Choc pétrolier au Cambodge : les premiers effets du conflit USA-Iran se font sentir à la pompe
- La Rédaction

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Le conflit déclenché le 28 février 2026 par des frappes conjointes américaines et israéliennes sur l'Iran produit déjà ses premiers effets concrets au Cambodge, un pays fortement dépendant des importations de carburant.

Dès début mars, les prix du sans-plomb et du diesel ont grimpé de manière spectaculaire : l'essence ordinaire est passée de 3 850 riels khmers par litre à 4 400 riels au 8-10 mars, tandis que le diesel a bondi à 5 150 riels. Cette hausse brutale illustre la vulnérabilité de l'économie khmère aux soubresauts géopolitiques mondiaux et menace ménages modestes, transports et tourisme.
Le déclencheur : une offensive surprise en Iran qui ébranle les marchés mondiaux
Les États-Unis et Israël ont lancé l’opération "Epic Fury" le 28 février 2026, avec des frappes aériennes et de missiles sur des sites militaires iraniens stratégiques, dont des installations nucléaires et des bases de la Garde révolutionnaire. Justifiée par Washington comme une réponse préventive aux menaces iraniennes contre ses alliés, cette action a entraîné la mort du Guide suprême Ali Khamenei. L'Iran a riposté par des salves de missiles balistiques sur des bases américaines en Irak et des villes israéliennes, amplifiant les tensions.
Cette escalade a perturbé le détroit d’Ormuz – par lequel transite 20% du pétrole mondial et 25% du gaz naturel liquéfié – via des mines et attaques sur pétroliers. Les cours du Brent ont flambé à 82 dollars le baril dès le 2 mars, un pic de 15% en 48 heures. Pour le Cambodge, sans ressources pétrolières et dépendant à 100% des importations via les raffineries de Singapour et les ports de Sihanoukville, l'onde de choc arrive en quelques jours.
Réaction diplomatique cambodgienne : prudence et neutralité affirmée
Dès le 28 février, le ministère cambodgien des Affaires étrangères a exprimé sa "profonde préoccupation" et appelé à une "maximale retenue" pour préserver la paix, en protégeant particulièrement les civils. Sous Hun Manet, Phnom Penh maintient une stricte neutralité, héritée de sa politique non-alignée, et conseille à ses 500 ressortissants dans la région de reporter les voyages non essentiels.
Cette diplomatie pragmatique reflète les liens économiques avec toutes les puissances impliquées : exportations textiles vers les États-Unis, investissements chinois soutenant indirectement l'Iran, et tourisme occidental sensible aux instabilités. Aucune victime khmère n'est signalée, mais le gouvernement surveille flux migratoires et chaînes d'approvisionnement.
Hausse des prix : un impact économique tangible et multifacette
Les prix des carburants, fixés hebdomadairement par le ministère du Commerce, marquent la plus forte hausse depuis 2022 : essence ordinaire (92 octanes) à 4 400 riels par litre (+14%), diesel (Gasoil 10 ppm) à 5 150 riels (+34% en une journée). Le porte-parole Pen Sovicheat invoque la fermeture partielle d’Ormuz, attaques sur navires et spéculation, avec des réserves couvrant un mois de consommation (300 000 tonnes).
Pour les Cambodgiens – dont 70% des ménages allouent plus de 20% de leur budget à transports et énergie –, cela génère une inflation importée : coûts quotidiens des moto-taxis à Phnom Penh en hausse de 20%, denrées alimentaires impactées par les frais de livraison. Tourisme (7 millions de visiteurs annuels) et industrie du garment (80% des exportations) sont les plus exposés.
Conséquences plus larges : inflation, inégalités et pressions sociales
Au-delà de la pompe, cette crise exacerbe les vulnérabilités : inflation énergétique potentielle de 5-7% d’ici fin mars si les cours dépassent 80 dollars, érodant le pouvoir d'achat des 5 millions de travailleurs informels et risquant des troubles ruraux. Exportations de riz et caoutchouc subissent des hausses de fret de 10-15%.
Le gouvernement annonce des subventions pour taxis et bus publics.
Économistes et ONG appellent à diversifier les fournisseurs (Russie, Australie), accélérer les renouvelables (20% d’ici 2030) et renforcer les filets de sécurité, sous peine de 1 million de personnes supplémentaires en pauvreté extrême.
Vers une accélération de la transition énergétique et une résilience accrue ?
Ces remous rappellent la fragilité du Cambodge, qui importe 3 millions de tonnes de carburant par an via Sihanoukville et le rail chinois. Du Premier ministre aux chambres de commerce, on presse pour hydroélectricité, solaire, biomasse et réserves stratégiques renforcées. Si une médiation qatarie ou onusienne apaise le conflit, les prix pourraient stabiliser sous 4 000 riels d’ici avril ; sinon, récession sectorielle avec impacts sur tourisme (20% du PIB) et vêtement. Habitué aux chocs depuis les années 1970, le royaume pourrait en sortir plus résilient, à condition d'agir vite.







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