Coopération France - Cambodge : Battambang,119 millions $ pour transformer l'accès à l'eau
- La Rédaction

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L'inauguration d'un nouveau système d'eau potable dans la province de Battambang marque l'aboutissement d'un partenariat inédit entre la Banque asiatique de développement, l'Agence française de développement et l'Union européenne — un modèle de coopération multilatérale au service des villes secondaires d'Asie du Sud-Est.

94% Couverture foyers
219 810 Ménages desservis
119M $Investissement total
8,45% Taux de perte réseau
Une cérémonie à la hauteur d'un projet historique
Le 30 avril 2026, dans le Sangkat Wat Kor de la ville de Battambang, le ministre cambodgien de l'Industrie, des Sciences, de la Technologie et de l'Innovation, S.E. Hem Vanndy, a présidé l'inauguration officielle d'un système d'alimentation en eau potable dont la construction aura mobilisé près d'une décennie d'efforts communs. À ses côtés : le gouverneur de la province Sok Lou, Yasmin Siddiqi, directrice nationale de la Banque asiatique de développement (BAD) pour le Cambodge, et Sandrine Boucher, directrice nationale de l'Agence française de développement (AFD).
Ce projet s'inscrit dans le cadre du Provincial Water Supply and Sanitation Project (PWSSP), approuvé en décembre 2017 par le conseil d'administration de la BAD et dont le financement conjoint a été formalisé en janvier 2018. Il représente à ce jour l'une des plus importantes interventions multilatérales dans le secteur de l'eau au Cambodge hors Phnom Penh.
Un financement multilatéral structuré sur trois piliers
Le coût total du projet s'élève à 119,17 millions de dollars, mobilisés à travers une architecture financière tripartite :
BAD — prêt de 50 M$AFD — prêt de 43,54 M$ (€40M)
UE (Asia Investment Facility) — subvention €4,67 M
Gouvernement cambodgien — 10,54 M$
Le prêt AFD, d'une durée de vingt ans avec sept années de grâce et un taux indicatif de 1,33 % par an, illustre les conditions concessionnelles que les bailleurs de fonds occidentaux offrent aux économies émergentes sur des projets à fort impact social.
La subvention de l'UE, administrée par l'AFD via le mécanisme Asia Investment Facility, a notamment financé des mesures d'efficacité énergétique et des connexions gratuites aux ménages les plus vulnérables.
« Un approvisionnement en eau fiable améliore la santé publique, libère du temps pour les ménages et soutient la croissance économique locale. » Yasmin Siddiqi, directrice nationale de la BAD pour le Cambodge
Une infrastructure dimensionnée pour l'avenir
Les travaux, réalisés entre octobre 2022 et décembre 2025 par la China Civil Engineering Construction Corporation (CCECC), ont livré un ensemble cohérent d'ouvrages :
Station de pompage | 55 000 m³/jour de capacité brute |
Usine de traitement | 50 000 m³/jour de production potable |
Réseau primaire | 94 km de conduites maîtresses |
Réseau total | 926 km de canalisations |
Capacité provinciale totale | 83 520 m³/jour (vs 33 520 avant projet) |
Le doublement de la capacité de production — de 33 520 à 83 520 mètres cubes par jour — est particulièrement significatif dans un contexte d'urbanisation accélérée. Battambang, deuxième ville du Cambodge avec une population estimée à 257 600 habitants dès 2015 selon les données ADB, connaît une croissance démographique qui rendait le statu quo infrastructurel intenable. Le taux de pertes en réseau de seulement 8,45 % place désormais la régie provinciale dans la catégorie des opérateurs performants à l'échelle régionale.
Un contexte national en transformation
La réussite de Battambang n'est pas un cas isolé : elle s'inscrit dans un mouvement plus large de rattrapage infrastructurel que le gouvernement cambodgien cherche à accélérer. En 2012, le Cambodge avait atteint les Objectifs du Millénaire pour le développement en matière d'eau, avec 94 % de la population urbaine ayant accès à une source d'eau améliorée — mais ces chiffres masquaient de profondes disparités entre Phnom Penh et les villes de province, où le taux de connexion aux réseaux restait bien en deçà de la capitale.
En décembre 2025, la BAD a approuvé un programme d'investissement de 763 millions de dollars pour renforcer la sécurité hydrique et la résilience des villes cambodgiennes, incluant environ 135 millions d'euros supplémentaires de l'AFD en cofinancement. Le projet de Battambang constitue donc un jalon — et non un point d'arrivée — dans cette trajectoire de long terme.
« Cette réalisation va au-delà de l'infrastructure. C'est un investissement dans les populations, dans la santé publique et dans l'avenir de la ville. » Sandrine Boucher, directrice nationale de l'AFD au Cambodge
Un modèle de coopération à dupliquer
Au-delà des chiffres, ce projet illustre l'efficacité d'une coopération multilatérale bien structurée : la BAD apporte son expertise technique et sa capacité de supervision, l'AFD ses financements concessionnels et son savoir-faire en gestion de projets complexes, l'UE ses subventions ciblées sur les composantes sociales et environnementales. Le gouvernement cambodgien, en apportant sa contrepartie et en assumant la maîtrise d'ouvrage institutionnelle, démontre une capacité d'absorption et de pilotage que les bailleurs reconnaissent.
Le ministre Hem Vanndy a d'ailleurs explicitement exprimé sa volonté de poursuivre cette coopération sur de futurs projets d'infrastructure, laissant entrevoir que le modèle Battambang pourrait être répliqué dans d'autres villes secondaires du pays — Kampong Cham, Siem Reap ou Sihanoukville — où des investissements similaires sont en cours ou en préparation dans le cadre du PWSSP.
Pour des millions de familles cambodgiennes, l'eau courante au robinet n'est plus une promesse : c'est, depuis le 30 avril 2026, une réalité







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