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Cambodge : Portrait de Rosette Sok, artisane de la nouvelle génération de juristes

Senior Associate chez Sok Siphana & Associates, en association avec Kinstellar Southeast Asia (Cambodge), Rosette Sok a construit sa carrière en conseillant des clients locaux et internationaux en droit des affaires, fusions-acquisitions et transactions commerciales transfrontalières, accompagnant entreprises et investisseurs alors que l'environnement juridique et économique du Cambodge continue de mûrir.

Rosette Sok, Senior Associate chez Sok Siphana & Associates, en association avec Kinstellar Southeast Asia
Rosette Sok, Senior Associate chez Sok Siphana & Associates, en association avec Kinstellar Southeast Asia

Elle est convaincue que l'avenir de la profession juridique cambodgienne sera façonné par un leadership plus affirmé, une collaboration internationale plus poussée, et davantage d'opportunités pour les femmes d'accéder à des postes seniors — une conviction qu'elle traduit par un engagement actif dans le mentorat des jeunes professionnels qui entrent dans le métier.

Dans cet entretien, Rosette revient sur l'évolution du rôle des femmes dans la profession juridique cambodgienne, sur la transformation de l'environnement juridique du pays, sur le leadership authentique, et livre ses conseils aux futures dirigeantes du droit.

Entretien tiré de la Cambodia Leadership Review — Khmer Women Voices 2026, publiée par Cambodia Investment Review.

Les femmes dans la profession juridique cambodgienne

CLR : Comment avez-vous vu évoluer le rôle des femmes dans le secteur juridique et des services professionnels au Cambodge au fil des années, et quels progrès restent à accomplir ?

Au-delà des chiffres, on observe une évolution notable dans la nature même de la participation des femmes aux secteurs juridique et des services professionnels. Les femmes assument aujourd'hui de plus en plus de responsabilités en contact direct avec les clients, dirigent des transactions complexes, gèrent des équipes et des relations clients stratégiques, et jouent un rôle actif dans les dossiers transfrontaliers. Cela s'inscrit dans une acceptation sociétale croissante — et une valorisation — des femmes qui mènent des carrières exigeantes et nourrissent des ambitions de leadership.

L'exposition internationale dans ces secteurs a certainement joué un rôle important dans cette progression au Cambodge : travailler avec des clients internationaux et sur des transactions transfrontalières nous expose à des équipes de direction et de transaction plus diverses et inclusives. Des opportunités comme les détachements et les collaborations régionales contribuent également à élargir ces perspectives de leadership.

Le défi aujourd'hui concerne moins l'entrée dans la profession que la progression durable vers des postes de direction seniors. Malheureusement, des barrières systémiques et des biais subsistent, qui se traduisent par un nombre encore trop faible de femmes accédant à des postes d'associées ou de direction exécutive.

Les femmes continuent de faire face à des attentes disproportionnées en matière de responsabilités familiales, tant à l'extérieur qu'au travail. Au bureau, par exemple, on peut attendre des femmes dirigeantes qu'elles assument une part plus importante du travail émotionnel au sein des équipes — porter une attention accrue au bien-être de l'équipe et à la dynamique interpersonnelle — des responsabilités précieuses mais pas toujours reconnues ou valorisées de la même manière que les mesures de performance plus objectives ou traditionnelles.

Des défis persistent également pour surmonter des perceptions bien ancrées de l'autorité et du leadership. On suppose parfois que les jeunes avocates au sein des équipes de transaction ne jouent qu'un rôle de soutien mineur, plutôt que d'être l'une des conseillères clés du dossier. Ce type de biais inconscient peut constituer un obstacle supplémentaire pour que les femmes dirigeantes bénéficient du même niveau de crédibilité et de confiance.

J'ai eu la grande chance, dans ma vie, d'être entourée de femmes fortes, sur le plan personnel comme professionnel. Aujourd'hui, à la tête d'une équipe majoritairement composée de jeunes femmes, je ressens une responsabilité particulière : celle de contribuer à construire un solide vivier de femmes compétentes dans la profession juridique. Le mentorat et la création d'opportunités de développement professionnel significatif sont importants non seulement pour leurs carrières individuelles, mais pour la solidité et la pérennité de la profession dans son ensemble.

