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Cambodge : Cambodge : les enseignes thaïlandaises reculent, les PME locales avancent

il y a 55 minutes
5 min de lecture

Un an après les affrontements frontaliers, les importations cambodgiennes de produits thaïlandais ont reculé de plus d'un tiers. PTT, Mama ou Major Cineplex réduisent la voilure ou se retirent. Les producteurs locaux revendiquent des parts de marché inédites, mais se heurtent au manque de capitaux, à la bureaucratie et à la contrefaçon.

Stand d'une marque cambodgienne de soins et cosmétiques lors d'un salon de produits locaux
Stand d'une marque cambodgienne de soins et cosmétiques lors d'un salon de produits locaux

En deux ans, CP All avait fait de 7-Eleven une enseigne familière des Cambodgiens. Le premier magasin a ouvert à Phnom Penh en août 2021. Le réseau comptait 60 points de vente en avril 2023, et le groupe thaïlandais visait la centaine avant la fin de l'année. Ses rayons faisaient la part belle aux produits thaïlandais. C'était un atout. Depuis l'été 2025, c'est devenu un handicap.

Un commerce bilatéral en recul d'un tiers

La rupture commence avant les combats. En juin 2025, Phnom Penh suspend ses importations de carburant et de gaz thaïlandais, après avoir interdit les fruits et légumes du voisin. Bangkok ferme dans la foulée ses sept postes-frontières internationaux. Les affrontements de juillet, puis un second épisode de près de trois semaines en décembre, installent la fermeture dans la durée.

Les chiffres des douanes cambodgiennes (GDCE) mesurent le choc. Sur les huit premiers mois de 2026, les échanges bilatéraux s'établissent à 1,81 milliard de dollars, en baisse de 32 % sur un an. Les importations en provenance de Thaïlande reculent de 37,5 %, à 1,33 milliard. Les exportations cambodgiennes résistent mieux, à 479,9 millions (-10,3 %). Le déficit commercial du royaume avec son voisin est quasiment divisé par deux, à 849 millions de dollars.

La contraction ralentit toutefois : le repli annuel est passé de 43,5 % en janvier à 32,7 % en juillet. La Thaïlande reste le cinquième partenaire commercial du Cambodge, derrière la Chine, les États-Unis, le Vietnam et le Japon. Les marchandises transitent désormais par le Laos, la mer ou l'air.

Hors carburant et gaz, aucune interdiction ne vise les produits thaïlandais. Le directeur général des douanes, Kun Nhem, l'a rappelé en novembre 2025 : acheter ou non relève du choix des consommateurs. Pour Lim Heng, vice-président de la Chambre de commerce du Cambodge, ce boycott reste pourtant la principale cause de l'effondrement des échanges. En magasin, des acheteurs vérifient les codes-barres pour écarter le préfixe thaïlandais 885 au profit du 884 cambodgien.

Une cliente examine un produit dans un supermarché cambodgien
Une cliente examine un produit dans un supermarché cambodgien

PTT, Mama, Major : les groupes thaïlandais revoient leur copie

Pour les entreprises thaïlandaises, l'addition est lourde. Les ventes de carburant d'OR, filiale de distribution de PTT, ont chuté de 72,8 % au premier trimestre 2026, à 46 millions de litres, contre plus de 150 millions par trimestre avant les combats. Le groupe a engagé une revue en trois temps pouvant aller jusqu'à une sortie ordonnée. Le Cambodge ne pèse que 2 à 3 % de son chiffre d'affaires, mais OR y exploite encore 91 stations et 136 cafés Amazon.

Thai President Foods, fabricant des nouilles Mama, réalisait environ un milliard de bahts de ventes au Cambodge, selon son président, Pun Paniangvait. Le groupe a retiré ce marché de ses prévisions 2026, arrêté son usine locale et reporté la construction d'une nouvelle unité à Phnom Penh. Il compte désormais sur la Chine, l'Inde, la Corée du Sud et le Vietnam pour compenser.

