Knai Bang Chatt : 18 chambres, 90 % de conformité internationale, et une place parmi les grandes chaînes
La certification Platinum du référentiel Green Growth 2050 exige un score supérieur à 90 % sur plus de 400 indicateurs. Elle est détenue par une courte liste de grands noms : une trentaine d'établissements du groupe Minor Hotels, le St. Regis Bangkok, le Niyama aux Maldives. Presque tous appartiennent à des groupes dotés d'un département développement durable et des budgets qui vont avec. Le Knai Bang Chatt est un hôtel indépendant de dix-huit chambres, sur un littoral qui attire des voyageurs venus chercher le calme et qui veulent que leur séjour compte. Voici comment il y arrive.

La décision de départ : tout garder en interne
Le choix fondateur paraît banal, et il explique presque tout le reste. Plutôt que de sous-traiter les déchets et l'approvisionnement, Jef Moons, CEO et fondateur de Kep West, a décidé de traiter les deux sur place. Au Cambodge, où les filières de collecte restent inégales, sous-traiter revient souvent à ne pas savoir où les choses finissent. En gardant la main, l'hôtel sait exactement ce que devient chaque sac et chaque épluchure. C'est ce contrôle, plus que n'importe quel équipement de démonstration, que les auditeurs ont retenu.
Le premier cycle de certification, en 2016, reposait sur des habitudes simples et vérifiables. L'hôtel a cessé d'acheter de l'eau en bouteille plastique : il stérilise et embouteille lui-même son eau de boisson, en verre consigné. Les pailles en plastique ont disparu, remplacées par des alternatives biodégradables. Les sacs-poubelle le sont aussi. Rien de révolutionnaire. Mais tout est appliqué partout, sans exception.
Déchets : 63 % repartent au jardin
Le chiffre le plus parlant du dossier tient à une seule pratique : tout composter. Environ 63 % des déchets de l'hôtel sont organiques, et la totalité est compostée sur place. Le Knai Bang Chatt dispose de son propre centre de durabilité, où plusieurs méthodes de compostage fonctionnent en parallèle selon les matières.
Ce compost ne part nulle part ailleurs. Il nourrit les jardins biologiques de la propriété, qui nourrissent la cuisine. Au moment du passage au Platinum, ces jardins fournissaient plus de 25 % des fruits et légumes frais utilisés par l'hôtel, avec un objectif affiché de 60 %. Les cuisines du Strand construisent leurs cartes autour de la récolte. La boucle se referme : les épluchures d'hier soir retournent à la terre, et la terre fait pousser le dîner suivant.
Les jardins ne servent pas qu'à l'assiette. Chaque arbre qui y pousse a une fonction définie, comme le moringa oleifera, cultivé pour ses feuilles riches en nutriments et pour son thé. Les graines sont récoltées sur place et repiquées dans des gobelets à café biodégradables récupérés.

Le rivage, tous les matins
La plage devant l'hôtel est nettoyée chaque jour. La routine a une valeur pédagogique que l'hôtel utilise sans détour : quand des groupes d'élèves viennent, le personnel les met au travail sur la plage, puis les emmène quelques centaines de mètres plus loin, sur une portion de côte dont personne ne s'occupe. La comparaison se passe de commentaire. Des élèves de l'ONG Pour un Sourire d'Enfant sont passés par ce programme, logés dans les hébergements du personnel et formés au tri, au recyclage et au compostage, en khmer et en anglais.
« Les déchets finissent dans nos océans et dans notre chaîne alimentaire. » — Betty Roubaud, enseignante en environnement, Pour un Sourire d'Enfant
Partager la méthode fait partie du projet. L'hôtel a travaillé avec le PNUD et les autorités locales à un manuel de bonnes pratiques en économie circulaire, conçu pour être diffusé dans les secteurs public et privé.
La mer : ce que fait réellement Marine Conservation Cambodia
Le volet marin est le plus récent et le plus ambitieux. Il repose sur Marine Conservation Cambodia, une ONG fondée en 2008, première organisation à travailler sur le terrain de la conservation marine dans le pays.
Le contexte mérite d'être rappelé. Les eaux de Kep abritent de vastes herbiers marins et des bancs de bivalves, ratissés pendant des années par le chalutage illégal. Après quatre ans de recherche et de patrouilles, MCC a recommandé la création d'une zone de gestion des pêches pour la province. Elle a été promulguée en avril 2018 : 11 354 hectares couvrant les neuf îles de l'archipel, avec des zones de non-prélèvement à l'intérieur. C'est la deuxième du pays. L'année suivante, l'archipel de Kep était déclaré Hope Spot par Mission Blue, la fondation de Sylvia Earle.
L'outil employé sur le terrain est d'une simplicité désarmante : des blocs de béton, appelés structures de productivité halieutique, déposés sur les fonds. Ils accrochent les filets des chalutiers et rendent la zone impraticable pour la pêche destructrice, tout en servant de récif artificiel. MCC en a immergé plus de trois cents ces dernières années. Les résultats se mesurent : plus de 2 000 hectares d'herbiers ont repoussé, les pêcheurs signalent de meilleures prises, et les dugongs comme les dauphins de l'Irrawaddy sont revenus dans le secteur.
Le Knai Bang Chatt et Kep West se sont arrimés à cette dynamique, avec un centre d'éducation et de recherche prévu à ses côtés. L'hôtel n'a pas créé l'aire protégée et ne le prétend pas : il finance, héberge et fait connaître un travail scientifique mené par d'autres, dans l'eau qu'il a sous les yeux.