À l'avenir, l'accent devrait être mis sur une inclusion et une influence réelles. Cela suppose un plaidoyer actif de la part de dirigeants forts en matière de promotion et d'opportunités de contact avec la clientèle, ainsi que des cultures d'entreprise qui soutiennent et retiennent intentionnellement les talents féminins tout au long de leur carrière. En définitive, une progression significative ne devrait pas se mesurer au nombre de femmes présentes dans la profession, mais au nombre de celles qui sont en mesure de diriger.

L'évolution de l'environnement juridique cambodgien

CLR : Alors que l'économie cambodgienne continue de se développer et d'attirer les investissements, comment la profession juridique évolue-t-elle pour répondre aux besoins changeants des entreprises et des investisseurs ?

À mesure que l'économie cambodgienne mûrit et s'intègre plus profondément aux marchés régionaux et mondiaux, la profession juridique a dû évoluer de manière significative en parallèle.

L'un des développements les plus notables est la complexité croissante des transactions et des cadres réglementaires. Le Cambodge continue d'attirer des clients sophistiqués qui accordent une importance accrue à la conformité réglementaire, à la gouvernance d'entreprise, à la gestion des risques et aux considérations ESG, ce qui a élargi le champ des services de conseil juridique. Cela exige des avocats qu'ils naviguent à la fois entre les exigences juridiques nationales — en constante évolution — et les normes internationales.

Une tendance tout aussi importante est la sophistication croissante des entreprises cambodgiennes elles-mêmes. Si l'attention se porte souvent sur les investissements étrangers au Cambodge, on observe aussi un nombre croissant d'entreprises et de conglomérats locaux dotés d'une solidité financière, d'une capacité opérationnelle et d'une ambition stratégique leur permettant de se développer au Cambodge et au-delà.

À mesure que ces entreprises cherchent à pénétrer de nouveaux marchés, à réaliser des acquisitions transfrontalières, à établir des opérations régionales ou à lever des financements internationaux, elles se heurtent à bon nombre des mêmes enjeux juridiques, réglementaires et de gouvernance que les investisseurs multinationaux. En tant que conseils, le cabinet accompagne de plus en plus les entreprises cambodgiennes non seulement dans leur croissance domestique, mais aussi dans la gestion des complexités de l'expansion régionale et internationale — reflet de la maturation continue du secteur privé cambodgien et de l'économie dans son ensemble.

En faisant partie d'une plateforme internationale, nous sommes particulièrement bien positionnés pour répondre aux besoins évolutifs de nos clients, cambodgiens comme étrangers. Grâce à notre réseau régional et mondial, avec Kinstellar et Kinstellar Southeast Asia, nous pouvons nous appuyer sur les meilleures pratiques internationales, une expertise sectorielle et l'expérience d'autres marchés émergents confrontés à des défis juridiques et commerciaux similaires. Nous travaillons aux côtés de nos collègues de plusieurs juridictions sur des transactions transfrontalières, ce qui nous permet de fournir des conseils à la fois ancrés localement et alignés sur les attentes internationales. C'est particulièrement précieux pour nos clients en quête de conseils capables de faire le pont entre exigences locales et normes mondiales de gouvernance, de conformité et de gestion des transactions.

Rosette Sok à l'étranger, lors d'un déplacement lié au réseau régional de Kinstellar, illustrant la dimension transfrontalière de sa pratique
Rosette Sok à l'étranger, lors d'un déplacement lié au réseau régional de Kinstellar, illustrant la dimension transfrontalière de sa pratique

CLR : La profession juridique exige souvent de concilier expertise technique, leadership et relations clients. Comment abordez-vous personnellement le leadership dans un secteur exigeant et en évolution rapide ?

