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Pascal Catry, président de la CCI France Cambodge : « Créer de la valeur pour nos membres »

Il y a quatre mois, Pascal Catry prenait les rênes de la Chambre de Commerce et d’Industrie France-Cambodge (CCIFC), succédant à Cyril Girot dans un contexte économique plutôt favorable : finances saines, adhésions en hausse, dynamisme retrouvé.

Pascal Catry, président de la CCI France Cambodge
Pascal Catry, président de la CCI France Cambodge

Mais derrière cette transition en douceur se profile un agenda chargé, dominé par un événement hors norme — le Forum d’Affaires France-Cambodge, qui coïncidera avec le Sommet de la Francophonie et la visite historique du Président Macron à Phnom Penh.

Chef d’entreprise aguerri, ancien vice-président de la Chambre, Pascal Catry ne découvre pas le milieu ; il en connaît les rouages, les tensions et les ambitions. Quatre mois après son élection, il revient sur ses premières priorités, les défis inattendus d’une présidence et la vision qui l’anime pour la communauté d’affaires franco-cambodgienne.

Prise de fonction & état des lieux

Vous avez repris la présidence dans un contexte particulièrement favorable — croissance record, finances saines, adhésions en hausse. Est-ce que cela facilite les premières semaines, ou au contraire cela crée-t-il une pression supplémentaire pour être à la hauteur de cet élan ?

Effectivement, je prends la présidence de la CCIFC dans de bonnes conditions, ce qui est plutôt rassurant, car nous nous inscrivons davantage dans une démarche de continuité. Avant mon élection, j’étais déjà vice-président de la CCIFC, donc je pense avoir contribué à ce résultat sain. Le stress vient plutôt du fait que nous avons cette année un rendez-vous dont l’enjeu est crucial : le Forum d’Affaires France-Cambodge, organisé par la CCIFC et les CCEF avec le soutien de l’Ambassade de France et du Ministère du Commerce cambodgien, qui coïncide avec le Sommet de la Francophonie et la visite du Président Macron.

C’est un moment exceptionnel pour le Cambodge, qui va se retrouver sous les projecteurs pendant presque un mois ; pour la France, car une visite présidentielle n’avait pas eu lieu depuis 1993 ; et pour le milieu d’affaires franco-cambodgien, qui aspire à une reprise économique après les chocs successifs — tarifs douaniers américains, conflit à la frontière avec la Thaïlande, scandale des escroqueries en ligne, et enfin tensions USA-Iran. Le premier semestre a globalement été compliqué pour les entreprises ; depuis quelques semaines, on ressent les signes avant-coureurs d’un changement, mais il faut vraiment un message positif pour cette deuxième partie d’année afin d’accélérer la relance.

Cyril Girot vous a laissé une chambre en bonne santé. Qu’est-ce qui vous a quand même surpris, une fois dans le siège — quelque chose que vous n’aviez pas anticipé de l’extérieur ?

En fait, ce qui m’a surpris n’est pas tant lié à la présidence de la CCIFC qu’aux autres fonctions que cela implique d’occuper : présence aux réunions des CCEF, participation au conseil d’administration d’EuroCham, sollicitations pour rejoindre des groupes de travail avec le gouvernement…

Finalement, mon emploi du temps s’est très vite rempli, sans compter les défis de gestion humaine qui prennent parfois plus d’importance que l’organisation des projets eux-mêmes. Comme dans une entreprise, la plus grande valeur dans une chambre de commerce, c’est l’humain, mais c’est aussi ce qui est le plus difficile à gérer : les questions de gouvernance, les conflits d’intérêts, la difficulté à fédérer et à satisfaire le plus grand nombre…

Action & projets

Ces quatre premiers mois, quelle a été votre priorité concrète — et avez-vous pu avancer dessus comme vous l’espériez ?

Comme je l’ai dit, l’organisation du Forum d’Affaires est le chantier principal qui m’a mobilisé durant ces premiers mois, à raison d’une réunion avec une équipe restreinte — président de la CCI, président des CCE, conseiller économique de l’Ambassade et directeur de la CCIFC — toutes les deux semaines, avec un suivi entre chacune d’elles pour bien coordonner le contenu, la communication, les lieux, le protocole et, surtout, canaliser les parties prenantes qui n’ont pas toujours la même vision.

En parallèle, il y a bien sûr la gestion des autres événements organisés par la Chambre, qu’il faut continuer d’animer. Il a fallu clarifier la mission des administrateurs, dont certains découvraient cette fonction. Et surtout, il m’importait de mieux connaître nos membres et leurs attentes. C’est pourquoi nous avons lancé une grande enquête de satisfaction, dont nous dévoilerons les résultats d’ici quelques semaines.

