bouillon de nouilles de riz, pilier de la cuisine khmère, est ici transcendé par la qualité des produits et la finesse du bouillon. Accompagnés d'une coupe de champagne savourée face à la piscine, dans la lumière encore douce du matin, ces mets transforment ce premier repas en un moment de pur plaisir.

La patience au bout des doigts

Dans le cadre du programme culturel du Raffles, nous nous initions à une tradition ancestrale : L’art du pliage de la fleur de lotus. Sous des mains expertes, la fleur de lotus — symbole de pureté par excellence au Cambodge — se transforme. On apprend ici les secrets du pliage minutieux des pétales extérieurs pour révéler le cœur de la fleur, créant ainsi des compositions florales d'une délicatesse inouïe. Vannak se prête au jeu avec une patience exemplaire, apprivoisant la texture des feuilles pour en faire de véritables sculptures végétales. C’est un moment de concentration douce, une parenthèse de poésie qui nous reconnecte à l'esthétique khmère dans ce qu'elle a de plus raffiné.

Une immersion dans l'azur

Après la minutie du pliage, place au lâcher-prise. Nous rejoignons la piscine de l'hôtel : un bassin spectaculaire, le plus vaste de Siem Reap. Inspirée par les dimensions généreuses des bassins royaux d'Angkor, elle s'étire en harmonie avec les jardins tropicaux qui l'entourent. Nager ici, c'est s'offrir une respiration nécessaire sous le soleil cambodgien, un moment de pure légèreté où l'on se laisse porter par la sérénité du lieu avant de songer au déjeuner.

L’œil et le pinceau

Le voyage esthétique se poursuit sur les murs mêmes de l'hôtel, qui font office de galerie à ciel ouvert. On y découvre une collection photographique singulière, issue entre autres du fonds « The Grand Past ». Ces images historiographiques, d'une précision troublante, racontent une cité de pierre encore prisonnière des racines de fromagers et les premières réceptions mondaines de l’époque.

On y croise aussi des regards plus contemporains, dont les célèbres clichés de John McDermott, qui a marqué les années 2000 par sa vision onirique et presque spectrale d'Angkor. C'est une plongée dans une esthétique de la contemplation, où chaque document exhumé des archives ou capturé par l'objectif moderne raconte un siècle de redécouverte.

@John McDermott
@John McDermott

Face à cette mémoire immobile, l'exposition permanente de Sary Nou apporte une réponse vibrante et résolument contemporaine. Cet artiste khmer de renom travaille sur la texture et la résilience. Ses toiles, souvent habitées par des figures oniriques ou des motifs floraux stylisés, ne cherchent pas à copier le passé, mais à en exprimer l'énergie vitale.

Là où la photographie capture l'instant disparu ou le rêve figé, la peinture de Sary Nou explore la continuité de l'âme khmère. Ce dialogue entre le grain de l'archive et la couleur du présent est l'une des plus belles réussites du lieu : il nous rappelle que si les murs ont une histoire, leur cœur bat toujours au rythme de la création actuelle.

Un lunch tout en fraîcheur au Café d’Angkor

Pour le déjeuner, nous retournons au Café d’Angkor. À l'intérieur, protégé par la fraîcheur des hauts plafonds et l'élégance du décor colonial, on se sent immédiatement apaisé. La carte met à l'honneur des produits sourcés auprès d'artisans locaux, et cela se ressent dans l'assiette.

Nous débutons par la salade de burrata, une explosion de fraîcheur où le crémeux du fromage rencontre l'acidité vive de l'orange et du pamplemousse, le tout rehaussé par la douceur de l'avocat. Pour le plat principal, nous restons dans le terroir local avec un filet de poisson du Tonlé Sap, dont la chair fine est sublimée par une cuisson juste. C’est un plat d'une grande délicatesse, idéal pour un déjeuner serein. Enfin, nous craquons pour une crème brûlée coco, une réinterprétation tropicale d'un grand classique.

Rencontre avec Andreas Augustin

L'après-midi prend une tournure plus érudite. Nous avons le privilège d'assister à une rencontre privée avec Andreas Augustin. Cet historien autrichien, fondateur de The Most Famous Hotels in the World, est avant tout un conteur d'histoires. Venu présenter son ouvrage A Tale of Two Hotels, fruit de douze années de recherches acharnées dans des archives souvent éparpillées par le temps, il nous livre ses secrets avec une simplicité désarmante.

