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REFLECTION — Quand Phnom Penh se regarde dans le miroir de l'art contemporain

Le Rosewood Phnom Penh accueille une exposition tripartite inédite réunissant le plasticien français Théo Vallier et deux artistes cambodgiens de la nouvelle génération, Yean Sokheng et Koeng Rithy. Un dialogue de regards sur la ville vivante, ses rythmes et ses strates.

Théo Vallier
Théo Vallier

Il y a dans le mot reflection une double promesse : celle du miroir, fidèle et frontal, et celle de la pensée, qui prend du recul pour mieux voir. C'est précisément cette tension que l'exposition inaugurée le 23 juin à la galerie d'art du Rosewood Phnom Penh — au 35e étage de la tour Vattanac Capital, belvédère vertigineux sur la capitale khmère — s'emploie à explorer. Trois artistes, trois regards, une seule ville.

REFLECTION n'est pas une exposition de plus dans l'agenda culturel phnompenhois. Elle est le fruit d'une rencontre entre des trajectoires artistiques que tout, a priori, distingue : un Français installé depuis près de deux décennies dans le Royaume, et deux jeunes Cambodgiens issus de la scène émergente de l'art urbain local — une scène que ses propres acteurs décrivent volontiers comme « en pleine explosion ».

Théo Vallier, la rouille comme langage

Né en 1980, Théo Vallier vit et travaille à Phnom Penh depuis 2007, où il explore le thème de la rue et de ses mouvements. Artiste multidisciplinaire, il ne cesse de faire des allers-retours entre la peinture, le graphisme, le graffiti, la photographie et la sérigraphie. Mais c'est sur un médium particulier que sa signature s'est imposée dans le paysage artistique de la capitale : à côté de la peinture sur toile, Vallier a développé une approche picturale sur plaques de métal rouillées, pour retrouver une matière et un esthétisme présents à l'état naturel dans l'univers urbain contemporain. Son travail exprime une perception particulière de l'urbanité et veut rappeler l'impermanence de toute chose et de toute forme.

La rouille, chez lui, n'est pas un accident mais un choix délibéré — une matière vivante, organique, qui incarne mieux que n'importe quelle couleur artificielle la lente transformation de la ville. Phnom Penh, avec ses façades qui se patinent, ses chantiers permanents, ses palimpsestes d'architecture coloniale et de béton contemporain, lui offre un terrain d'investigation inépuisable. Installé dans la capitale depuis 2007, Vallier est également co-fondateur et co-organisateur du Cambodia Urban Art Festival, depuis 2015, plateforme de promotion de la création street art au Cambodge.

Yean Sokheng et Koeng Rithy, la jeunesse qui s'approprie les murs

À leurs côtés, deux noms qui montent dans la scène urbaine cambodgienne. Sokheng, aussi connu sous son nom d'artiste « The Sokheng », a grandi à Phnom Penh où il est né en 2001. Autodidacte, il a appris le graff et la peinture à la bombe essentiellement par lui-même, en regardant des vidéos sur YouTube. Sa vision du marché de l'art local est lucide, presque militante : « Le marché est vraiment un problème ici. L'art n'est pas assez valorisé », confie-t-il. Mais c'est précisément cette conscience des obstacles qui nourrit sa détermination.

Rithy Koeng et Sokheng comptent parmi les six ou sept artistes aux parcours divers qui composent l'essentiel de la scène street art à Phnom Penh, une scène restreinte mais en rapide expansion. Lors des événements Walls Cambodia, on les a vus travailler de concert — Koeng au pinceau, Sokheng à la bombe — donnant vie à des fresques monumentales dans les rues de la capitale. Leur présence au sein d'une institution aussi établie que le Rosewood marque une étape symbolique : la reconnaissance, par le monde de l'art officiel, d'une créativité longtemps confinée aux espaces de la rue.

Quand Phnom Penh se regarde dans le miroir de l'art contemporain

Le Rosewood, scène naturelle pour l'art contemporain cambodgien

La galerie d'art du Rosewood Phnom Penh s'est imposée, au fil des années, comme l'une des plateformes les plus dynamiques pour la création contemporaine dans le Royaume. Fidèle à son engagement de partager un sens profond du lieu avec ses hôtes et visiteurs, le Rosewood Phnom Penh dispose d'un espace d'exposition contemporain au 35e étage, destiné à mettre en lumière des artistes cambodgiens confirmés et émergents. Les expositions trimestrielles convoquent la riche histoire, la culture et la sensibilité du Cambodge à travers un prisme artistique.

L'espace a notamment accueilli des expositions aussi diverses que Visions, Revelation — réunissant artistes cambodgiens et peintres internationaux autour de la culture khmère —, ou encore The Particles, solo de l'artiste digital Rith Bonrotanak. La galerie est ouverte sept jours sur sept, vingt-quatre heures sur vingt-quatre, et l'entrée est libre.

REFLECTION, ou le portrait d'une ville en mouvement

Le titre de l'exposition résonne à plusieurs niveaux. Il y a le miroir littéral — Phnom Penh se reflétant dans les œuvres de trois artistes qui y vivent, y créent, y respirent au quotidien. Il y a la réflexion comme acte critique, comme distanciation nécessaire face à une ville qui change à une vitesse vertigineuse. Et il y a, peut-être, l'idée d'un écho entre générations, entre cultures, entre techniques : le métal rouillé de Vallier dialoguant avec la bombe de Sokheng, le pinceau de Koeng répondant à la sérigraphie.

Dans un pays où, comme le rappelle le conservateur Reaksmey Yean, l'art contemporain n'est pas un style mais « un cadre et une théorie, un point d'entrée pour essayer de faire un art qui soit pertinent pour les jours modernes », REFLECTION propose une synthèse rare : celle d'une ville qui se regarde sans complaisance, avec la curiosité affûtée de ceux qui l'habitent vraiment.

REFLECTION — Exposition de Théo Vallier, Yean Sokheng et Koeng Rithy Vernissage : mardi 23 juin 2025, à partir de 18h30 Art Gallery, niveau 35, Rosewood Phnom Penh Preah Monivong Boulevard 93 66, Phnom Penh Entrée libre — Ouvert 24h/24

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