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Ravy Puth : l'illustratrice qui redonne mémoire à la diaspora khmère du Québec

Née à Montréal de parents sino-khmers survivants du régime des Khmers rouges, Ravy Puth a fait de l'illustration un outil de recherche et de résistance. Entre albums jeunesse récompensés, campagnes contre le racisme anti-asiatique et projet de roman graphique sur l'histoire cachée des Cambodgiens du Québec, elle travaille à faire resurgir une mémoire que le génocide a tenté d'effacer.

Ravy Puth, illustratrice et chercheuse
Ravy Puth, illustratrice et chercheuse

Une enfance sino-cambodgienne à Montréal, dans l'ombre du génocide

Ravy Puth naît à Montréal dans les années qui suivent le génocide perpétré par les Khmers rouges, de parents cambodgiens d'origine chinoise teochew. Comme beaucoup d'enfants de la diaspora, elle grandit avec une histoire familiale largement tue : ses parents comptent parmi les survivants d'une dictature qui a appris à toute une génération à se faire discrète pour éviter les représailles.

Cette culture du silence, l'illustratrice la nomme aujourd'hui explicitement : les Cambodgiens de la deuxième génération comme elle sont nés de parents traumatisés par une dictature politique, éduqués à ne pas faire de vagues. C'est précisément cette mémoire tue que son travail artistique et académique s'attache à faire ressurgir.

De la géographie à l'illustration engagée

Le parcours de Ravy Puth ne suit pas une trajectoire artistique classique. Après un diplôme d'études collégiales en arts plastiques, elle obtient un baccalauréat en géographie à l'Université du Québec à Montréal, avec une recherche sur la gestion des risques naturels dans les Carpates et un mémoire consacré aux évictions foncières au Cambodge. Ce n'est qu'en 2017 qu'elle se lance comme illustratrice indépendante, avant de compléter en 2024 une maîtrise en études des médias à l'Université Concordia.

Sa recherche-création de maîtrise porte sur l'utilisation de l'illustration pour traduire l'histoire orale des Cambodgiens du Québec, et explore les notions d'effacement, de mémoricide, de silence intergénérationnel et d'espoir radical. Elle y développe une méthodologie visuelle spécifique au trauma intergénérationnel et à la perte de langue commune vécus par la communauté khmère.

Illustrer contre le racisme anti-asiatique

En avril 2020, en pleine montée du racisme anti-asiatique lié à la pandémie de COVID-19, Ravy Puth lance la campagne « Illustrer contre la xénophobie » (#LesAsiatiquesNeSontPasLeVirus). Elle raconte à Radio-Canada avoir été elle-même confrontée à des micro-agressions, tout comme des membres de sa famille, et avoir voulu répondre par la représentation plutôt que par le silence.

L'initiative, pensée avec une ligne éditoriale précise – un portrait par personne, aucune scène de groupe – réunit finalement une cinquantaine d'artistes du Québec. Elle marque un tournant dans la reconnaissance publique du travail de Ravy Puth, largement repris dans les médias francophones et anglophones du Canada.

Illustration par Ravy Puth, extraite de son portfolio
Illustration par Ravy Puth, extraite de son portfolio

Retrouver la mémoire khmère par l'art

Le cœur de la pratique de Ravy Puth reste la reconstitution d'archives cambodgiennes disparues. Son projet « From Buried to Living Archives » imagine ainsi les pochettes de vinyles qui n'ont jamais pu exister pour Pan Ron, Sin Sisamouth et Ros Sereysothea, trois légendes de la musique psychédélique cambodgienne des années 1960-1970 dont les enregistrements et les images ont été détruits sous les Khmers rouges.

Un autre projet, « Our Food Our Resistance – Nom Pao », explore la mémoire par la cuisine, à partir d'exercices de revivification de l'histoire orale menés avec sa propre mère. Ce travail a été exposé à Montréal en 2023, puis présenté en 2026 lors d'un colloque sur la diaspora cambodgienne organisé par le programme d'études de l'Asie du Sud-Est de l'Université McGill.

« Our Food Our Resistance – Nom Pao », illustration par Ravy Puth
« Our Food Our Resistance – Nom Pao », illustration par Ravy Puth

Livres jeunesse et reconnaissance

Parallèlement à ses projets de recherche-création, Ravy Puth illustre plusieurs albums jeunesse portés par des thématiques de diversité et de justice sociale. Elle signe notamment les illustrations de The Doll (Second Story Press, 2021), l'histoire autobiographique de Nhung N. Tran-Davies sur l'accueil de deux fillettes réfugiées, finaliste du prix Blue Spruce 2022 et saluée par CBC Books et le Globe and Mail parmi les meilleurs livres jeunesse canadiens de l'année.

Elle illustre également Comment transformer une banane en vélo (Éditions Kata, 2022), adapté en outil pédagogique par Télé-Québec, ainsi que L'Agenda des femmes 2020 aux Éditions du remue-ménage. Son travail a par ailleurs été publié dans la revue académique Rejoinder Journal de l'Université Rutgers, consacrée au trauma.

Le prochain chapitre : un roman graphique sur les Cambodgiens du Québec

Ravy Puth travaille aujourd'hui à son premier roman graphique, consacré à l'histoire méconnue des Cambodgiens installés au Québec. Le projet prolonge directement sa recherche de maîtrise et vise à donner une forme visuelle et narrative à une mémoire longtemps restée dans l'ombre, entre trauma collectif et reconstruction identitaire.

Basée à Montréal, où elle accompagne aussi de jeunes créateurs et créatrices racisés sur les questions de négociation de contrats et de droit d'auteur, Ravy Puth revendique une pratique entièrement humaine : son site précise explicitement qu'aucune intelligence artificielle n'intervient dans la réalisation de ses illustrations.

Sources

• Ravy Puth Illustration — site officiel — https://www.ravyillustration.com/

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