Dix palétuviers par réservation
Le programme le plus visible pour les voyageurs est aussi le plus simple. Pour chaque réservation internationale, dix jeunes palétuviers sont plantés, avec MCC et des habitants.
La mangrove n'est pas un choix décoratif. C'est l'espèce charnière des côtes tropicales : elle tient le trait de côte, absorbe l'énergie des tempêtes, abrite les poissons juvéniles et stocke le carbone à un rythme que peu d'écosystèmes égalent. L'hôtel avance le chiffre d'environ 308 kilos de CO2 par arbre sur vingt-cinq ans, soit plus de 7,7 tonnes pour un lot de dix. La restauration de la mangrove est un travail ancien à Kep, où des communautés de pêcheurs comme celle de Phum Tmey replantent depuis des années.
Comme la plantation se fait avec les habitants, l'exercice compte à la fois pour le littoral et pour l'emploi local. C'est la logique qui traverse toute la propriété : une action mesurable, confiée à ceux qui vivent là.

Ce que vérifie l'audit
L'ensemble est contrôlé chaque année par un auditeur indépendant, selon le référentiel Green Growth 2050, reconnu par le Global Sustainable Tourism Council. Le standard compte plus de 400 indicateurs, notés sur 550 points, répartis en une douzaine de chapitres : management de la durabilité, conformité légale, conditions de travail, santé et sécurité, droits humains, conception et construction des bâtiments, corruption, énergie, eau, déchets et CO2, préservation des ressources, réduction des pollutions, biodiversité, développement social et communautaire.
Le cadre renvoie à des textes internationaux : le Pacte mondial des Nations unies, les Principes d'économie verte du PNUE, la Déclaration universelle des droits de l'homme, le Code de conduite contre l'exploitation sexuelle des enfants et les critères du GSTC. Trois niveaux existent : Silver à partir de 65 %, Gold à partir de 80, Platinum à partir de 90. Une condition supplémentaire s'applique : tous les indicateurs obligatoires doivent être satisfaits, quel que soit le score global. Le Knai Bang Chatt est entré au niveau Gold en 2016, avant de passer au Platinum.
C'est ici que la comparaison prend son sens. Les autres détenteurs du Platinum s'appellent Anantara, Avani, St. Regis, Niyama : des établissements adossés à des groupes internationaux qui emploient des directeurs développement durable à plein temps et répartissent la dépense sur des dizaines d'hôtels. Le Knai Bang Chatt franchit la même barre avec dix-huit chambres, un potager et un tas de compost. La performance n'est pas une affaire de technologie, mais d'échelle : dans une petite structure, chaque geste se voit, et personne ne peut se cacher derrière une procédure.
En bonne compagnie
La reconnaissance ne vient pas du seul auditeur. Le Knai Bang Chatt figure parmi les membres de deux réseaux de voyage sélectifs, Secret Retreats et XO Private. Le tour-opérateur britannique Ampersand Travel le classe dans son top dix des éco-retraites : un jugement porté par un professionnel qui engage sa réputation commerciale, et non par l'hôtel lui-même. L'établissement s'est également associé à Angkor Grace, près de Siem Reap, pour qu'un même voyage puisse aller des temples à la côte. Derrière tout cela, Jef Moons, qui construit au Cambodge depuis une vingtaine d'années et a lancé ce chantier de la durabilité avant qu'il ne devienne à la mode.
Et le village, depuis le début
Rien de tout cela n'a commencé avec le certificat. Le travail avec les communautés est venu d'abord. À Chamcar Bei, un village situé à dix-sept kilomètres dans les terres, le projet « Hand in Hand » a duré six ans et touché 550 familles. Il en est sorti « Our School », une école communautaire qui a accueilli près de cinq cents élèves, soutenue par l'hôtel à travers des bourses universitaires, des formations au métier de guide, au jardinage biologique, à la cuisine et à la voile, et une collecte pour équiper une salle informatique, dans laquelle l'hôtel a doublé chaque dollar donné. Au total, plus d'un million de dollars investis dans la province.

Le prochain audit est déjà au calendrier. En attendant, le compost continue de chauffer, les blocs de béton restent posés sur le fond, et les palétuviers prennent quelques centimètres, sur une portion de côte faite pour des voyageurs venus chercher le calme et qui veulent que leur séjour compte.








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