Les exportations cambodgiennes franchissent 14 milliards de dollars : une résilience sous contrainte
- La Rédaction

- il y a 2 jours
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Sur les cinq premiers mois de 2026, le commerce extérieur du Cambodge affiche une progression de 19 % tirée par la demande américaine et l'effet des accords de libre-échange régionaux. Une performance d'autant plus remarquable que l'économie nationale absorbe simultanément un choc pétrolier, une crise immobilière et un repli des envois de fonds depuis la Thaïlande.

Les chiffres parlent d'eux-mêmes. Les exportations cambodgiennes ont atteint 14,04 milliards de dollars entre janvier et mai 2026, en hausse de 19 % par rapport aux 11,8 milliards de dollars enregistrés sur la même période de l'année précédente, selon les données publiées le 10 juin par la Direction générale des douanes et accises (GDCE). Une trajectoire qui confirme l'élan observé depuis le début de l'exercice : dès les deux premiers mois de 2026, les exportations avaient déjà progressé de 17,2 % en glissement annuel, atteignant 5,23 milliards de dollars.
Washington, pilier indétrônable
La structure géographique des flux reste très concentrée. Les États-Unis demeurent le premier débouché du royaume, absorbant 5,73 milliards de dollars de marchandises cambodgiennes, soit plus de 40 % du total des exportations. Le Vietnam se positionne en deuxième rang avec 2,32 milliards de dollars, devant la Chine (753 millions), le Japon (760 millions) et le Canada (498 millions).
Cette dépendance vis-à-vis du marché américain constitue à la fois le principal moteur de la croissance et une vulnérabilité structurelle dans un contexte de tensions commerciales mondiales persistantes. Elle tranche avec l'ambition affichée par Phnom Penh de diversifier ses partenaires commerciaux via une politique active d'accords bilatéraux.
La diplomatie commerciale porte ses fruits
Thong Mengdavid, directeur adjoint du Centre d'études Chine-ASEAN à l'Université cambodgienne des sciences et technologies, attribue cette dynamique à l'intégration croissante du Cambodge dans les marchés internationaux, rendue possible par des accords tels que le Partenariat économique régional global (RCEP) et les accords de libre-échange bilatéraux conclus avec la Chine, la Corée du Sud et les Émirats arabes unis.
Penn Sovicheat, porte-parole du ministère du Commerce, avait quant à lui qualifié ces dispositifs de « catalyseurs d'une croissance exportatrice durable », en raison des tarifs préférentiels qu'ils offrent aux produits estampillés « Made in Cambodia ».
Au-delà des accords, l'économiste souligne la diversification progressive de l'offre exportatrice, longtemps dominée par le secteur textile, vers les produits agricoles et des industries à plus haute valeur ajoutée. Cette évolution est perceptible dans les données sectorielles : les exportations de caoutchouc ont bondi de 66 % en janvier 2026, et les noix de cajou ont franchi pour la première fois le seuil du milliard de dollars en 2025, témoignant d'une montée en gamme encore embryonnaire mais réelle.
Un afflux d'investissements directs étrangers
Ce dynamisme commercial s'appuie sur une base d'investissements étrangers en forte croissance. Les investissements directs étrangers ont atteint 5,1 milliards de dollars en 2025, contribuant à la création d'environ 400 000 emplois formels. Ces flux, majoritairement orientés vers l'industrie manufacturière exportatrice, alimentent directement la capacité de production du pays et expliquent en partie la robustesse des chiffres douaniers.
La Banque mondiale valide, mais nuance
La mise à jour économique de la Banque mondiale pour juin 2026, intitulée Navigating Shocks, décrit l'économie cambodgienne comme résiliente face à des chocs simultanés, et projette une croissance du PIB réel de 3,9 % en 2026, avant un rebond à 4,9 % en 2027. Des prévisions en retrait des performances d'avant-crise — le pays avait affiché une croissance de 4,8 % en 2025 — mais qui témoignent d'une capacité d'absorption supérieure à celle de nombreux pairs régionaux.
La Banque mondiale identifie toutefois plusieurs facteurs de fragilité. L'inflation a bondi à 5,8 % en avril 2026, pénalisant en priorité les ménages à faibles revenus. L'institution estime qu'une hausse de 10 % des prix du carburant suffirait à faire remonter le taux de pauvreté de 1,4 point de pourcentage. À ces pressions s'ajoutent une contraction des envois de fonds consécutive au retour de près d'un million de travailleurs migrants depuis la Thaïlande et un marché immobilier en repli prolongé.
Des importations en hausse, signe d'une économie en mouvement
Les importations cambodgiennes ont totalisé 16,03 milliards de dollars sur la période janvier-mai 2026, en hausse de 18,9 % sur un an. Un déficit commercial qui reflète la dépendance structurelle du pays aux intrants industriels et aux produits énergétiques, mais qui traduit aussi la vitalité d'une économie dont l'appareil productif continue de se renforcer.
La question qui demeure ouverte est de savoir si la montée en puissance des exportations agricoles et manufacturières suffira à terme à rééquilibrer cette balance — un chantier que les autorités de Phnom Penh ont inscrit au cœur de leur stratégie pentagonale de développement.







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