Cambodge & Dossier : Le textile du Royaume face à l'accumulation des risques
- La Rédaction

- il y a 1 jour
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Tarifs américains, graduation PMA, stress thermique : à Phnom Penh, le secteur GFT cherche des réponses à des pressions qui se cumulent dangereusement.

Près de 300 représentants gouvernementaux, dirigeants d'entreprises, syndicats et partenaires au développement se sont réunis le 16 juin à l'hôtel Raffles Le Royal de Phnom Penh pour le Cambodia Textile Summit 2026. Co-organisé par la TAFTAC, l'OIT, Better Factories Cambodia et la GIZ, avec le soutien d'EuroCham Cambodia et le Canada comme partenaire international, le sommet a dressé un état des lieux sans complaisance d'un secteur qui représente encore l'essentiel des recettes d'exportation du royaume.
Un moteur économique sous pression multiple
Le ton a été donné dès l'ouverture par le ministre du Travail et de la Formation professionnelle, S.E. Heng Sour : le secteur navigue dans « un mélange imprévisible d'obstacles commerciaux, de chocs pétroliers et d'instabilité économique mondiale », aggravé par des tarifs réciproques qui érodent les marges à l'export au moment même où la flambée des prix du pétrole alourdit les coûts de production et de logistique.
L'économiste Dr. Ngov Penghuy a posé le cadre analytique : le secteur GFT — habillement, chaussure, articles de voyage — reste le pilier de l'emploi manufacturier et des recettes d'exportation du pays. Mais la graduation programmée du Cambodge hors du statut de Pays Moins Avancé soulève une question de fond : comment maintenir la compétitivité à mesure que les avantages tarifaires préférentiels s'effacent ? La réponse implique une montée en gamme — teinture, finition, intégration des matières premières — que le pays n'a pas encore pleinement opérée.
Le Cambodia Skills Framework : structurer la montée en compétences
La première table ronde a mis en lumière le Cambodia Skills Framework, initiative portée par le secteur privé pour structurer la formation et les perspectives de progression dans les usines. Pour le Dr. Ken Loo, secrétaire général de la TAFTAC, le message est sans ambiguïté : « Les usines qui réussiront sont celles capables d'offrir, au-delà du prix, fiabilité, qualité et une main-d'œuvre capable de monter en gamme. Ce cadre nous donne, pour la première fois, une feuille de route commune, de l'atelier au bureau de direction. »
La TAFTAC et le Cambodian Garment Training Institute seront chargés du déploiement de ce dispositif, dans un calendrier que la graduation LDC rend particulièrement serré.
Des chocs qui ne s'additionnent plus — ils se multiplient
L'après-midi a été marquée par l'intervention de Martin Brisson, directeur exécutif d'EuroCham Cambodia, qui a cartographié des risques désormais imbriqués. Situation à la frontière cambodgo-thaïlandaise, incertitude tarifaire américaine, répercussions du conflit au Proche-Orient sur les coûts d'acheminement : autant de secousses simultanées qui se propagent dans les coûts de production et la fiabilité des approvisionnements. « Ce ne sont plus des perturbations isolées que le secteur peut absorber individuellement — elles frappent en même temps, et elles se renforcent mutuellement », a-t-il souligné.
Pourtant, les chiffres résistent. Les exportations du secteur GFT ont atteint près de 16 milliards de dollars en 2025, avec une diversification progressive au-delà du seul habillement. Rutger Heijsteeg, directeur général de Maersk Cambodia, a pointé les marges de progression restantes : « Il y a une opportunité réelle pour le Cambodge de consolider son écosystème logistique local, notamment en réduisant les obstacles administratifs et les coûts liés aux douanes et aux documents commerciaux. »
Circularité : du déchet au gisement d'investissement
La session sur l'économie circulaire a coïncidé avec le lancement d'un guide d'investissement sur la gestion et le recyclage des déchets textiles, co-développé par la GIZ et la TAFTAC. Le constat est sévère : le volume de déchets générés par le secteur dépasse très largement les capacités nationales de recyclage. Mais le message d'Hasso Anwer, directeur de projet chez GIZ FABRIC Cambodia, était offensif : « Au lieu de parler de gestion des déchets, parlons de récupération de matières et de création de valeur — c'est l'opportunité de marché réelle. » Une position que Massimiliano Tropeano, expert en durabilité, a étayée en soulignant la demande croissante des marchés internationaux pour du contenu recyclé dans les produits textiles.

Stress thermique : un risque devenu priorité réglementaire
La chaleur en usine a occupé une place de choix dans les débats. Alors que le Cambodge finalise une loi sur la santé et la sécurité au travail, la pression monte pour que les conditions de travail s'adaptent à des températures de plus en plus extrêmes. Froukje Boele, directrice nationale d'ILO/IFC Better Factories Cambodia, a résumé l'enjeu : « Les progrès dépendront d'une réglementation rapide et efficace, d'un suivi continu, de solutions adaptées à faible coût, et d'une collaboration entre usines et marques. »
Dialogue social : levier de compétitivité, pas frein
La dernière table ronde a défendu une thèse qui tranchait avec la tonalité économique dominante de la journée : le dialogue social n'est pas un coût, c'est un facteur de stabilité productive. Alors que les donneurs d'ordre internationaux durcissent leurs exigences en matière de diligence raisonnable, améliorer les conditions de travail en concertation avec syndicats et gouvernement apparaît moins comme une contrainte que comme un argument commercial.
Le sommet s'est conclu sur une note d'urgence mesurée. Le secteur textile cambodgien prouve qu'il peut encaisser les chocs — les chiffres d'exportation en attestent. Mais la fenêtre pour transformer cette résistance en résilience structurelle est ouverte, pas indéfiniment.







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