Casques bleus : le Cambodge fête vingt ans de missions sous le drapeau de l’ONU
Il y a trente ans, le Cambodge accueillait les Casques bleus de l’APRONUC. Depuis 2006, il en envoie. Samedi 24 octobre, à Kampong Speu, le gouvernement a célébré deux décennies de participation aux opérations de paix des Nations unies : 74 contingents, 10 914 militaires, dix pays. Un bilan qui tombe au moment où l’ONU réduit ses effectifs et prépare la fin de sa mission au Liban.

Une cérémonie à Kampong Speu
La cérémonie s’est tenue au Centre d’entraînement multinational des forces de maintien de la paix, dans la province de Kampong Speu, sous la présidence du Premier ministre Hun Manet. Vladanka Andreeva, coordonnatrice résidente des Nations unies au Cambodge, y assistait. L’anniversaire a coïncidé avec l’inauguration officielle de nouvelles installations de cette école, située dans le district de Phnom Sruoch.

Le chef du gouvernement a lu ces vingt années comme le récit d’une transformation. « La participation du Cambodge aux opérations de paix de l’ONU marque aussi le passage d’un pays ravagé par la guerre, autrefois qualifié de "champ de la mort" et de zone d’insécurité, à un nouveau Cambodge qui joue un rôle important dans l’ordre régional et contribue à la paix mondiale », a-t-il déclaré, selon l’agence officielle AKP. Il en attribue le mérite à la politique « gagnant-gagnant », qui a mis fin à la guerre civile.
La responsable onusienne n’en est pas à son premier hommage. Reçue par Hun Manet en mars dernier, Vladanka Andreeva avait déjà salué la contribution cambodgienne aux missions de paix au cours des vingt dernières années.
Avril 2006, le premier départ
Le vice-Premier ministre et ministre de la Défense, Tea Seiha, a rappelé la date fondatrice : le 12 avril 2006, la 135e compagnie de déminage, forte de 135 militaires, partait pour le Soudan. Le Sudan Tribune rapportait alors que des moines bouddhistes avaient aspergé d’eau bénite et de pétales de fleurs les soldats en partance pour cette première mission onusienne. Hun Sen, alors Premier ministre, leur avait dit qu’ils entraient dans l’histoire du pays comme les tout premiers Casques bleus cambodgiens.
Le symbole était fort. Au début des années 1990, après les Accords de Paris, c’est l’ONU qui avait envoyé des forces au Cambodge, notamment pour organiser les élections de 1993.
De quelques centaines à près de 11 000
La montée en puissance a été progressive. Fin 2013, le Cambodge comptait 341 Casques bleus, dont 11 femmes, et se classait 43e parmi les pays contributeurs. En 2016, pour le dixième anniversaire, 3 557 soldats avaient déjà servi dans des missions africaines. En 2019, le ministère de la Défense en recensait 6 053, dont 285 femmes. Début 2025, le cap des 10 000 approchait.
Selon Tea Seiha, le total atteint aujourd’hui 74 contingents et 10 914 militaires, dont 1 083 femmes, déployés dans dix pays : Soudan, Soudan du Sud, Tchad, Liban, Chypre, Syrie, Mali, République centrafricaine, Yémen et République démocratique du Congo. Le Petit Journal Cambodge évoque pour sa part douze missions distinctes dans ces dix pays.
Les motivations de Phnom Penh ne sont pas seulement altruistes. Dans une étude de 2014, le chercheur Vannarith Chheang, de l’Institut cambodgien de coopération et de paix, estimait que la première raison était la volonté du gouvernement d’améliorer l’image du pays et son poids sur la scène internationale.
Des démineurs avant tout
Les Casques bleus cambodgiens ont servi dans neuf spécialités : déminage, police militaire, génie horizontal et vertical, génie aéroportuaire, hôpitaux de niveau 2, neutralisation d’engins explosifs, officiers d’état-major et observateurs militaires.
Le déminage reste leur marque de fabrique. Le pays sait de quoi il parle. Une présentation officielle de 2009 estimait entre 4 et 6 millions le nombre de mines posées sur le territoire entre 1970 et 1998. Cette expérience accumulée sur son propre sol a été exportée. C’est le Centre national de gestion des forces de maintien de la paix, du déminage et des restes explosifs de guerre (NPMEC) qui gère à la fois les déploiements à l’étranger et le déminage dans le pays.
Les femmes, une singularité
Avec près de 10 % de femmes sur l’ensemble des déploiements, le Cambodge se distingue. Fin 2022, d’après les chiffres de l’ONU, il se classait 5e sur 78 pays contributeurs pour la part de femmes parmi ses Casques bleus déployés. En 2024, ONU Femmes le présentait comme le premier contributeur de femmes Casques bleus de l’ASEAN. Il est aussi le premier État de l’ASEAN à avoir mené une étude sur les obstacles au déploiement des femmes dans ces missions.
Un prix humain
Ces missions ont un coût. Au bout de dix ans de déploiement, quatre soldats cambodgiens avaient été tués et cinq autres blessés. Samedi, le ministère n’a pas communiqué de bilan actualisé.
Moins de Casques bleus, et le Liban qui s’éloigne
Aujourd’hui, 475 militaires cambodgiens servent au Soudan, au Soudan du Sud, au Liban, en République centrafricaine et en RDC. Au 31 mars 2025, ils étaient 689, dont 132 femmes, et le pays occupait le 28e rang des contributeurs. La baisse dépasse 30 % en un an et demi.
Elle intervient dans un contexte de crise financière à l’ONU. Les États-Unis, attendus à hauteur de 1,3 milliard de dollars, ont informé l’organisation qu’ils ne verseraient qu’environ 682 millions pour l’exercice 2025-2026. Les missions ont reçu l’ordre de réduire leurs dépenses de 15 %, soit une baisse d’environ 25 % du personnel en uniforme et civil.
Au Liban, l’horizon est fixé. La résolution 2790 du Conseil de sécurité prolonge une dernière fois le mandat de la FINUL jusqu’au 31 décembre 2026, avant un retrait ordonné dans un délai d’un an. Le contingent cambodgien, présent dans le sud du pays depuis plus d’une décennie, devra donc plier bagage. En 2014 déjà, il comptait 184 militaires au sein de la FINUL.
Tea Seiha a conclu en affirmant que la participation du Cambodge reflète son engagement en faveur de la coopération internationale et de la protection des civils. La prochaine étape se jouera à New York, au gré des budgets et des mandats.








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