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De Phnom Penh à Paris : le Cambodge arbitre la succession à la tête de la Francophonie

La 47e session extraordinaire de la Conférence ministérielle, présidée par le chef de la diplomatie cambodgienne, ouvre le grand oral des candidats au secrétariat général de l'OIF — un scrutin révélateur des tensions géopolitiques qui traversent le monde francophone.

S.E. Prak Sokhonn, vice-Premier ministre et ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale du Royaume du Cambodge, lors d'une session diplomatique multilatérale. Président en exercice de la Conférence ministérielle de la Francophonie, il présidera le 30 juin 2026 à Paris le grand oral des candidats au secrétariat général de l'OIF. © Ministère des Affaires étrangères du Cambodge
S.E. Prak Sokhonn, vice-Premier ministre et ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale du Royaume du Cambodge, lors d'une session diplomatique multilatérale. Président en exercice de la Conférence ministérielle de la Francophonie, il présidera le 30 juin 2026 à Paris le grand oral des candidats au secrétariat général de l'OIF. © Ministère des Affaires étrangères du Cambodge

Un royaume au cœur du jeu francophone

Certaines présidences tournantes ne sont que du protocole. Celle que le Cambodge exerce à la tête de la Conférence ministérielle de la Francophonie est d'une autre nature. Le 30 juin 2026 à Paris, le vice-Premier ministre Prak Sokhonn, ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, présidera la 47e session extraordinaire de la Conférence ministérielle de la Francophonie — une réunion dont l'ordre du jour unique concentre, derrière sa technicité apparente, l'essentiel des rivalités qui agitent aujourd'hui le monde francophone. Cette session constitue en effet une étape cruciale dans la désignation du prochain secrétaire général de l'Organisation internationale de la Francophonie pour le mandat 2027-2030.

Pour Phnom Penh, la séquence est cohérente et soigneusement construite. Le XXe Sommet de la Francophonie, lors duquel sera élu le ou la futur(e) secrétaire général(e), se tiendra au Cambodge en novembre 2026. Le royaume n'est donc pas un simple décor de passage : il est, pour quelques mois décisifs, le point de convergence de toutes les ambitions francophones.

Le grand oral des quatre prétendants

Les candidats au poste de secrétaire général sont invités à présenter leur vision stratégique de la Francophonie dans le cadre d'une conférence ministérielle extraordinaire, convoquée à l'initiative de la présidence et réservée aux seuls États et gouvernements membres de plein droit, au plus tard trois mois avant le Sommet. C'est précisément ce que représente la session du 30 juin.

Quatre candidats se retrouvent finalement en lice à la clôture des dépôts, mi-mai 2026 : Louise Mushikiwabo pour le Rwanda, Juliana Amato Lumumba pour la République démocratique du Congo, Coumba Bâ pour la Mauritanie, et le Roumain Dacian Cioloș, ancien commissaire européen.

La secrétaire générale sortante Louise Mushikiwabo n'avait pas caché ses ambitions. Elle avait été élue en 2018 lors du Sommet tenu en Arménie, puis réélue en 2022 à celui de Tunisie, et sa candidature a dû naviguer à travers les secousses géopolitiques dans l'espace francophone, notamment les coups d'État au Mali, au Niger et au Burkina Faso, trois États membres historiques de l'OIF.

Face à elle, la candidature congolaise est autrement symbolique. Juliana Amato Lumumba, présentée par le président Félix Tshisekedi le 19 mars, est la fille de Patrice Lumumba, ex-Premier ministre et héros assassiné en 1960 lors des luttes menant à l'indépendance de son pays. Âgée de 71 ans, diplômée de l'École des hautes études en sciences sociales de Paris et ancienne journaliste, elle promeut une Francophonie des peuples, souveraine et tournée vers l'action.

La Mauritanie, pour sa part, mise sur un profil d'expérience régionale. La docteure Coumba Bâ, âgée de 56 ans, actuellement ministre-conseillère à la présidence de la République et envoyée spéciale auprès de l'OIF depuis 2024, propose une vision faisant de la Mauritanie un carrefour géopolitique et culturel — à la fois africain, arabe et sahélien — capable de jouer un rôle de pont et de médiateur.

Enfin, la Roumanie a choisi de jouer la carte européenne. Le 15 avril 2026, Bucarest a officialisé la candidature de Dacian Ciolos, ancien Premier ministre et ancien commissaire européen à l'Agriculture et au Développement rural, pour le mandat 2027-2030 — une candidature qui vise notamment à obtenir le soutien des États membres africains lors d'une tournée diplomatique sur le continent.

Derrière les estrades, une bataille géopolitique

Le grand oral des candidats, fixé au 30 juin 2026 à Paris devant la Conférence ministérielle, est le premier moment de confrontation publique. Ce sera visible, solennel, filmé. Mais les observateurs savent que l'essentiel se joue dans les marges de cet événement : les bilatérales en couloirs, les dîners confidentiels, les appels téléphoniques entre chefs d'État dans les jours qui précèdent et qui suivent.

Prak Sokhonn ne sera d'ailleurs pas inactif en marge de la session. Le chef de la diplomatie cambodgienne tiendra des réunions bilatérales avec ses homologues de plusieurs États membres de l'OIF, afin de renforcer les relations bilatérales, de promouvoir la coopération et d'aborder les questions d'intérêt commun. Autant d'occasions, pour Phnom Penh, de peser discrètement dans les équilibres qui se dessinent avant novembre.

Car l'enjeu dépasse largement la succession à la tête d'une institution. Ce que révèle finalement cette élection, c'est que la rivalité entre certaines capitales africaines a acquis une dimension systémique, l'Afrique de l'Ouest constituant l'enjeu central — les grands États francophones de la sous-région représentant un bloc de voix capable d'orienter le résultat.

Une organisation à réinventer

L'OIF dont les candidats briguent la direction n'est pas une institution au repos. En raison de son mandat l'obligeant à promouvoir les droits de l'homme, l'éducation et la coopération économique, elle dispose d'une importance diplomatique considérable. Avec son budget d'environ 116 millions de dollars en 2026, l'organisation offre un accès à des opportunités économiques et à l'éducation pour des millions de jeunes africains, en plus de faire la promotion du français à la grandeur de la planète. Le Canada, deuxième contributeur après la France, a versé 43 millions de dollars à l'OIF en 2025-2026.

La Conférence ministérielle de la Francophonie, qui assure la continuité politique du Sommet, fait partie des trois instances consacrées par la Charte de la Francophonie, avec le Sommet lui-même et le Conseil permanent. C'est au Sommet qu'il revient d'élire le secrétaire général, lors d'un huis clos, par consensus, ou à défaut par voie de vote — est élu le candidat ayant obtenu la majorité simple des membres présents et votants.

Les représentants des États membres évalueront les visions et les projets des quatre candidats, puis soumettront des recommandations à leurs dirigeants respectifs en vue de la sélection finale lors du 20e Sommet de la Francophonie, prévu les 15 et 16 novembre prochains à Phnom Penh. Le Cambodge, hôte et président, aura ainsi présidé à chaque étape du processus — de Paris au bord du Mékong.

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