D'autres se retirent ou se font discrets. Major Cineplex a cessé ses activités cambodgiennes en février 2026, après douze ans de présence. Carabao a vu ses revenus internationaux reculer de 40 % au premier trimestre, le Cambodge figurant parmi les marchés en cause. Mistine, qui y réalisait plus de 300 millions de bahts de ventes, a réduit ses dépenses marketing. Plusieurs marques ont réduit la taille de leur logo, voire masqué leur nom sur les emballages. Un fabricant de produits de première nécessité envisage même de relancer son usine sous une marque cambodgienne.

Les PME locales revendiquent 30 % du marché

Côté cambodgien, les organisations patronales affichent leur optimisme. Selon Te Tangpor, président de la Fédération des associations de PME du Cambodge (FASMEC), les produits locaux représentent jusqu'à 30 % du marché intérieur, contre environ 2 % il y a vingt ans. La même fédération estime que la demande a progressé d'environ 30 % en un an. Ces chiffres ne font l'objet d'aucune statistique officielle.

Certains segments s'y prêtent. Dans le lait frais, Khmer Fresh Milk exploite depuis fin 2020 la ferme Kirisu, 300 hectares à Bati, dans la province de Takeo, inaugurée officiellement par le Premier ministre Hun Manet en avril 2024. En 2021, l'un de ses cofondateurs estimait qu'environ 80 % du lait frais vendu dans le royaume était importé des pays voisins. Dans les cosmétiques, Boran Care, fondée en 2019 par Nhim Sorida, fabrique ses soins naturels à Banteay Meanchey, la province frontalière de Poipet.

Plusieurs marques cambodgiennes ont aussi annoncé qu'elles cesseraient de produire en Thaïlande pour rapatrier leur fabrication.

Poisson effiloché en conserve d'un producteur cambodgien, lors d'un salon de produits locaux
Poisson effiloché en conserve d'un producteur cambodgien, lors d'un salon de produits locaux

Capitaux, bureaucratie : les goulets d'étranglement

Encore faut-il pouvoir suivre. Hem Hema, patron de Yeaksa Laundry Franchise, explique qu'enregistrer une entreprise peut impliquer plus d'une douzaine de ministères et d'administrations. Hun Manet a appelé à simplifier d'urgence les procédures d'enregistrement et de licence.

Le financement reste le premier frein. Les banques exigent le plus souvent un terrain en garantie. Les taux proposés aux petites entreprises oscillent entre 6,5 % et 8,5 %, selon la SME Bank of Cambodia. Nuth Samphors, fondatrice du fabricant de produits ménagers LSV Industry, souligne que les importations restent souvent moins chères, produites à plus grande échelle, et que les grands groupes achètent les meilleurs emplacements en rayon.

La contrefaçon suit la demande

La vague « made in Cambodia » attire aussi les fraudeurs. En août 2025, les inspecteurs de la Direction générale de la protection des consommateurs (CCF) ont trouvé des codes-barres cambodgiens apposés sur du lait sucré importé par KOFI : 144 cartons sur 205 avaient été réétiquetés. Un rappel a été ordonné sous deux jours. En mai 2026, à Kampot, la CCF a découvert du sucre thaïlandais reconditionné dans des sacs étiquetés en vietnamien.

Les producteurs locaux en sont aussi victimes. En juillet, près de sept tonnes de contrefaçons fabriquées en Chine sous emballage local ont été saisies à Phnom Penh, visant un produit de LSV Industry. La FASMEC elle-même met en garde ses membres contre la tentation de profiter de l'élan avec des produits contrefaits ou de qualité médiocre.

Une conjoncture qui se dégrade

Ce rééquilibrage intervient dans une économie qui ralentit. En avril, la Banque mondiale a abaissé sa prévision de croissance pour 2026 à 3,9 %, après 4,8 % en 2025. L'ADB anticipe un net ralentissement des services, de 3,4 % à 2,3 %, le temps que l'économie absorbe la fermeture de la frontière.

À Bangkok, Thai President Foods ne renonce pas au marché cambodgien. Pun Paniangvait n'attend pas de reprise cette année, mais assure que le groupe est prêt à vendre de nouveau dès que la demande reviendra. Les postes-frontières, eux, restent fermés.

Lire aussi : Boycott des produits thaïlandais au Cambodge : premiers effets — https://www.cambodgemag.com/post/boycott-of-thai-products-in-cambodia-first-impact

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