Cambodge & Chronique de Barang : Le bouddhisme khmer, c’est quoi ?

Proposé par Thierry Descamps, belge installé au Cambodge, et qui se définit comme un “néo-expat”, quelques chroniques des petits aléas de la vie d’un expatrié débarquant dans le royaume. C’est bien vu, exprimé comme un candide, sans prétention et probablement utile pour ceux qui souhaiteraient en savoir un peu plus sur l’expatriation au Cambodge. Aujourd’hui, quelques idées à propos du bouddhisme khmer.

Les cambodgiens sont majoritairement bouddhistes mais « à leur façon ». Leur religion se rattache au « petit véhicule », en d’autres termes elle n’a pas vocation directement universaliste et se révèle une philosophie plus qu’une religion puisque pour eux Bouddha n’est pas un dieu mais « l’éveillé ». En gros Les cambodgiens s’occupent de leurs affaires et pas de celles des autres. Mais à la fin il y a un système de réincarnation où chacun est rétribué selon ses mérites.

Neak Ta

Les khmers croient aux Neak Ta, les esprits, mais aussi aux fantômes (j’en ai déjà parlé). Ils sont restés animistes mais vont piocher ailleurs ce qui les intéresse. De plus les royaumes d’Angkor étaient initialement hindouistes et ce n’est que tardivement que les souverains se sont tournés vers le bouddhisme. C’est pour ça qu’a Angkor Wat des représentations en bas reliefs de la Mahabharata et des divinités shivaïtes côtoient des bouddhas en bonne intelligence. Ça fait un peu hétéroclite mais il en faut plus pour perturber les Cambodgiens.

Même pendant la période Khmer rouge, l’Angkar s’est bien gardé de menacer trop ouvertement les moines. On ne sait jamais. Le père François Ponchaud, un spécialiste du Cambodge qui était à Phnom Penh au moment de la prise de la ville par les pyjamas noirs en 1975 et y est resté plusieurs jours avant d’être embarqué manu militari vers la Thailande, expliquait que dans la région de Kampot les Khmers rouges exécutaient leurs victimes dans des grottes connues pour abriter des esprits afin de favoriser le karma et une bonne réincarnation pour les suppliciés. Délicate attention !

Les Cambodgiens vous diront que le passé est le passé et que leurs anciens tortionnaires seront punis plus tard dans leur cycle de réincarnation. La condamnation est largement suffisante et il n’y a pas de raison de faire un procès sinon pour distraire les « barangs ».

La conversion de Douch

Douch, le bourreau en chef, directeur de l’abattoir de Tuol Sleng, tentera une manœuvre originale. Comme, selon toute vraisemblance, il renaîtra en ver de terre ou en mouche à m.... et qu’il le sait, il s'était converti au catholicisme. Les premiers seront les derniers et réciproquement, le pardon des péchés moyennant actes de contrition et la confession (il était après tout un spécialiste reconnu des confessions) ça a dû beaucoup lui plaire. Le Dieu des barangs lui est devenu soudainement très sympathique. Le bouddhisme ici conserve une fonction sociale très importante. Comme il n’y a pas vraiment d’enseignement public de cette religion, les enfants démunis reçoivent une éducation de base dans les pagodes. Et pas question, même pour nous les barangs, d’ouvrir un magasin ou d’emménager dans une maison sans une bénédiction des moines en bonne et due forme avec récitation des mantras et dispersion d’encens.

Thierry Descamps - Illustration Flickr (cc)

APAC_FR_807X123_SERIES.gif

S'abonner à Cambodgemag

  • Instagram
  • Facebook Social Icône
  • Gazouillement
  • LinkedIn Social Icône