Pour moi, le leadership relève fondamentalement d'un exercice de conscience de soi et de développement personnel continu. Dans ma jeunesse, j'avais une vision assez conventionnelle du leadership. Je l'associais à un archétype particulier — quelqu'un de décidé, dominant, d'une confiance inébranlable, souvent la voix la plus forte dans la pièce — autant de qualités que je n'ai jamais eu l'impression de posséder, ni de pouvoir incarner. Je pensais aussi que le leadership était quelque chose que l'on devait pleinement maîtriser avant même d'occuper un poste de direction. En tant que jeune femme, j'ai toujours eu le sentiment qu'il me fallait plus d'expérience, plus de certitude, ou simplement plus de temps, avant de pouvoir légitimement me considérer — et être considérée par les autres — comme prête à diriger.

Ce que j'ai appris, c'est que le leadership ne commence pas lorsqu'on détient toutes les réponses. Il commence, le plus souvent, lorsqu'on accepte d'avancer malgré leur absence. J'ai eu la chance de me voir confier un poste à responsabilités dans mon cabinet assez tôt dans ma carrière.

J'ai rapidement compris que le défi n'était pas simplement d'apprendre à diriger les autres, mais d'apprendre à me faire confiance pour bien le faire. J'ai dû développer, très vite, une compréhension claire de qui j'étais, de mes valeurs, des principes qui guident mes décisions et du type de dirigeante que je voulais être. Plutôt que de chercher à me conformer au modèle de leadership dicté par la société, j'ai dû trouver un style qui me soit authentique, tout en gagnant la confiance, la crédibilité et le respect de mes collègues et de mes clients.

On nous a souvent conditionnées à considérer le leadership comme quelque chose d'extérieur — un ensemble de comportements, d'actions ou de qualités exercés sur autrui. Mon expérience a été l'inverse. Le leadership se construit en développant une clarté intérieure. L'un des grands bénéfices de la maturité, professionnelle comme personnelle, est ce processus progressif qui consiste à devenir plus à l'aise dans sa propre peau et plus sûre de son identité. Le leadership commence lorsqu'on développe une compréhension claire de qui l'on est et de ce que l'on défend, et lorsqu'on apprend à faire confiance à ce socle.

Cette clarté intérieure se traduit ensuite vers l'extérieur. Elle influence la manière dont on réagit sous pression, dont on guide son équipe dans l'incertitude, dont on bâtit sa crédibilité auprès des clients, et dont on crée un environnement dans lequel les autres peuvent se développer et réussir. Dans un secteur exigeant et en évolution rapide, mon approche a toujours consisté à rester ancrée intérieurement, dans un ensemble de valeurs et de principes qui demeurent constants, même lorsque les circonstances extérieures ne le sont pas.

Au cours de l'année écoulée, j'ai appris que les dirigeants les plus efficaces sont peut-être ceux qui possèdent la conscience de soi nécessaire pour comprendre qui ils sont, la confiance pour s'appuyer sur cette compréhension, et la discipline pour diriger en cohérence avec elle.

L'une des leçons les plus durables que m'a transmises mon père est que, face à une décision difficile, il faut choisir la voie qui permet de dormir paisiblement la nuit. Avec le temps, j'en suis venue à considérer cela comme un test simple mais puissant de l'intégrité chez les dirigeants. C'est un rappel que le leadership ne se résume pas à l'obtention de résultats, mais à la manière dont on traite et dirige les autres — qui sera toujours le reflet de qui l'on est, intérieurement.

Soutenir la nouvelle génération de talents juridiques

CLR : Que peuvent faire les cabinets d'avocats, les universités et le secteur privé au sens large pour mieux accompagner les jeunes Cambodgiennes qui entrent aujourd'hui dans la profession juridique ?

Les cabinets d'avocats, les universités et le secteur privé au sens large ont déjà accompli des progrès significatifs en créant des opportunités pour que les jeunes femmes accèdent à la profession. La prochaine étape consiste à se concentrer sur la manière de les accompagner une fois qu'elles y sont.

