Chenda et les éléphants d'Airavata : dix ans de vie donnés aux derniers géants du Ratanakiri
- La Rédaction

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Propos rappelés par Chenda lors de son discours à la soirée de gala annuelle de l'Association Airavata, le 12 août dernier.
Je m'appelle Chenda. Depuis dix ans, ma vie tient en grande partie dans quatre silhouettes grises qui vivent en forêt, dans la province de Ratanakiri. Ce n'est pas un métier que j'exerce. C'est un attachement qui, avec le temps, a fini par façonner qui je suis.

Nous étions neuf, au départ. Neuf personnes, françaises et khmères, qui n'avaient en commun qu'une même fascination pour les éléphants et une même inquiétude de les voir disparaître du Cambodge. C'est ainsi qu'est née l'Association Airavata, sans grand programme, presque par instinct : il fallait faire quelque chose pour les éléphants du Ratanakiri, avant qu'il ne soit trop tard.
Quatre éléphants, une responsabilité de chaque jour
Aujourd'hui, nous avons la charge de quatre éléphants domestiques — deux femelles, deux mâles. Je pense à eux tous les jours. Pas seulement à leur nourriture, à leurs soins, à leur enclos : je pense à ce qu'ils représentent. Il ne reste plus que quatre éléphants domestiques dans toute la province de Ratanakiri. Quatre. Ce chiffre, à lui seul, dit l'urgence dans laquelle nous travaillons. Notre espoir le plus simple, et le plus difficile à réaliser, c'est de les voir se reproduire, pour que cette population ne s'éteigne pas sous nos yeux.
Les années où nous portions tout, seuls
Il y a une période dont je ne parle pas souvent, mais qui explique beaucoup de choses : entre 2015 et 2017, mon époux et moi avons financé nous-mêmes l'ensemble des dépenses de l'association, y compris l'achat des premiers éléphants. Nous ne recevions aucun don à l'époque. C'était un pari, pris à deux, sans certitude que quiconque nous suivrait.
Ce n'est qu'à partir de 2018 que des bienfaiteurs ont commencé à nous rejoindre. Je repense souvent à ces années-là : elles m'ont appris que cette cause ne tiendrait que si nous étions prêts, nous-mêmes, à y engager bien plus que de la bonne volonté.
Une bienveillance qui nous a portés
Ce qui me touche le plus, avec le recul, c'est la constance du soutien que nous avons reçu de la famille royale. En 2016, Sa Majesté le Roi Norodom Sihamoni a accordé à Airavata Son Auguste Patronage Royal. Je me souviens de ce que cela a représenté pour nous : la certitude, enfin, que notre travail comptait.
Depuis, Sa Majesté Norodom Monineath Sihanouk n'a jamais cessé de nous soutenir — vingt mille dollars en 2018, cinq mille en 2023, dix mille en 2025, et encore dix mille dollars cette année. Chaque don est un signe que nous ne portons pas cette mission seuls.
Ce que je voudrais encore construire
Je ne me résous pas à ce que nos éléphants soient les derniers. Ce que je voudrais construire maintenant, ce sont des moyens concrets pour eux : un lieu de lavage digne de ce nom, un enclos où ils puissent recevoir des examens et des soins vétérinaires sans stress, une ferme de fruits et légumes pour compléter ce que la forêt ne leur suffit plus à offrir.
Et surtout, si les dons le permettent, j'aimerais que nous puissions acquérir des éléphants reproducteurs — auprès d'autres associations, ou de particuliers qui n'ont ni le temps ni les moyens de s'en occuper. C'est peut-être la seule façon de faire à nouveau grandir cette population, plutôt que de simplement la maintenir en vie.
Nous sommes une équipe de bénévoles, à tous les niveaux — personne, au conseil d'administration ou parmi nos membres honoraires, ne perçoit de salaire. Ce que nous donnons, nous le donnons parce que nous y croyons.
Alors quand je vois nos partenaires, nos sponsors, nos bienfaiteurs continuer, année après année, à nous faire confiance, je ressens une gratitude que je n'arrive pas toujours à exprimer avec les mots protocolaires d'usage. Je préfère le dire simplement : merci de rester à nos côtés, pour ces quatre éléphants, et pour tous ceux qui viendront peut-être après eux.







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