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Geckos devins, esprits du foyer et noms secrets : huit croyances qui rythment encore le quotidien khmer

Ne pas pointer ses pieds vers un moine, compter le cri d'un gecko pour connaître son destin amoureux, ou changer de nom pour égarer un esprit malintentionné : au Cambodge, un ensemble de croyances populaires continue de façonner des gestes discrets du quotidien. Certaines relèvent de la politesse bouddhique, d'autres d'un folklore plus ancien, antérieur même à l'arrivée du bouddhisme. Tour d'horizon de huit d'entre elles, telles que documentées par des chercheurs, des enseignants et des Cambodgiens eux-mêmes.

Photo d'illustration uniquement — © Cambodge Mag
Photo d'illustration uniquement — © Cambodge Mag

1. Le corps a ses règles : pieds et tête

Dans la hiérarchie symbolique khmère, la tête est considérée comme le siège de l'âme, tandis que les pieds représentent la partie la plus « basse » et la plus impure du corps. Toucher la tête d'un enfant ou d'un adulte sans y être invité est perçu comme déplacé, tout comme pointer la plante de ses pieds vers une personne, un moine ou une statue de Bouddha. Dans les temples comme dans les foyers, on veille donc à replier ses jambes plutôt que de les étendre vers autrui.

2. Le gecko, oracle malgré lui

Compagnon sonore de toutes les maisons cambodgiennes, le tokay (gecko) est aussi consulté, mi-sérieusement mi-pour rire, sur les questions de cœur. La croyance veut que l'on compte le nombre de cris qu'il émet d'affilée pour deviner le futur statut marital de son promis ou de sa promise, un nombre pair et un nombre impair n'annonçant pas la même chose. Sa seule présence dans une maison est en revanche généralement vue comme un signe favorable.

3. Chanter en cuisinant, partager une fleur : les superstitions de la jeunesse

Certaines croyances, transmises surtout parmi les jeunes générations, tournent autour du mariage. Chanter en préparant un repas exposerait, dit-on, à épouser un veuf ou une veuve. Sentir la même fleur qu'un ami ou une amie, l'un après l'autre, laisserait présager qu'ils partageront un jour, d'une manière ou d'une autre, le même conjoint. Deux exemples, parmi d'autres, de la manière dont le folklore khmer transforme des gestes anodins du quotidien en petits présages amoureux.

4. Un nom secret pour tromper les esprits

Il n'est pas rare que des parents cambodgiens attendent plusieurs années avant de donner un nom définitif à leur enfant, ou qu'un adulte traversant une période de malchance change temporairement le sien. L'idée sous-jacente : les esprits appellent les âmes par leur nom, et un nom inconnu d'eux les empêcherait de retrouver la personne qu'ils cherchent à tourmenter.

5. La maison des esprits, locataire invisible du foyer

Difficile de trouver une maison, un commerce ou un hôtel cambodgien sans son petit sanctuaire sur pilotis, dédié aux neak ta, les esprits gardiens du lieu. Encens, fleurs, fruits ou boissons sucrées y sont déposés quotidiennement, dans l'idée qu'un esprit du sol négligé peut se montrer capricieux envers les habitants. Cette pratique, documentée par de nombreux chercheurs travaillant sur les croyances khmères, cohabite sans contradiction apparente avec la pratique bouddhiste, dominante dans le pays.

6. Ce que l'on évite de faire la nuit

Planter un clou ou couper ses ongles après la tombée de la nuit est traditionnellement déconseillé : le geste rappellerait celui de sceller un cercueil, réservé aux veillées funéraires. Une association qui explique pourquoi certains Cambodgiens préfèrent repousser ce type de tâches au lendemain, par simple prudence plus que par peur véritable.

7. L'éclipse et la grossesse

Une croyance largement répandue veut que les femmes enceintes évitent de sortir pendant une éclipse solaire, de peur que l'enfant à naître n'en porte les conséquences. Cette croyance renvoie au mythe régional de Rahu, une figure qui « avalerait » le soleil ou la lune lors des éclipses ; certaines familles recommandent aux futures mères de se frotter le ventre de chaux pour se prémunir de son influence.

8. Le mot du devin

Avant un mariage, la construction d'une maison ou un long voyage, de nombreuses familles cambodgiennes consultent encore un devin ou une diseuse de bonne aventure (haor teay) pour déterminer le jour le plus favorable ou vérifier la compatibilité de deux futurs époux. Une pratique qui, comme le rappellent plusieurs chercheurs ayant étudié les guérisseurs traditionnels khmers, coexiste avec le recours à la médecine moderne plutôt que de s'y opposer.

Une croyance à géométrie variable

Toutes ces pratiques ne sont pas suivies avec la même rigueur selon les générations, les régions ou le degré d'urbanisation des familles. En ville, beaucoup les évoquent aujourd'hui avec un sourire plus qu'avec une réelle inquiétude. Mais leur persistance, même partielle, en dit long sur la manière dont le Cambodge continue de faire cohabiter bouddhisme, animisme et vie moderne dans un même geste du quotidien.

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