Une grande importance est légitimement accordée au développement de l'excellence technique, mais les compétences interpersonnelles et émotionnelles — tout aussi déterminantes pour la réussite à long terme — font l'objet de moins d'attention. Des compétences comme l'intelligence émotionnelle, la confiance, la communication, la résilience et la conscience de soi sont essentielles à un leadership efficace, et pourtant rarement enseignées de manière structurée.

Cela peut être particulièrement important pour les jeunes femmes, confrontées à des pressions spécifiques liées à la confiance, à la crédibilité et aux attentes en matière de leadership à mesure qu'elles progressent dans leur carrière. Plutôt que de les qualifier de « compétences douces » — une expression qui peut parfois suggérer un caractère secondaire — nous devrions les reconnaître comme des compétences de leadership fondamentales, essentielles à la constitution d'équipes performantes.

Le mentorat est également essentiel. Les jeunes femmes bénéficient énormément du fait de voir d'autres femmes, issues de milieux socio-économiques différents, qui ont su surmonter des défis similaires, et d'avoir accès à des mentors capables de leur offrir des conseils et des échanges francs sur la progression de carrière. Les cabinets d'avocats, les universités et le secteur privé peuvent créer des opportunités plus structurées pour ces connexions, à travers des programmes de mentorat, des initiatives de réseautage et des programmes de développement du leadership.

Il est tout aussi important de cultiver une culture qui considère la réussite féminine comme collaborative plutôt que compétitive. En tant que société, nous devons nous éloigner de l'idée que la réussite d'une femme doit se faire au détriment d'une autre. L'objectif devrait être de bâtir un vivier solide et une communauté de femmes talentueuses et compétentes, qui se soutiennent et se créent mutuellement des opportunités. Quand l'une d'entre nous brille, nous brillons toutes.

Conseils aux futures dirigeantes du droit

CLR : Quels conseils donneriez-vous aux jeunes Cambodgiennes qui espèrent construire une carrière durable dans le droit, le conseil aux entreprises ou les services professionnels ?

L'une des choses les plus précieuses que vous puissiez faire est d'apprendre à être sûre de qui vous êtes. Prenez le temps de comprendre vos forces, vos valeurs, ce qui vous motive et la façon dont vous travaillez le mieux — pas seulement en tant que professionnelle, mais en tant qu'individu.

Plus vous êtes ancrée dans votre propre identité, moins vous risquez d'être déstabilisée par le doute de soi, la comparaison ou les perceptions extérieures de la réussite. Ce sentiment de stabilité deviendra une source importante de résilience tout au long de votre carrière.

Apprenez également à reconnaître et à faire confiance à votre propre valeur. Chaque personne apporte quelque chose d'unique — que ce soit sa perspective, son éthique de travail, son jugement, son empathie, sa créativité ou sa capacité à créer des liens avec les autres. Au début de votre carrière, il peut être tentant de croire que la confiance vient du fait d'avoir toutes les réponses. En réalité, la confiance vient de la certitude que vous serez capable d'apprendre, de vous adapter et de grandir le moment venu.

Je n'ai pas encore une très longue carrière derrière moi, mais j'ai appris qu'une carrière durable se construit dans la constance, l'intégrité, la persévérance, et la capacité à rebondir lorsque les choses ne se déroulent pas comme prévu.

Quand je regarderai ma carrière dans plusieurs décennies, j'espère la considérer comme réussie non pas simplement en raison des postes que j'ai occupés ou des transactions sur lesquelles j'ai travaillé, mais parce que j'aurai eu un impact positif sur les personnes qui m'entourent.

J'ai eu la grande chance d'avoir des femmes fortes qui ont ouvert la voie avant moi — ma mère en particulier — et je considérerai que ma carrière aura réussi si les femmes avec qui j'ai travaillé, que j'ai mentorées ou dirigées, deviennent à leur tour des professionnelles et des dirigeantes exceptionnelles. Plus que n'importe quel indicateur de performance mesurable, le leadership consiste à créer des opportunités pour les autres et à les aider à réaliser un potentiel encore plus grand que le sien.

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