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Résilience du dollar : le talon d'Achille bancaire du Cambodge

Le Cambodge se distingue parmi les économies membres de l'ASEAN+3 par son degré élevé de dollarisation. Si cette dollarisation a facilité les transactions financières, le commerce et l'investissement, elle oblige aussi les banques à satisfaire une demande de liquidités à la fois en dollars américains et en riels cambodgiens.

Résilience du dollar : le talon d'Achille bancaire du Cambodge

Dans un contexte de volatilité accrue des marchés financiers mondiaux, la question de savoir où les banques détiennent leurs liquidités en dollars — et avec quelle facilité elles peuvent y accéder en cas de besoin — devient un enjeu croissant pour les décideurs publics, les banques et les autres acteurs du marché.

Une analyse récente de l'AMRO examine les conditions de liquidité en dollars dans le système bancaire cambodgien. Elle révèle que les réserves de liquidités en dollars que les banques détiennent auprès de la Banque nationale du Cambodge (BNC) ont progressivement diminué ces dernières années, tandis que les établissements ont accru leurs actifs à l'étranger. Ce constat souligne l'importance de garantir que le système bancaire cambodgien puisse mobiliser rapidement des dollars en période de turbulences sur les marchés.

Pourquoi la liquidité domestique compte

L'ampleur du défi est considérable. Fin 2025, 83,4 % de la masse monétaire au sens large (M2) était libellée en dollars américains. Les banques doivent donc être en mesure de répondre à une demande massive en billets verts. Or la capacité de la BNC à agir comme prêteur en dernier ressort en dollars reste plus limitée que celle de la plupart des banques centrales, qui émettent elles-mêmes la monnaie principalement utilisée dans leur économie.

Les banques peuvent puiser dans trois sources principales de liquidités en dollars : les actifs libellés en dollars détenus auprès de la BNC — réserves obligatoires et excédentaires, ainsi que certificats de dépôt négociables — les actifs détenus à l'étranger, et d'autres sources telles que les actifs liquides placés auprès d'autres banques ou les prêts arrivant à échéance à court terme.

Les données publiques sur les actifs en dollars que les banques détiennent à l'étranger ou auprès d'autres établissements restent limitées. L'AMRO utilise donc les liquidités en dollars logées à la BNC comme indicateur des conditions de liquidité domestique. Rapportée aux dépôts, cette mesure a reculé progressivement depuis 2021, signe que les liquidités détenues à la BNC ont diminué par rapport à la base de dépôts des banques.

Ce qui pourrait peser sur les liquidités en dollars

Le niveau actuellement élevé des créances douteuses aggrave la situation. En réduisant les remboursements d'intérêts et de principal, ces prêts non performants affaiblissent les flux de trésorerie des banques. Bien qu'ils ne soient pas directement liés au risque de liquidité en dollars, un mouvement de panique des déposants pourrait amplifier les tensions de liquidité au sein des établissements fragilisés, via des canaux indirects.

Parallèlement, les banques cambodgiennes ont accru leurs investissements à l'étranger. Depuis 2024, elles ont accumulé des actifs étrangers nets à un rythme bien plus rapide que celui des réserves de change accumulées par la BNC, ce qui traduit des sorties nettes de dollars.

Entre 2024 et 2025, les actifs étrangers nets des banques ont progressé de 10,5 milliards de dollars — soit trois fois la hausse des réserves de change sur la même période. Les banques ont fortement augmenté leurs avoirs à l'étranger tout en remboursant leurs engagements extérieurs, déployant ainsi davantage de liquidités en dollars hors du territoire.

Ce comportement peut sembler rationnel à l'échelle de chaque banque, en quête de meilleurs rendements et d'une plus grande diversification. Mais ce qui est logique pour un établissement pris isolément peut aussi réduire le volume de liquidités en dollars disponibles sur le marché domestique.

Un contrepoint mérite toutefois d'être souligné. Des échanges avec des acteurs du marché suggèrent qu'une bonne part de ces actifs étrangers correspond à des fonds de règlement commercial et à des dépôts à court terme. S'ils sont suffisamment liquides et peuvent être rapatriés facilement vers le marché domestique en cas de besoin, ils pourraient constituer un coussin de liquidité supplémentaire tout en générant de meilleurs rendements.

Les actifs détenus à l'étranger pourraient donc venir compléter les réserves de liquidité domestique des banques — à condition qu'ils restent suffisamment liquides et puissent être redirigés rapidement en cas de nécessité. Une dépendance accrue à la liquidité offshore risquerait sinon de compliquer la capacité à répondre rapidement aux tensions de liquidité domestique, en particulier en période de stress sur les marchés.

Renforcer la résilience en dollars

Les décideurs publics doivent continuer à surveiller étroitement les conditions de liquidité en dollars et à anticiper les éventuelles tensions.

Le développement du marché interbancaire cambodgien — notamment les prêts interbancaires et les swaps de change — permettrait aux banques de s'échanger des dollars plus efficacement entre elles. L'élargissement de l'offre d'actifs domestiques libellés en dollars, tels que les obligations d'État, donnerait également aux banques davantage d'options pour placer leurs liquidités en dollars sur le marché local.

À plus long terme, les efforts de dé-dollarisation engagés par la BNC demeurent une mesure structurelle essentielle pour réduire la dépendance du système financier aux liquidités en dollars et les vulnérabilités qui en découlent.

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