Temple de Preah Vihear : Phnom Penh oppose 562 zones endommagées et 501 cratères aux accusations de Bangkok
Le ministre cambodgien de l'information, Neth Pheaktra, s'appuie sur le rapport de la mission UNESCO-ICOMOS et sur les relevés des démineurs du CMAC pour chiffrer les destructions subies par le temple lors des combats de 2025. La Thaïlande affirme de son côté que des soldats cambodgiens occupaient le site.

Le gouvernement cambodgien a choisi de répondre par des chiffres. Dans un message publié sur Facebook le 12 septembre, Neth Pheaktra a dressé l'inventaire des dégâts constatés au temple de Preah Vihear après les affrontements frontaliers de juillet et de décembre 2025 : 562 zones endommagées, 501 cratères d'impact. Ces éléments, a-t-il écrit, peuvent être vus, mesurés et vérifiés de manière indépendante. Les interprétations peuvent diverger, selon lui, mais les traces physiques demeurent sur le site.
Le message est paru le jour même où l'armée thaïlandaise présentait à la presse ce qu'elle décrit comme des preuves d'une occupation militaire du temple par le Cambodge.
Le temple, attribué au Cambodge par la Cour internationale de justice en 1962, est inscrit sur la Liste du patrimoine mondial depuis 2008. Il a déjà été touché lors des incidents armés de 2008 à 2011.
Le rapport UNESCO-ICOMOS au cœur du dossier
Le ministre cite d'abord le rapport de la mission consultative conjointe du Centre du patrimoine mondial de l'UNESCO et du Conseil international des monuments et des sites (ICOMOS), rendu public le 9 septembre. Les deux experts, Mechtild Rössler pour l'UNESCO et Pierre Smars pour l'ICOMOS, se sont rendus sur place début mars 2026, à l'invitation de Phnom Penh. Aucune mission internationale officielle ne s'y était rendue depuis 2009.
Le document, d'une centaine de pages, reprend les relevés de l'Autorité nationale pour Preah Vihear (ANPV). Celle-ci a recensé 142 zones endommagées lors des combats de juillet 2025 et 420 lors de ceux de décembre. Chaque impact a été photographié, décrit et géoréférencé. La visite n'a pas permis une inspection exhaustive. Les experts disent toutefois avoir pu confirmer la qualité et l'objectivité de ce travail.
Leurs conclusions sont sévères. L'ampleur des destructions est jugée sans commune mesure avec celle des conflits antérieurs. L'intégrité, l'authenticité et la valeur universelle exceptionnelle du bien sont atteintes. Les experts décrivent des éléments architecturaux détruits par des tirs directs, d'autres renversés ou disloqués par le souffle des explosions. Des frontons sont tombés. La plupart des parois portent des traces d'éclats. Les bombardements pourraient avoir fragilisé les falaises sur lesquelles repose l'édifice. La mission estime que le temple est menacé de dangers graves et précis, au sens de la Convention du patrimoine mondial.
501 cratères recensés par le CMAC
Neth Pheaktra ajoute à ce constat les relevés techniques du Centre cambodgien de lutte antimines (CMAC). L'organisme a identifié 501 cratères attribués à des bombes aériennes, à des tirs d'artillerie et à des drones : 78 après les combats de juillet, 423 après ceux de décembre. Ces chiffres ont aussi été présentés lors d'une conférence du CMAC consacrée aux restes explosifs du conflit, rapporte le Khmer Times.
Selon le ministre, les démineurs ont retrouvé des traces de bombes aériennes MK-82, d'armes à sous-munitions et d'obus de 105, 125 et 155 mm. Les dégâts touchent l'ancienne chaussée, les fondations, les murs, les piliers, les linteaux, les frontons et plusieurs parties des cinq gopura, les pavillons d'entrée du temple.
Le rapport UNESCO-ICOMOS fait lui aussi état, sur la foi des informations fournies par le CMAC, de tirs d'artillerie moyenne et lourde, de sous-munitions, de drones et d'obus de mortier.
La grue du gopura V, objet de deux récits
Neth Pheaktra insiste sur le gopura V, où le Cambodge et l'Inde menaient un projet de conservation. Des photographies antérieures aux combats montrent une grue et des échafaudages installés contre la structure. Les images prises ensuite montrent d'importants dégâts, dont l'effondrement de la grue.
Le rapport international confirme la destruction de matériel de restauration et d'équipements touristiques : grues, atelier de taille de pierre, station météorologique, centre d'interprétation. L'armée thaïlandaise a une autre lecture. Elle a reconnu avoir visé une grue sur le site, affirmant qu'elle faisait partie d'un dispositif militaire de commandement et de contrôle, selon l'Associated Press.
Bangkok invoque un usage militaire du site
La Thaïlande ne nie pas les frappes. Elle conteste leur lecture. Le 12 septembre, le général d'armée aérienne Prapas Sornchaidee, directeur du Centre conjoint d'information sur la situation Thaïlande-Cambodge, a affirmé que le temple n'avait pas été pris pour cible et a évoqué des dommages collatéraux. Il dit disposer de preuves que les forces cambodgiennes utilisaient la zone comme position militaire : images aériennes, coordonnées, photographies de lance-roquettes antichars, d'armes légères et de positions antiaériennes. Bangkok réclame un examen indépendant de ces éléments.
Le responsable thaïlandais a toutefois reconnu que la présence de troupes ne ferait pas automatiquement perdre au temple sa protection juridique. Le porte-parole de l'armée, le général Winthai Suvaree, soutient que les tirs visaient uniquement des cibles militaires. Dès février, le ministre des affaires étrangères, Sihasak Phuangketkeow, avait expliqué à l'UNESCO que les dégâts n'auraient pas eu lieu si le Cambodge n'avait pas utilisé le site comme base et comme dépôt d'armes. L'organisation avait pris acte sans prendre position.
Phnom Penh dément tout usage militaire. Le ministère cambodgien de la culture affirme que le temple est sous contrôle civil. Neth Pheaktra juge les accusations thaïlandaises infondées. Selon lui, elles reposent sur des images dont le lieu, la date et le contexte n'ont pas été vérifiés de façon indépendante. Une arme visible sur une photo, fait-il valoir, ne prouve pas qu'un lieu frappé à un moment précis constituait une cible militaire. Il demande à Bangkok de produire des éléments vérifiables.
Les deux pays sont parties à la Convention de La Haye de 1954 pour la protection des biens culturels en cas de conflit armé. Le rapport rappelle que ce texte prévoit une responsabilité pénale individuelle pour quiconque endommage un bien culturel ou en ordonne la destruction.
Déminage et garanties de non-reprise des hostilités
La mission appelle à une action urgente. Elle recommande de sécuriser les structures les plus instables, d'achever la documentation et de protéger les fragments tombés. Le déminage doit précéder toute intervention de conservation. Les experts plaident pour des négociations multilatérales afin d'obtenir des garanties contre de nouvelles hostilités. Ils souhaitent aussi une relance de la commission mixte des frontières et une participation de la Thaïlande au Comité international de coordination pour la sauvegarde du site.
Sur le terrain, le directeur général de l'ANPV, Kong Puthikar, indique que le CMAC a inspecté le temple et environ 70 hectares alentour. Les équipes cambodgiennes ont consolidé trois zones gravement touchées. Neuf autres attendent encore un financement d'urgence.








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