Arnaques en ligne : à Phnom Penh, Hun Manet promet que le Cambodge ne sera « jamais un refuge »
Le Premier ministre cambodgien a ouvert mercredi, à Phnom Penh, la Conférence internationale sur la lutte contre les arnaques en ligne, devant des délégations venues d'une trentaine de pays. Un exercice d'équilibriste pour un pays sous surveillance internationale.

Un Premier ministre sur la défensive
« Le Cambodge ne sera jamais un refuge pour les arnaques en ligne », a déclaré Hun Manet en ouvrant la conférence, ajoutant que le royaume ne laisserait pas des réseaux criminels compromettre les progrès du pays et les conditions de vie de ses 17 millions d'habitants. Le chef du gouvernement s'exprimait devant des délégations venues d'une douzaine de pays au moins, dont les États-Unis et la Chine — la conférence rassemble au total des responsables ministériels de 16 pays et des experts techniques de 14 autres nations, selon les chiffres communiqués par les organisateurs.
Le gouvernement met en avant un premier bilan chiffré. Selon le Secrétariat du comité ad hoc chargé de la lutte contre les arnaques en ligne, le Cambodge a gelé plus de 300 millions de dollars sur des comptes bancaires liés à ces activités entre juillet 2025 et fin août 2026, et transmis 446 dossiers impliquant 3 927 suspects à la justice. Des poursuites ont également été engagées contre quinze personnes accusées d'avoir couvert ces réseaux depuis l'intérieur de l'appareil d'État, parmi lesquelles un ancien vice-procureur, un ancien numéro deux de l'immigration et un ancien numéro deux de la police municipale de Phnom Penh.
Une criminalité qui ne connaît plus de frontières
Lors de la session de haut niveau consacrée aux « arnaques en ligne, une urgence mondiale », des responsables du Cambodge, du Myanmar, du Timor-Leste, de l'Indonésie, du Laos, des Philippines, de Singapour, de l'Ouganda, du Royaume-Uni, du Vietnam et du secrétariat de l'ASEAN ont dressé un même constat : les arnaques en ligne relèvent désormais d'une criminalité organisée transnationale, et non plus d'infractions isolées ou purement domestiques. Les réseaux exploitent les écarts entre législations nationales, juridictions, systèmes technologiques et circuits financiers, ce qui rend toute réponse strictement nationale insuffisante.
Accélérer la coopération judiciaire
Les intervenants ont plaidé pour un renforcement des cadres juridiques, un partage plus rapide de l'information entre juridictions, des opérations de police conjointes et des enquêtes financières coordonnées. Ils ont insisté sur la nécessité de démanteler les réseaux criminels à chaque étape de la chaîne — recrutement, traite d'êtres humains, opérations d'arnaque, transferts financiers et blanchiment d'argent —, tout en assurant la protection des victimes et la poursuite des responsables, en particulier organisateurs et financiers. La Chine, dont le vice-ministre de la Sécurité publique Yang Weilin a présenté les résultats obtenus avec ses partenaires régionaux, a revendiqué avoir mis au point, selon ses mots, « une manière chinoise de résoudre ce problème ».
Traite des êtres humains et protection des victimes
Les arnaques en ligne sont étroitement liées à la traite d'êtres humains et au travail forcé, ont rappelé les intervenants : de nombreuses victimes sont recrutées sous de fausses promesses d'emploi, puis contraintes de participer aux opérations d'arnaque. Ils ont appelé à une approche centrée sur les victimes, incluant leur exfiltration, leur protection, la non-sanction des personnes contraintes de commettre des infractions sous l'effet de la traite, leur rapatriement sécurisé et une assistance consulaire. En marge de la conférence, les autorités cambodgiennes ont fait visiter à des journalistes d'anciens complexes fermés cette semaine, dont l'un aurait hébergé jusqu'à 20 000 travailleurs, ainsi que du matériel saisi sur place, notamment de faux badges du FBI et de la police chinoise utilisés pour usurper l'identité de représentants de la loi.
Le rôle des banques et des plateformes numériques
Au-delà des forces de l'ordre, les intervenants ont insisté sur la responsabilité des banques, des opérateurs télécoms, des entreprises technologiques et des plateformes numériques dans la détection et le démantèlement des infrastructures d'arnaque et des flux financiers associés. Ils ont également pointé l'exploitation croissante, par les réseaux criminels, des cryptomonnaies, de l'intelligence artificielle et des deepfakes, appelant à renforcer les capacités d'investigation numérique, de cybersécurité et de criminalistique.
Un bilan qui reste contesté
Le satisfecit officiel ne fait pas l'unanimité. Plusieurs analystes et figures de l'opposition estiment que les opérations menées jusqu'ici ont surtout visé les échelons intermédiaires des réseaux, laissant intactes des personnalités influentes soupçonnées de les avoir protégés, tandis que les groupes criminels s'adaptent en se scindant en unités plus petites et en délocalisant leurs activités. La représentante régionale de l'Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC), Delphine Schantz, a salué une ouverture croissante à la coopération, tout en jugeant que des efforts supplémentaires restaient nécessaires, tant au niveau national qu'international. Pour l'opposante en exil Mu Sochua, la crédibilité de la répression tiendra à la volonté de l'État cambodgien d'enquêter sur toute allégation crédible, y compris lorsqu'elle vise des personnalités fortunées ou bien introduites.
Une responsabilité partagée
Les intervenants ont insisté sur le fait que la réponse à ce phénomène doit reposer sur une responsabilité partagée plutôt que sur la mise en cause d'un pays en particulier, les réseaux criminels opérant par nature au-delà des frontières. La conférence, organisée par le Cambodge les 23 et 24 septembre à Phnom Penh avec le coparrainage d'INTERPOL, de l'ONUDC et du Centre de coopération pour l'application des lois et la sécurité du Mékong-Lancang, se tient sous le thème « Agir ensemble pour briser la chaîne et éradiquer les arnaques en ligne ».








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