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Cambodge : la Banque nationale table sur 3,9 % de croissance en 2026, loin devant le FMI

La Banque nationale du Cambodge (BNC) a révisé à 3,9 % sa prévision de croissance économique pour 2026, un chiffre qui tranche nettement avec celui, plus prudent, publié début juillet par le Fonds monétaire international (FMI). L'écart entre les deux institutions illustre les incertitudes qui pèsent sur une économie prise entre chocs externes — prix de l'énergie, tensions commerciales — et fragilités internes, du différend frontalier avec la Thaïlande à la répression des réseaux de fraude en ligne.

Chea Serey, gouverneure de la Banque nationale du Cambodge, lors de la réunion de bilan semestriel, le 27 juillet à Phnom Penh
Chea Serey, gouverneure de la Banque nationale du Cambodge, lors de la réunion de bilan semestriel, le 27 juillet à Phnom Penh

Un ralentissement assumé, une accélération espérée

Réunie le 27 juillet à Phnom Penh pour son bilan semestriel, la gouverneure de la BNC, Chea Serey, a détaillé une trajectoire en deux temps : une expansion estimée à 3,5 % au premier semestre, plombée par un environnement mondial dégradé, suivie d'un rebond attendu à 4,3 % au second semestre, porté par les exportations de vêtements, de produits manufacturés non textiles et de biens agricoles, ainsi que par des flux d'investissements directs étrangers jugés résilients. Selon elle, atteindre une fourchette de 3 à 4 % de croissance démontrerait, dans le contexte actuel, la capacité de résistance de l'économie cambodgienne face aux crises successives.

La gouverneure a par ailleurs reconnu que le tourisme, un des piliers traditionnels de l'économie, s'est contracté, tandis que la construction et l'immobilier restent en difficulté — deux secteurs déjà identifiés comme points de fragilité par plusieurs institutions internationales.

Le FMI, en net décalage

C'est précisément l'écart avec le FMI qui retient l'attention des économistes. Au terme de sa mission au titre de l'article IV, conduite du 24 juin au 8 juillet à Phnom Penh, le Fonds a abaissé sa prévision à seulement 3,0 % pour 2026 — contre 4,0 % encore anticipés en avril lors des Réunions de printemps à Washington. Le chef de mission, Kenichiro Kashiwase, a justifié cette révision par la conjonction de plusieurs facteurs : hausse des prix de l'énergie, incertitude commerciale persistante, tourisme affaibli et image dégradée par les scandales liés aux centres de fraude en ligne, ainsi qu'une demande intérieure atone.

Le ministère de l'Économie et des Finances a publiquement contesté cette lecture. Le vice-Premier ministre Aun Pornmoniroth a réaffirmé, lors d'une rencontre avec la mission du FMI, la confiance du gouvernement dans un objectif de croissance de 4,2 %, s'appuyant sur la vigueur des exportations et sur un plan de soutien budgétaire d'environ 1,24 milliard de dollars.

Une fourchette large selon les institutions

Les autres bailleurs et organismes régionaux se situent, eux, entre ces deux extrêmes :

Institution

Prévision 2026

Date

Contexte

Banque nationale du Cambodge

3,9 %

27 juillet 2026

Bilan semestriel

FMI (article IV)

3,0 %

8 juillet 2026

Mission consultative

FMI (Perspectives Asie-Pacifique)

4,0 %

16 avril 2026

Réunions de printemps

Banque asiatique de développement (BAsD)

4,5 %

avril 2026

Scénario stabilisation Moyen-Orient

AMRO (ASEAN+3)

4,3 %

30 avril 2026

Mission de consultation annuelle

Banque mondiale

4,3 %

janvier 2026

Perspectives économiques mondiales

Ces écarts tiennent moins à un désaccord sur les fondamentaux — tous pointent les mêmes vents contraires, chocs pétroliers, ralentissement du tourisme, fermeture partielle de la frontière thaïlandaise — qu'aux hypothèses retenues sur l'ampleur et la durée de ces chocs. La BAsD, par exemple, conditionnait encore en avril sa prévision de 4,5 % à une non-aggravation du conflit au Moyen-Orient, tandis que l'AMRO évoquait dès cette date des « risques baissiers significatifs » susceptibles de ramener la croissance sous les 3 %.

Diversification et stabilité macroéconomique en toile de fond

Chea Serey a attribué la résilience relative de l'économie cambodgienne à la stabilité politique et macroéconomique entretenue par le gouvernement du Premier ministre Hun Manet, ainsi qu'aux réformes structurelles engagées dans le cadre du premier volet de la « Stratégie pentagonale », censée accélérer la diversification économique du pays. Le FMI, de son côté, insiste sur la nécessité de réformes plus profondes — amélioration du climat des affaires, gouvernance, diversification des exportations, sécurité énergétique — pour consolider durablement la trajectoire de croissance, au-delà des mesures de soutien conjoncturel.

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