Cambodge & Culture : Shanghai Chang rejoint Art for Kep : une résidence au carrefour de l'identité et du mouvement
- La Rédaction

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À compter du 20 juin 2026, Art for Kep accueille Shanghai Chang pour une résidence d'un mois au sein du cadre singulier de Knai Bang Chatt, à Kep. Artiste contemporain, cinéaste et cofondateur notable du Homeless Artists Collective, Shanghai Chang est basé à Phnom Penh et son travail traverse de nombreuses disciplines créatives, témoignant d'un engagement profond avec les paysages culturels et sociaux en mutation du Cambodge.

Sa présence à Kep marque une nouvelle étape dans la trajectoire d'un programme de résidence qui s'affirme, saison après saison, comme l'un des plus exigeants de la région.
Un artiste ancré dans l'expérimentation
Shanghai Chang est un designer textile classiquement formé, diplômé en Fashion Design et Photography de la Limkokwing University of Creative Technology. Mais c'est dans les marges de sa formation académique qu'il forge sa voix propre. Attiré par la photographie et le film à travers un cours de photographie de mode, il commence à expérimenter artistiquement — et ce n'est qu'en 2017, à la rencontre d'un curateur influent, qu'il découvre les vidéos expérimentales de Thaïlande et d'Europe et envisage de créer quelque chose de similaire.
Le résultat est immédiat et remarqué. En 2018, il réalise son premier court-métrage expérimental, Mélancolie (n.), qui explore le trauma, l'isolement, la mémoire, la perte et la résilience de l'esprit humain. Le film est sélectionné pour sa première officielle dans la catégorie « Cambodia In Shorts » lors de la 9e édition du Cambodia International Film Festival. L'approche expérimentale du film lui vaut également d'être retenu dans le cadre du programme S-Express au SeaShorts Film Festival, conduisant à sa première internationale et à sa diffusion dans plusieurs festivals à travers l'Asie du Sud-Est.
En 2019, Chang réalise son second court-métrage expérimental, Prey Sar, qui approfondit son regard sur les contraintes sociétales et la liberté individuelle. Le film est sélectionné pour le programme de courts-métrages cambodgiens au Phnom Penh International Film Festival ainsi que pour l'édition 2021 de La Fête du court métrage à l'Institut français du Cambodge.
Sa pratique ne se limite pas au cinéma. Elle inclut la mode expérimentale et conceptuelle, la photographie, le film, l'art vidéo et l'installation. Ses créations textiles, inspirées de la mode européenne du XVIIe siècle, renvoient à son ambition d'enfance de devenir ballerine — un rêve délicat pour un garçon issu d'une famille modeste cambodgienne dans une société aux rôles de genre fortement prédéterminés. C'est cette tension entre appartenance et transgression, entre héritage et hybridité, qui traverse l'ensemble de son œuvre.

Le Homeless Artists Collective : l'art comme communauté
Many Sin, Sosoth « Kwan » Sovankong et Shanghai Chang sont les trois artistes à l'origine du Homeless Artists Collective, forgé à Phnom Penh. Fondé en 2018, le groupe s'est constitué autour d'un intérêt commun pour les arts et la fréquentation d'expositions. Après une année passée à vivre ensemble dans un espace créatif, le nom du collectif est né d'une anecdote devant un marchand de nouilles au sortir d'une conférence à Kon Len Khnhom, un espace artistique communautaire.
Pour leur deuxième exposition, 180°, présentée au Mirage Contemporary Art Space de Siem Reap, les trois artistes explorent ce qui les unit au-delà de leur amitié — leurs expériences à la tête d'une nouvelle génération d'artistes contemporains cambodgiens. Le collectif incarne une dynamique rare dans le paysage artistique local : celle d'une création multidisciplinaire, sans compromis sur l'exigence conceptuelle.

Art for Kep : un programme qui s'affirme
La résidence dans laquelle s'inscrit Shanghai Chang est l'une des plus ambitieuses du Cambodge. Art for Kep est une initiative portée par Knai Bang Chatt, dont la mission est de transformer le paysage côtier de Kep par la puissance de l'art, de la culture et de la conservation. Sa vision s'articule autour de trois piliers : l'Art, Kep Music City et la Conservation et Restauration Marine.
Les résidents sont hébergés dans d'anciens logements de personnel rénovés sur le domaine de Knai Bang Chatt, avec un espace studio, un logement, les repas et l'accès aux réseaux communautaires du resort. La sélection s'effectue via un processus d'évaluation anonyme par un comité indépendant composé de Dr. LinDa Saphan, artiste et historienne culturelle cambodgienne et Fulbright Scholar ; Pierre-André Romano, fondateur de Satcha et du Sar Modern Art Museum à Siem Reap ; et Reaksmey Yean, commissaire d'exposition cambodgienne et co-fondatrice de Silapak Trotchaek Pneik.
Depuis son lancement, le programme a accueilli des artistes aux profils marquants. En mars 2026, l'atelier-galerie de la résidence a accueilli un travail photographique de Walter Koditek, urbaniste, auteur et photographe allemand basé à Siem Reap, dont les ouvrages incluent Hong Kong Modern Architecture of the 1950s-1970s et le Guide architectural de Phnom Penh — une résidence centrée sur le patrimoine moderniste de Kep, documenté par la recherche archivistique et la photographie grand format. La récente cohorte a également compté Karona Hoeuy et Kanha Hul. Hoeuy, artiste visuel originaire de Siem Reap, a été fasciné par les nasses à crabes recouvertes de plastique qu'il a observées sur le littoral — des structures envahies par la vie marine, qui sont devenues le sujet central d'une série de peintures réalisées pendant la résidence. Et c'est à Kep également qu'Emmanuel Pézard, écrivain français, a passé plusieurs mois à écrire depuis le paysage même qu'il reconstruisait sur la page — une boucle étrange de mémoire et d'invention, où les ruines dehors devenaient le décor de douze nouvelles couvrant un siècle d'histoire cambodgienne.

Kep comme miroir
Pour Shanghai Chang, dont l'œuvre interroge sans relâche l'identité, le déplacement et l'hybridité culturelle, Kep offre un terrain d'une richesse particulière. La ville est un petit bourg côtier du sud du Cambodge, face au Golfe de Thaïlande. Sous la colonisation française, elle fut la villégiature balnéaire par excellence du pays. Les villas modernistes construites dans les années 1950, fruit du mouvement de la Nouvelle Architecture Khmère portée par Vann Molyvann, lui confèrent une distinction architecturale rare. Les Khmers rouges en chassèrent les habitants dans les années 1970, et nombre de ces structures demeurent en ruines.
Ce palimpseste de mémoires — coloniale, royale, traumatique, en voie de renaissance — est précisément le type de territoire où la pratique de Shanghai Chang peut trouver sa pleine mesure. Photographe, cinéaste, designer conceptuel, il arrive à Kep avec des outils multiples et une question constante : que signifie se mouvoir entre les cultures, les corps, les temps ?
Art for Kep, et avec lui Knai Bang Chatt, continue ainsi de tisser une conversation entre des artistes venus d'horizons différents et un lieu qui n'a jamais cessé de porter les traces de ses transformations.
Shanghai Chang est en résidence à Art for Kep / Knai Bang Chatt à compter du 20 juin 2026.







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