Cambodia, Documented : le Sofitel donne la parole aux objets d'un siècle khmer
Plans d'Angkor, billets de 1972, disques, tirages d'époque : le 1er octobre, Sereyvong Jason Chhinlim a ouvert sa collection privée au Sofitel Phnom Penh Phokeethra. Cent douze pièces, deux mois d'exposition, et un vernissage porté par un public chaleureux.

Jeudi soir, environ soixante-dix personnes se pressaient dans The Gallery, au Sofitel Phnom Penh Phokeethra. Elles semblaient ravies d'être là. On se penchait sur les vitrines, on s'attardait devant les cadres, on interrogeait le collectionneur, qui répondait avec le sourire. L'enthousiasme tenait la salle.
Un monde d'avant l'écran
Marc Emmanuel, directeur général de l'hôtel, a ouvert la soirée. Cette exposition, a-t-il prévenu, n'est pas tout à fait de la peinture. Elle fait revenir un temps où l'on disait « je pense à toi » avec une carte postale, un timbre et un détour par la poste. Où l'on rapportait un disque à la maison, on le posait sur la platine, et l'on attendait le léger craquement avant la première note.
Ces objets, les plus jeunes ne les ont souvent pas connus. Jason Chhinlim veut leur en transmettre l'histoire. Il a remercié Marc Emmanuel et son équipe. Les premières discussions remontent à quelques années. Le projet s'est précisé l'an dernier, puis il a pris corps en 2026.

Cent douze pièces, des années 1880 à nos jours
L'exposition s'intitule Cambodia, Documented, sous-titrée « Over a Century of Khmer Identity ». Tout provient de la collection personnelle de Jason Chhinlim, auteur et collectionneur installé à Phnom Penh. Quelques objets n'étaient là que pour la soirée. Les cent douze pièces, elles, restent au Sofitel.
Le document le plus ancien date, dit-il, des années 1880 : des plans originaux d'Angkor Wat, relevés par des archéologues français et leur expédition. Plus loin, Le Petit Journal garde la trace d'événements qui ont marqué la monarchie khmère. Marc Emmanuel a également mentionné des cartes du XVIIIe siècle.
Les vitrines ménagent des surprises. Un disque à la pochette orange, Chants révolutionnaires du FUNK, montre un soldat et une paysanne. Un billet de 100 riels de 1972, imprimé à Londres par De La Rue pour la Banque nationale du Cambodge, présente une tisserande au recto et le Bayon au verso.


Tout a commencé par une carte postale
La collection naît en 2012, en Pologne. Jason a 18 ans. Il est bénévole sur un projet social, loin de Phnom Penh. Un autre volontaire propose d'aller poster une lettre. « J'avais un iPad que ma mère venait de m'acheter. Je pouvais simplement envoyer un message », se souvient-il.
Il essaie tout de même. Une carte à 1 dollar, un timbre à 1 dollar, moins cher qu'un hamburger. À l'époque, quatre ou cinq cartes sur dix arrivaient chez lui. Aujourd'hui, assure-t-il, la poste en livre neuf sur dix. Ce qui le séduit, c'est la trace : son écriture, un bureau de poste précis, une adresse. Il demande à ses amis voyageurs de lui rapporter des cartes. Il se dit que dans vingt ans, cela pourrait faire une exposition. « Une idée un peu bête », rit-il.
Vient ensuite un premier salaire, puis quelques économies. Il se met à acheter.
Des timbres, des billets, et beaucoup de questions
Jason Chhinlim a fait onze années d'école publique au Cambodge. Il a sauté une classe. Dans les manuels d'histoire, il repérait des trous. Il n'a jamais aimé prendre une réponse pour argent comptant. Les timbres lui ont ouvert des pistes : un dessin, une année d'émission, et derrière, un événement. Les billets l'ont mené par le même chemin.
À ses yeux, ces pièces sont des documents. Elles méritent d'être conservées et lues. Faute de quoi, prévient-il, l'histoire finit par se déformer.
Deux tirages photographiques occupent une place à part. L'un est signé Colin Drafton, présent à la soirée. Dans les années 1970, ce Britannique enseignait l'anglais au Cambodge et photographiait ce qu'il voyait. Jason n'était pas né. Écouter un témoin de l'époque devant un négatif devenu tirage papier l'a touché. Il y voit un point de départ pour la discussion : pourquoi les choses étaient ainsi, ce qui s'est passé, ce qu'on peut en tirer.
L'exposition s'adresse aux Cambodgiens autant qu'aux visiteurs venus d'ailleurs, touristes ou expatriés, qui veulent en savoir plus sur le pays. Avant de laisser les invités à leurs découvertes, Jason Chhinlim a glissé une précaution : il est « sûr à 98 % » que tout ce qui est exposé est authentique. « Il faut laisser une marge d'erreur. »
Infos pratiques
Cambodia, Documented – Over a Century of Khmer Identity
The Gallery, Sofitel Phnom Penh Phokeethra
Octobre et novembre 2026








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