Le coup de poignard des US : La position d'Arnaud Darc sur le choc tarifaire américain au Cambodge
- Brèves Éco
- 9 juil.
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Les États-Unis ont imposé un droit de douane de 36 % sur toutes les exportations cambodgiennes, une mesure qui a provoqué une onde de choc dans l'économie du Cambodge et son secteur manufacturier, fortement dépendant des exportations.
Arnaud Darc, figure de proue du monde des affaires cambodgien, s'est révélé être un critique virulent de l'approche américaine, affirmant que ces droits de douane relèvent davantage d'un moyen de pression géopolitique que d'une volonté de garantir le commerce équitable.

Il qualifie la décision américaine de coercition économique et met en garde contre ses conséquences profondes et durables pour le Cambodge et l'ordre commercial mondial.
M. Darc soutient que ces droits de douane de 36 % ne sont pas une réponse à une défaillance spécifique du Cambodge. Il s'agit plutôt d'un instrument brutal utilisé dans le cadre d'une campagne plus large visant à remodeler les chaînes d'approvisionnement mondiales et à contrer l'influence de la Chine. Il souligne que le Cambodge coopère depuis longtemps avec les normes commerciales internationales, en réduisant ses droits de douane, en invitant des entreprises américaines et en réformant ses procédures douanières. Pourtant, aucune de ces initiatives n'a protégé le Cambodge contre ces mesures.
« Le Cambodge n'est pas engagé dans un dialogue, il est acculé », affirme M. Darc, soulignant que les États-Unis n'ont proposé aucune négociation, seulement un ultimatum : ouvrir complètement ses marchés ou faire face à des droits de douane punitifs.
L'analyse de M. Darc souligne l'impact dévastateur des droits de douane sur les industries vitales du Cambodge que sont l'habillement, la chaussure et les articles de voyage, qui emploient des centaines de milliers de personnes et en soutiennent indirectement des millions d'autres. Il prévoit :
Une baisse rapide des commandes à l'exportation
Des fermetures d'usines et des licenciements massifs
Une baisse potentielle de 40 % des exportations vers les États-Unis au cours de la première année
Des milliards de dollars de pertes pour l'économie cambodgienne
Il prévient que ces droits de douane effaceront du jour au lendemain les avantages du Cambodge en termes de coûts et de conformité, rendant ses produits non compétitifs sur le marché américain. Il souligne que les conséquences ne seront pas réparties de manière égale : tandis que le Cambodge souffrira, ses concurrents régionaux tels que le Vietnam, le Bangladesh et l'Indonésie, qui bénéficient de droits de douane moins élevés, absorberont ses parts de marché perdues.
M. Darc voit clairement la véritable motivation derrière la décision américaine. Il affirme que le Cambodge est une victime collatérale d'une lutte de pouvoir plus large entre Washington et Pékin. Les États-Unis cherchent à perturber les chaînes d'approvisionnement qui pourraient faciliter l'accès indirect de la Chine à leur marché, et le Cambodge, avec ses liens économiques croissants avec la Chine, se retrouve pris entre deux feux.
« Ce n'est pas un partenariat. C'est une soumission par la menace économique », écrit M. Darc, qui met en garde contre le fait que l'expérience du Cambodge est une leçon pour les autres petites économies qui évoluent dans un monde où les règles multilatérales cèdent la place à une influence brute.
M. Darc critique les tactiques de l'administration américaine : droits de douane, pression temporelle et ultimatums asymétriques. Contrairement au Vietnam, qui a obtenu un sursis partiel grâce à des négociations, le Cambodge ne bénéficie d'aucune marge de manœuvre.
Le message des États-Unis est clair : se conformer pleinement ou en payer le prix, sans aucune place pour le dialogue ou l'évaluation mutuelle.
Il décrit cette situation comme une crise fabriquée de toutes pièces, alimentée par un discours sur les déficits commerciaux et les préoccupations liées au transbordement qui, dans le cas du Cambodge, ne reflètent ni la réalité ni les intentions du pays.
Face à cette crise, Mr Darc exhorte le Cambodge à réagir avec clarté et détermination :
Rechercher des négociations techniques, demander des prolongations de délai et faire pression pour obtenir des évaluations économiques équilibrées.
Renforcer les liens avec l'ASEAN, l'UE, l'Inde et les pays du Sud afin de réduire la dépendance excessive à l'égard d'un seul marché.
Travailler avec les autres pays concernés afin de présenter un front uni, car beaucoup d'entre eux sont confrontés en silence à des pressions similaires.
Arnaud Darc met également en garde contre le fait que céder aux exigences des États-Unis sans obtenir de conditions acceptables pour le Cambodge créerait un dangereux précédent, signalant une vulnérabilité à de futures pressions économiques.
Il se dit sceptique quant à l'argument avancé par les États-Unis selon lequel ces droits de douane permettront de relancer l'emploi dans le secteur manufacturier américain. Il note que le résultat probable n'est pas une renaissance de l'industrie textile américaine, mais simplement une réorientation de l'approvisionnement vers d'autres pays à bas coûts. Les consommateurs américains, quant à eux, devront faire face à une hausse des prix, sans que cela se traduise par la création d'emplois dans leur pays.
La position d'Arnaud Darc est à la fois une critique et un avertissement. Il considère les droits de douane américains comme le symptôme d'un effondrement plus général du système commercial multilatéral, où la force l'emporte de plus en plus sur le droit.
Pour le Cambodge et les économies similaires, la leçon est claire : il faut défendre la souveraineté économique et renforcer la résilience par la diversification, la coopération régionale et les investissements stratégiques.
« On peut tendre la main pour serrer la main, mais l'autre main tient déjà le couteau », conclut M. Darc, résumant ainsi son point de vue selon lequel le Cambodge ne doit pas confondre l'étiquette diplomatique avec un véritable partenariat.
La position d'Arnaud Darc sur le choc tarifaire américain est donc sans ambiguïté : le Cambodge est victime d'une lutte géopolitique qu'il n'a pas choisie et fait face à une coercition économique déguisée en commerce équitable. Il appelle le Cambodge à rester ferme, à diversifier ses partenariats et à défendre son autonomie dans un monde où les règles du commerce sont réécrites par les puissants.
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