Chronique & Humour : Bernard fait trempette au Cambodge
- La Rédaction

- 9 août
- 3 min de lecture
Bernard a décidé, un samedi, de « profiter un peu de la piscine de la résidence ». Six Anchor plus tard, la piscine profite surtout de lui.

L'installation stratégique
Bernard s'installe sur un transat au bord du bassin dès 10h du matin, glacière à portée de main, casquette vissée sur la tête — mais posée bien en arrière, façon décorative plutôt que protectrice. « Faut en profiter, on est en vacances toute l'année ici », lance-t-il à personne en particulier, avant d'ouvrir sa première bière de la journée. Il en sera à la quatrième avant midi.
L'entrée dans l'eau
Vers 13h, Bernard décide de rejoindre la piscine, bière à la main, sans jamais la lâcher — prouesse d'équilibriste qu'il considère visiblement comme la partie la plus impressionnante de son après-midi. Il flotte sur le dos pendant une bonne demi-heure, ventre émergeant de l'eau comme une petite île tropicale, bronzant méthodiquement une zone qu'aucun protocole solaire connu ne recommande d'exposer sans protection.
La démonstration de plongeon
Vers 14h30, porté par l'enthousiasme et la cinquième bière, Bernard annonce à la cantonade qu'il va « montrer aux jeunes comment on plongeait à l'époque ». Il prend un élan modeste, saute depuis le bord avec la grâce d'un frigo qu'on pousse dans un escalier, et s'écrase à plat ventre dans un bruit qui fait se retourner tout le monde jusqu'au deuxième étage de la résidence. Une gerbe d'eau atteint un couple de retraités allemands qui prenaient tranquillement l'apéro trois transats plus loin. Bernard émerge, rouge, essoufflé, et déclare fièrement : « Ça c'était pour rire, je me suis entraîné toute la matinée en fait. » Personne ne l'a vu s'entraîner. Personne ne le croit. Personne ne le contredit non plus.
Le déni, acte un
Vers 15h, un voisin de résidence, un peu inquiet de le voir aussi rouge, lui suggère gentiment de sortir de l'eau et de s'hydrater. « T'inquiète, c'est le Cambodge, ça tape mais je suis habitué, huit ans que je suis là. » Il n'a manifestement jamais réellement acclimaté sa peau à quoi que ce soit, ayant passé l'essentiel de ces huit années à l'ombre d'un bar.
Le malaise
Vers 16h, Bernard tente de se lever du transat pour aller chercher une septième bière, et se retrouve à mi-chemin, assis dans l'herbe, un peu perdu, sans très bien savoir comment il y est arrivé. « Ça va, ça va, c'est juste que je me suis relevé trop vite », assure-t-il à Sophea, accourue en catastrophe, alors que son visage a désormais la couleur exacte d'un poivron poivrot, ou l'inverse.
Le déni, acte deux
Installé à l'ombre, un linge humide sur la nuque, Bernard refuse catégoriquement l'idée qu'il puisse s'agir d'une insolation. « C'est le poulet du midi, il devait pas être frais. » Personne à table n'a mangé de poulet ce midi-là. Personne ne le corrige non plus : Sophea a déjà appelé un voisin médecin, par précaution, pendant que Bernard continue d'expliquer sa théorie culinaire à qui veut l'entendre.
Le bilan
Le lendemain, remis sur pied mais encore un peu pâle sous son hâle, Bernard raconte l'épisode au bar comme une anecdote héroïque : « Ah là là, j'ai dû avoir une intoxication carabinée hier, le poulet du coin faut faire gaffe. » Personne ne le contredit. Il commande une Anchor, glace, citron vert — rituel immuable — et s'installe sur son tabouret-moulage, comme si de rien n'était, pour raconter à qui l'écoute encore comment il a « failli y passer » à cause d'un poulet qui n'a jamais existé.
Une semaine plus tard
Le samedi suivant, à 10h précises, Bernard est de retour sur le même transat, glacière identique à portée de main, casquette toujours aussi décorative. Sophea, qui passe par là avec des serviettes propres, lui demande, mi-amusée mi-résignée, s'il compte refaire exactement la même chose qu'il y a huit jours. « Mais non, t'inquiète, j'ai retenu la leçon », répond Bernard, en ouvrant sa première Anchor de la journée à 10h02. À midi, il en est à sa quatrième. La leçon, en l'occurrence, semble s'être limitée à changer de marque de bière.







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