Le Forum d’Affaires France-Cambodge est le grand rendez-vous de l’année. Où en sont les préparatifs, et qu’est-ce qui vous tient le plus à cœur dans cet événement ?

Les choses avancent bien : le site web est opérationnel, nous avons déjà les premières inscriptions et le programme est pratiquement bouclé. Nous allons maintenant passer à l’étape communication — conférence de presse, partage d’informations avec les grandes organisations professionnelles : Business France, Alliance des Patronats Francophones, les CCI France Internationales et surtout celles de la région APAC, ainsi que les comités CCEF.

Ce qui me tient le plus à cœur, c’est de faire en sorte que cet événement ait une portée symbolique forte, avec la présence du président Emmanuel Macron, celle du Premier ministre Hun Manet et de tous les ministres-clés du gouvernement royal, accompagnée de signatures de contrats importants entre des entreprises françaises et le gouvernement cambodgien. Et qu’il joue simultanément un rôle de catalyseur, en permettant l’aboutissement de multiples projets et en créant des ponts entre entreprises françaises et cambodgiennes, grâce à des sessions de rencontres BtoB via une plateforme innovante qui favorise une meilleure mise en correspondance entre les différents profils de sociétés.

La représentation à 60 % au sein d’EuroCham donne à la CCIFC un vrai poids politique. Comment utilisez-vous cette influence sur des dossiers concrets ?

En réalité, notre position majoritaire au sein d’EuroCham ne nous confère pas vraiment de poids déterminant dans les décisions prises. Historiquement, la création d’EuroCham était liée à l’obtention de subventions européennes permettant de développer, par son intermédiaire, l’influence des chambres nationales, dont la CCIFC, auprès du gouvernement cambodgien.

Au fil des années, la donne a changé : les subventions ont pris fin et nous n’avons pas toujours le sentiment d’être représentés comme nous le souhaiterions. Malgré la présence d’une majorité d’administrateurs issus de la CCIFC au conseil de la chambre européenne, nous devons encore apprendre à travailler ensemble pour défendre les intérêts de nos membres et faire en sorte qu’EuroCham soit aussi au service des chambres nationales qui la composent — selon la maxime des Trois Mousquetaires : « un pour tous, et tous pour un » !

Difficultés & réalités du terrain

Présider une chambre de commerce au Cambodge, c’est aussi naviguer dans un environnement réglementaire et institutionnel parfois complexe. Quel a été votre premier vrai dossier difficile ?

En tant que chef d’entreprise, j’ai l’habitude de naviguer dans ce type d’environnement. Et finalement, les dossiers les plus difficiles ne sont pas toujours ceux que l’on croit : ce sont plutôt des questions internes, de gouvernance, d’alignement avec certains administrateurs ou membres, sachant qu’on ne peut pas satisfaire tout le monde. Vis-à-vis du gouvernement, nous avons la chance d’être écoutés, souvent grâce au soutien de l’Ambassade de France, et de pouvoir aborder des sujets directement avec des ministres ou des secrétaires d’État — ce qui serait difficilement concevable si nous étions en France.

Par exemple, nous avons été consultés, avec les autres chambres de commerce, au sujet du décret sur l’enregistrement des sociétés au Cambodge. Il s’agissait d’une démarche de simplification, mais qui, en pratique, rendait les choses bien plus compliquées qu’auparavant. Nous avons fait valoir notre position en tant que représentants du secteur privé, nous avons été entendus par la ministre du Commerce, S.E. Cham Nimul, et le texte a été revu en conséquence.

Le tissu des membres est très hétérogène — grands groupes, entrepreneurs installés depuis longtemps et nouveaux arrivants. Comment répondre à des attentes aussi différentes ?

D’abord en comprenant ces attentes — d’où l’enquête de satisfaction. Ensuite, en sachant s’adapter. Être capable de défendre un dossier avec les bons arguments lors d’une rencontre ministérielle, mettre en lumière un nouveau membre et lui donner l’occasion de faire connaître son activité auprès de la communauté d’affaires franco-cambodgienne, partager des informations pratiques secteur par secteur, créer des synergies en mettant des membres en relation entre eux ou avec des partenaires potentiels identifiés : telle est la vocation de la Chambre, et c’est ce que nous faisons au quotidien, grâce notamment à l’interface assurée par notre directeur, Charles Julliard. Les membres du bureau et les administrateurs sont également des relais indispensables vers les membres, tout en contribuant à la stratégie de la Chambre. En fait, si l’on brigue la présidence de la CCIFC avec l’intention d’en tirer des avantages personnels, mieux vaut ne pas se présenter. Ce qui me motive, c’est la passion de faire naître des projets en entraînant une équipe avec soi, de susciter des rencontres et, au final, de créer de la valeur pour nos membres.

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