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Cambodge : l'électricité chère freine la montée en gamme de l'industrie

il y a 2 heures
3 min de lecture

Le Cambodge produit plus de courant et l'a étendu à presque tous les foyers. Mais pour les industriels, il reste l'un des plus chers d'Asie du Sud-Est, et il manque de fiabilité. Un rapport de l'AMRO y voit un frein aux filières plus rentables.

Cambodge : l'électricité chère freine la montée en gamme de l'industrie

Le Cambodge a réussi à électrifier le pays. Il peine encore à fournir à ses usines un courant bon marché et stable. C'est le constat de l'AMRO, le centre de recherche macroéconomique de l'Asean+3, dans son rapport annuel 2026 sur le royaume. Pour l'institution, l'électricité pèse sur la capacité du Cambodge à monter en gamme dans les chaînes de valeur mondiales, alors que le pays doit sortir du statut de pays moins avancé en 2029.

Un réseau étendu, des tarifs élevés

Les progrès sont réels. L'électricité livrée est passée de 19 972 à 22 361 gigawattheures entre 2024 et 2025, soit 12 % de plus. Selon l'AMRO, 95,9 % des ménages ont désormais accès au courant. Les villages couverts par une licence représentent 99,9 % du total.

Le problème se situe côté industrie. En 2024, un industriel cambodgien payait en moyenne 179 dollars le mégawattheure. En Thaïlande, la facture tombait à 108 dollars, en Malaisie à 99, au Viêt Nam à 81 et en Chine à 56. Le voisin vietnamien affiche donc un tarif industriel inférieur de plus de la moitié, un écart qui compte dans le choix d'un site d'implantation.

Des coupures qui coûtent de la productivité

La fiabilité pose aussi question. Dans l'enquête de la Banque mondiale de 2023, 42,8 % des entreprises cambodgiennes disent avoir subi des coupures. La proportion atteint 55,7 % dans l'industrie et 82,9 % dans la confection. Une usine de confection connaît en moyenne 2,3 coupures par mois.

L'effet est mesurable. Une étude portant sur 84 pays en développement, dont le Cambodge, estime que les entreprises exposées aux coupures affichent une productivité inférieure d'environ 11 % à celle des entreprises comparables.

Charbon, barrages, importations

Le mix électrique reste fragile. Le charbon fournit 47,7 % de l'électricité produite dans le pays, l'hydraulique 39,7 %. Les importations depuis le Viêt Nam, la Thaïlande et le Laos représentent 7,9 % de l'approvisionnement, contre 8,3 % un an plus tôt.

Les barrages exposent le réseau à la sécheresse et aux caprices des pluies. La plupart ne disposent pas de stockage par pompage, ce qui limite la gestion des saisons sèches et humides. Le réseau de transport, lui, est morcelé. L'AMRO relève des postes surchargés, des goulets d'étranglement et de fortes pertes techniques.

Pourquoi l'industrie est concernée

L'AMRO s'appuie sur la « courbe du sourire ». Dans une chaîne de production, la valeur ajoutée est forte à l'amont (recherche, composants, matières), faible au milieu (l'assemblage) et remonte à l'aval (marque, marketing, service après-vente).

C'est là que l'électricité devient un obstacle. Le Cambodge se concentre sur l'assemblage, peu gourmand en courant. Coudre un vêtement consomme environ 147 mégawattheures par million de dollars de valeur ajoutée. Fabriquer le tissu en demande 932, plus de six fois plus. Or tout le tissu utilisé au Cambodge est importé. Il représente environ la moitié de la valeur de chaque vêtement exporté.

Même schéma dans l'automobile. Depuis la loi sur l'investissement de 2023, plusieurs constructeurs se sont installés. Mais ils assemblent des véhicules livrés en pièces détachées pour le marché local, avec presque tous les composants importés. Pour remonter la chaîne, le pays devra transformer des matières et fabriquer des composants. Ces étapes exigent un courant plus abondant et plus stable.

L'exemple des pneus

Un cas montre que l'électricité fiable change la donne. Entre 2023 et 2025, les exportations de pneus ont presque quadruplé. Plusieurs usines se sont installées dans des zones économiques spéciales, qui offrent un courant plus sûr que le réseau général.

La zone de Sihanoukville, qui accueille la première grande usine, dispose de sa propre centrale à charbon de 100 mégawatts. Le pays possède aussi une solide base de caoutchouc naturel. L'AMRO y voit la possibilité de capter davantage de valeur ajoutée, si les planteurs et les usines des zones s'organisent mieux.

Le solaire, le stockage et le réseau

Pour desserrer la contrainte, l'AMRO mise d'abord sur le solaire. Il a fourni 10,2 % de l'électricité livrée en 2025, dont 8,9 % par des centrales et 1,3 % par des toitures. Le prix des panneaux et des batteries a fortement baissé. Une centrale solaire se construit aussi plus vite qu'une centrale à charbon ou qu'un barrage.

Il faudra pourtant renforcer le réseau, réduire les pertes et développer le stockage. L'AMRO plaide aussi pour une intégration plus poussée au réseau électrique de l'Asean. Le Cambodge et le Laos ont signé un cadre commun pour développer leurs interconnexions.

Source : AMRO, Annual Consultation Report Cambodia 2026, annexe 3 « Electricity as a Structural Constraint to Cambodia's GVC Upgrading ».

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