À Kep, la combattante Tharoth Sam découvre bien plus qu’une parenthèse
Venue chercher un peu d’air au Knai Bang Chatt, l’actrice et championne de MMA est repartie avec autre chose en tête : une côte cambodgienne qu’elle croyait connaître, et ce que Jef Moons s’emploie à y bâtir.

Tharoth Sam est l’un des visages cambodgiens les plus connus hors des frontières. Vétérane du ONE Championship, révélée au cinéma dans D’abord, ils ont tué mon père, elle connaît les caméras, la foule et le vacarme. Au Knai Bang Chatt, c’est le contraire qui l’a cueillie. « En ville, c’est toujours le chaos », dit-elle. Ici, elle s’est tue. Elle a respiré l’air du large et senti ses épaules se dénouer.
Elle pensait connaître ce coin de Kep. Elle se trompait. On lui avait donné une chambre ouverte sur la mer d’un côté, sur les collines de l’autre, et son humeur a changé dès qu’elle en a passé le seuil.

En face d’elle, l’homme par qui tout est arrivé. Jef Moons a posé ses valises à Kep en 2003 et restauré trois demeures anciennes : celle du gouverneur de la province, celle du chef des douanes, celle d’une princesse. De ces murs est né le Knai Bang Chatt. Sam lui pose alors la question, sans détour : comment tout cela a-t-il commencé, et où cela va-t-il ?
Petit, par choix
Moons tient à cette échelle. Dix-huit chambres, quatre-vingt-dix personnes environ, une direction à la fois cambodgienne et internationale. Il parle d’un resort régénératif et se refuse au mot « hôtel ». « Ici, on ne réserve jamais seulement une chambre », dit-il. On y trouve un centre de découverte, des résidences d’artistes, un front de mer, quatre restaurants et un club de voile. Des familles y séjournent, des voyageurs solitaires aussi.

Qu’on l’interroge sur ce qui fait vraiment vivre l’endroit, et il ne parle pas d’architecture. « Notre vrai atout, c’est mon équipe », dit-il. « Ce sont eux qui vous accueillent, qui vous mettent à l’aise. »
Au-delà de la plage
Le resort n’avance plus seul. Il s’inscrit dans le même ensemble que Kep West et Art for Kep, et les projets de Moons débordent désormais le rivage. Le gouvernement, assure-t-il, a donné son feu vert à ce qu’il appelle la Southeast Asian Ocean Gallery : un musée sous-marin lancé cette année et pensé sur une décennie.
Cela fait beaucoup à saisir d’un coup, et Sam le dit.

Pour le mener à bien, Moons sillonne l’Europe, à la rencontre de fondations et d’artistes qu’il veut associer à des signatures cambodgiennes. S’y ajoutent des demandes déposées pour les mangroves et pour une esplanade d’exposition près du marché aux crabes, qui ferait aussi office de centre d’accueil. Rien que cette année, dit-il, près d’une centaine d’artistes passeront par le Knai Bang Chatt.
Le Cambodge compte 450 kilomètres de côtes, rappelle Moons, et l’avenir de Kep et de Kampot se jouera sur leur art, leur culture et leurs communautés. C’est là que l’échange devient plus intime. Sam l’admet sans détour : elle est surprise. Une Cambodgienne qui redécouvre sa propre côte par la voix d’un étranger installé là depuis plus de vingt ans. Elle était venue se reposer ; elle repart avec le sentiment qu’un pan entier de son pays lui reste à découvrir.

Kep West
Kep West est le groupe qui chapeaute le Knai Bang Chatt. Il relie le resort à ses autres adresses sur la côte : le restaurant Crab & Co, le centre Kep West Wellness et le programme de résidences Art for Kep. Le fil rouge tient en un pari sur Kep : celui d’une hospitalité et d’un art bâtis avec la communauté locale, qui donneraient à ce bout de littoral un nom bien à lui.








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