Cambodge & Confluences : Chris Varin, de Fontainebleau aux temples d’Angkor, l’odyssée d’un expatrié qui a choisi de rester
- Christophe Gargiulo

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Arrivé au Cambodge en 2014 pour de simples vacances, Christopher Varin n’en est jamais reparti. Douze ans plus tard, ce Franco-Britannique originaire de Fontainebleau pilote le développement commercial de Confluences ainsi que le musée immersif à Siem Reap tout en représentant plusieurs marques européennes sur un marché en pleine maturation. Portrait d’un homme de réseau, habitué des défis, qui a appris du Cambodge l’art de la prudence marié à l’énergie.

Un billet aller simple vers l’aventure
L’histoire de Chris avec le Cambodge commence comme beaucoup d’histoires d’expatriés : par hasard. En juillet 2014, il débarque à Siem Reap avec un ami cambodgien, pour un mois de vacances. « J’ai aimé. » Trois mots, simples, qui résument tout. De retour à Paris, la grisaille et l’absence de perspectives le convainquent de tenter sa chance.
Le jeune homme, bilingue français-anglais, fils d’un père français et d’une mère britannique, a grandi à Fontainebleau — ville jumelle de Siem Reap, ironie du sort. Après un Bac STI Électronique et des études supérieures en commerce international en alternance, il a affûté ses armes dans une start-up parisienne spécialisée dans la compression multimédia, sillonnant les grands salons tech mondiaux : le CES de Las Vegas, le MWC de Barcelone. « On essayait de convaincre Samsung, Nokia, Comcast », raconte-t-il avec le sourire de celui qui a appris très tôt à vendre face aux grands.
Lorsque la start-up perd de sa vitesse et que le marché parisien ne lui offre rien qui vaille, Chris prend une décision radicale : envoyer des CV depuis Paris pour Siem Reap. Sans réponse par Skype, il achète un billet d’avion et débarque en personne. Résultat : employé en une semaine.
Du web marketing à la gestion de projet : un parcours technico-commercial
Sa première à Siem Reap le catapulte dans le digital marketing, aux côtés d’un Américain qui crée des sites web. « Je ne connaissais rien au marketing digital. Il m’a recruté et j’ai commencé le lendemain. » Pendant des années, Chris construira son réseau local et international depuis ce poste, développant une expertise en gestion de la relation client, social media et stratégie de contenu.
La crise Covid frappe de plein fouet. « J’ai perdu 99 % de mes clients. On était les premiers à sauter. » Les prestataires de services marketing sont souvent les premières victimes des coupes budgétaires. Il survit grâce à des clients en Europe et met à profit cette période pour coacher des enfants au Football, mêlant enfants cambodgiens et expatriés, leur enseignant les couleurs en trois langues entre deux dribles. « J’adorais. »
La sortie de crise lui ouvre une nouvelle porte : il rejoint Confluences, le groupe de Soreasmey Ke Bin. Son rôle ? Développer la branche commerciale à Siem Reap, représentant des marques européennes comme Malongo, Sodex Sport ou Gerflor auprès d’hôtels, de promoteurs et d’acteurs du tourisme et de la restauration. « Le marché Siem Reap est presque mûr pour les investissements à long terme, alors il faut être présent maintenant. »
Chef de projet d’un musée immersif : « C’est la même logique qu’un site web »
Parallèlement, Chris supervise le projet qui mobilise aujourd’hui le plus son énergie : la construction d’un musée immersif à Siem Reap, Immersive Angkor, développé par le groupe Legendary en partenariat avec Confluences. Les fondations sont presque achevées, et un soft opening est envisagé pour novembre 2026.
« Je n’avais jamais géré un projet de construction de cette ampleur. Mais au fond, ce n’est pas si différent d’un site web : c’est la même logique, il y a juste plus de prestataires. »
Superviser deux chantiers en parallèle — le contenu numérique et le bâti physique — tout en rendant compte aux investisseurs ne semble pas l’intimider. « La principale difficulté au Cambodge, c’est de sourcer les bons produits et de s’assurer de leur qualité. Pour le reste, ça avance. » Il observe avec pragmatisme les aléas de la saison chaude sur les cadences des ouvriers : « Je ne sais pas comment ils font sous cette chaleur. Mais on sait qu’ici, les finitions peuvent aller très vite. »

