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Cambodge & Diaspora : Entre deux — le film qui murmure ce que les générations taisent

Un réalisateur franco-cambodgien, une petite fille tiraillée entre deux cultures, et le conte comme seul fil capable de relier les vivants aux disparus. Rotha Etienne Moeng signe un projet cinématographique aussi intime qu'universel.

Rotha Etienne Moeng
Rotha Etienne Moeng

Il avait onze ans. Dans ses valises, peu de choses — mais dans sa mémoire, des contes cambodgiens que sa famille lui avait transmis comme on passe un talisman. Des histoires de mères métamorphosées en poissons-éléphants pour rester près de leurs enfants. Des récits où la mort n'est pas une fin, mais une transformation. Trente ans plus tard, Rotha Etienne Moeng tire de ces bribes d'enfance la matière d'un film : Entre deux.

Ce court-métrage de fiction, mêlant prises de vues réelles et animation, est né d'un deuil très concret : la disparition de sa cousine, mère de deux jeunes enfants. Lors de la cérémonie du septième jour, ses enfants lui posent une question désarmante de simplicité : « Qu'est-ce que ça veut dire, la réincarnation ? » La réponse, Moeng la cherchera dans les images plutôt que dans les mots.

« Les histoires que nous transmettons aux enfants sont souvent une manière de les aider à apprivoiser les grandes questions de la vie. » Rotha Etienne Moeng, réalisateur

Amélie, entre France et Cambodge

L'héroïne du film s'appelle Amélie. Elle a onze ans — l'âge même auquel Moeng a traversé la Méditerranée. Née d'un père français et d'une mère cambodgienne, Amélie perd cette dernière et tente, seule, de donner un sens à l'absence. C'est dans les contes que sa mère lui racontait — en khmer, cette langue musicale qui sonne comme une berceuse — qu'elle trouvera le chemin pour continuer.

Inspiré du conte cambodgien Moranak Meada, le film imagine que la mère disparue, Bopha, lui apparaît sous la forme d'un poisson-éléphant dans un monde aquatique animé. L'eau devient frontière symbolique : entre les vivants et les morts, entre la France et le Cambodge, entre le réel et l'imaginaire. Chaque plongée dans cet univers fait basculer le film du documentaire vers le dessin animé — une transition formelle qui incarne, visuellement, le passage d'une culture à l'autre.

Le français et le khmer coexistent dans le film. Le conte lu par la mère retentit en khmer, sous-titré. Les dialogues des séquences animées sous-marines aussi. Un choix politique autant qu'esthétique : affirmer la beauté et la musicalité d'une langue trop souvent marginalisée, et renforcer le lien entre les deux pays d'Amélie.

Une écriture à quatre mains

Le scénario est né d'une rencontre : celle de Moeng avec Sophie Bois, romancière et scénariste. Elle apporte la rigueur de la structure narrative ; lui apporte la chair vivante de sa double mémoire. Ensemble, ils font le voyage au Cambodge — pour se perdre dans les temples d'Angkor, observer, toucher du doigt la culture khmère. Sophie découvre pour la première fois le pays dont les contes baignent le film. De ce voyage, ils reviennent transformés, et l'écriture s'enrichit d'un regard plus juste.

« Nous avons vu, tous les deux, les signes, les synchronicités, et ce que nous pouvions faire ensemble de nos complémentarités. » Rotha Moeng & Sophie Bois

Phare, pont vivant entre les cultures

L'animation du film sera réalisée par les artistes de Phare Creative Studio, à Battambang — branche artistique de l'école Phare Ponleu Selpak, institution emblématique du renouveau culturel cambodgien. À leur tête : Pagna Chan, chef de projet, lui-même ancien élève de Phare, ensuite formé à l'École Pivaut de Nantes. Sa trajectoire est à l'image du film : une vie entre deux.

Son film de fin d'études, Offrande, avait déjà hanté l'imaginaire de Moeng lors de la cérémonie de sa cousine. Une œuvre qui en appelle une autre, une transmission qui génère une nouvelle transmission. La collaboration s'inscrit aussi dans la continuité du travail de mémoire initié par le cinéaste Rithy Panh — dont la société Anupheap Production coproduit le film, lui offrant un ancrage cambodgien incontestable.

Francophonie 2026

En automne 2026, le Cambodge accueillera le 20ème Sommet international de la Francophonie. Raconter l'histoire d'une enfant entre la France et le Cambodge prend alors une résonance particulière. Entre deux souhaite participer, modestement mais sincèrement, à ce dialogue vivant entre les cultures francophones.

Pourquoi ce film doit exister

Dans une époque où les repères se fragmentent et où les identités se tissent entre plusieurs héritages, Entre deux rappelle quelque chose d'essentiel : les récits que nous passons aux enfants leur donnent les outils pour traverser la perte, comprendre l'étrange et trouver leur place dans le monde. Ce n'est pas de la nostalgie. C'est de la survie.

Le film ne tranche pas entre les cultures : il les laisse coexister, se croiser, s'enrichir mutuellement. Comme Amélie qui apprend à vivre en France sans renoncer au Cambodge de sa mère. Comme Moeng qui a grandi entre deux langues, deux imaginaires — et qui en a fait une œuvre.

Devenez co-passeur de mémoire

Votre soutien contribuera à la création des séquences d'animation, au tournage entre la France et le Cambodge, à la musique originale et à la diffusion dans les festivals internationaux. Un film qui parle à tous ceux qui ont grandi entre deux mondes.

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