Lors de cet échange privilégié, il rappelle avec émotion : « Un hôtel comme le Raffles n'est pas fait de briques et de mortier, mais de souvenirs et d'âmes. » Interrogé sur la résilience de ces établissements, sa réponse résonne particulièrement ici : « Ces hôtels sont les chroniqueurs silencieux de l'histoire d'un pays ; ils ont tout vu, tout entendu, et ils sont toujours là pour nous raconter qui nous sommes. »

L’histoire en héritage

De l'exigence de Mesmer aux hôtes illustres. La rencontre se prolonge vers la Kravan Room, qui abrite désormais une véritable galerie d’exposition permanente. C’est ici que le travail d'Andreas et de son épouse, Carola, prend toute sa dimension. En tant que curateurs, ils ont accompli un travail de longue haleine pour exhumer des fragments de vie disparus. On y découvre l'influence de pionniers comme Bernhard Mesmer, dont la vision a posé les fondations de l'excellence Raffles.

Andreas souligne un fait unique : Le Cambodge est le seul pays au monde où le groupe possède deux établissements frères, nés de la vision de l’architecte Ernest Hébrard à l’aube des années 1930, conçus pour accompagner l’essor du tourisme de luxe vers les temples d’Angkor. Sous l'œil expert du couple Augustin, ces archives révèlent comment cette exigence a attiré les plus grands : de Sa Majesté le Roi Norodom Sihanouk à Charlie Chaplin (1936), de Jackie Kennedy (1967) jusqu'à Barack Obama. Chaque document témoigne également de la résilience du lieu, notamment à travers sa grande rénovation de 2019, préservant scrupuleusement les détails d'origine.

Féerie nocturne au « Raffles Marquee »

Pour notre dernière soirée, nous plongeons dans l'effervescence du Raffles Marquee. Ce dîner-spectacle ressuscite l'âge d'or du voyage sous une structure élégante. Le spectacle est total : de la grâce des danseuses Apsaras à la puissance brute du Bokator. On y admire également la danse du paon, mais le clou reste le duel entre les deux Hanumans. Ce combat rituel entre le singe blanc et le singe noir est une pièce maîtresse du Reamker. Le Hanuman blanc, général courageux, affronte son double sombre dans une chorégraphie acrobatique saisissante, symbolisant l'éternelle lutte entre les forces opposées.

L’âme du lieu

Une chorégraphie humaine d'une justesse rare. Au-delà de l'architecture et de la gastronomie, ce qui donne au Grand Hôtel sa véritable noblesse, c'est la qualité remarquable de son personnel. À tous les niveaux, nous avons été frappés par un sens de l'accueil d'une sincérité désarmante. Rien n'est mécanique, tout est attention. Des jardiniers qui entretiennent les allées avec un sourire bienveillant aux serveurs qui anticipent chaque désir sans jamais être intrusifs, la qualité du service est irréprochable. Cette hospitalité khmère, élevée ici au rang d'art, crée une atmosphère de bienveillance constante. On ne se sent pas seulement servi, on se sent véritablement accueilli, comme si chaque membre de l'équipe avait à cœur de protéger la sérénité de notre séjour. C'est cette attention de chaque instant qui transforme une escale de luxe en une expérience profondément humaine.

Troisième jour

La bénédiction sous la cloche de la pagode

Le dernier matin s'ouvre sur un moment de recueillement au Raffles Courtyard. Sous la cloche de la pagode, nous recevons la bénédiction d'un moine. C'est un instant suspendu, empreint de solennité. Conformément à la tradition, un fil de coton sacré est noué autour de nos poignets : un lien rouge, symbole de protection, qui restera le souvenir tangible de cette escale. Vannak immortalise l'instant, capturant la lumière sereine de ce rituel qui nous ancre un peu plus dans la terre cambodgienne.

Le sanctuaire des sens

Spa et ultime fraîcheur. Avant de quitter ce havre de paix, le temps s'arrête une dernière fois. Nous profitons de la piscine pour quelques brasses méditatives, suivies d'une immersion au Raffles Spa.

Dans ce sanctuaire, les soins s'inspirent des rituels ayurvédiques alliés à l'expertise moderne. Une heure de massage corporel suffit à régénérer le corps et l'esprit, une parenthèse de bien-être absolu au cœur de la ville. Nous quittons le Grand Hôtel l'esprit léger, emportant avec nous l'harmonie parfaite de ces trois jours.

« Ces hôtels sont les chroniqueurs silencieux de l'histoire d'un pays ; ils ont tout vu, tout entendu, et ils sont toujours là pour nous raconter qui nous sommes. »

Texte : Emmanuel Pezard

Photos : Vannak Khun

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