La philosophie d’un commercial qui ne vend pas des catalogues
Ce qui distingue Chris dans son approche commerciale, c’est une conviction ancrée depuis ses années de salons internationaux : ne jamais « sortir les catalogues ». « Mon approche, c’est de comprendre les problèmes du client avant le rendez-vous, puis de lui présenter des solutions adaptées. Si on ne les a pas dans notre catalogue, on les cherche avec nos équipes à Phnom Penh ou via nos partenaires. »
Cette recherche du « win-win », il l’a intériorisée depuis un professeur marqué par son passage chez Thomson, et l’applique aussi bien dans sa vie professionnelle que dans ses relations personnelles. Son réseau local, il l’a en grande partie construit sur les terrains de sports où il a évolué pendant des années. « Le sport, ça crée des liens que le business seul ne crée pas. »
Siem Reap, une ville qui remet les gens « sur terre »
Interrogé sur ce qui le retient ici, la réponse fuse : « J’adore. » Siem Reap lui offre ce que Paris ne lui donnait plus : de la proximité, de la fluidité, des rencontres inattendues.
« Tout est à 15 minutes, pas de bouchons. Je n’ai pas vu passer mes 12 ans dans cette ville. »
Il observe aussi que la ville possède une qualité rare : elle ouvre les gens. « Les temples permettent un ‘’reset’’. Ici, les gens arrivent plus détendus, plus disponibles. » C’est souvent à Siem Reap que ses contacts de Phnom Penh lui parlent de leurs projets — un restaurant, un hôtel, un rachat — laissant ainsi émerger des opportunités commerciales que la capitale, plus froide, n’aurait pas générées.
La vie d’expatrié a aussi son revers. « L’éloignement de la famille en Europe et surtout ce à quoi j’ai du mal à m’habituerais : les amis que tu vois tous les jours et qui d’un coup doivent partir. Tu perds des routines. C’est le côté de la vie d’expat que j’aime le moins. » Il évoque en passant des difficultés en début d’année, avec une pudeur qui dit tout. Mais sa conclusion est ferme : « Si on ne prend que le négatif, c’est sûr qu’on n’avance pas. Il faut compter les petits points positifs dans la vie. »
Un nouvel engagement : la Chambre de Commerce France-Cambodge
Un tournant supplémentaire dans le parcours de Chris Varin : il intègre officiellement l’équipe de la Chambre de Commerce et d’Industrie France-Cambodge (CCIFC) à Siem Reap, à l’issue des récentes élections. « C’est officiel, j’ai le plaisir d’intégrer l’équipe de la CCIFC à Siem Reap. Merci pour votre soutien. »
Cet engagement bénévole s’inscrit dans une suite logique pour celui qui, installé ici depuis douze ans, est témoin au quotidien — à travers ses missions chez Confluences — des défis comme du potentiel considérable des entrepreneurs locaux. Représenter la communauté d’affaires franco-cambodgienne dans la capitale des temples n’est pas qu’un titre : c’est le prolongement naturel d’un homme qui a toujours considéré que le meilleur business se construit sur des relations humaines solides.
La leçon cambodgienne : ne pas trop se projeter
Douze ans au Cambodge lui ont enseigné une philosophie de vie qu’il n’aurait probablement jamais adoptée à Paris : ne pas se projeter.
« J’ai appris ici que les choses se font naturellement. Si tu te projettes trop, tu commences à stresser et certaines opportunités se ferment. »
L’avenir ? Il le regarde sans angoisse. Une fois le musée ouvert, son rôle pourrait évoluer, l’emmenant peut-être vers les provinces, l’étranger ou vers une mission différente au sein de Confluences. Sa belle-fille entrera à l’université l’année prochaine, ce qui posera inévitablement la question de leur ancrage géographique. Mais pour l’heure, Chris Varin regarde Siem Reap pousser autour de lui — les fondations du musée, le marché qui mûrit — et il s’en satisfait pleinement. « Je suis encore là. Et ça marche.»







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