Bilan 2025 du tourisme cambodgien : le marché domestique amortit une crise qui s'aggrave en 2026
- La Rédaction

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5,57 millions de touristes internationaux au Cambodge en 2025, contre 6,70 millions l'année précédente : le secteur touristique cambodgien a signé en 2025 sa première vraie contraction depuis la sortie de la pandémie. Le rapport annuel du ministère du Tourisme pointe une cause presque unique, l'effondrement des arrivées terrestres par la frontière thaïlandaise, fermée depuis juin 2025 sur fond de tensions militaires. Porté par le nouvel aéroport Techo, l'aérien a tenu bon, et le tourisme domestique, en forte hausse, a limité la casse dans les provinces épargnées. Mais les premiers mois de 2026 montrent que la crise est loin d'être derrière le pays : la frontière reste fermée, et les arrivées internationales continuent de plonger.

2024, année record ; 2025, le coup d'arrêt
En 2024, le Cambodge avait accueilli 6,70 millions de touristes internationaux, un record absolu porté par une croissance de 22,9 % par rapport à 2023, dans un contexte de rattrapage post-Covid. Le royaume semblait en passe de dépasser durablement son pic pré-pandémie de 2019 (6,61 millions de visiteurs). Douze mois plus tard, la dynamique s'inverse : les arrivées internationales retombent à 5,57 millions, un recul de 16,9 % qui ramène le pays à un niveau proche de 2023.
Le taux d'occupation hôtelière recule dans les mêmes proportions, de 77,8 % à 59,1 %. La durée moyenne de séjour, elle, se contracte plus modestement, de 7,1 à 6,2 jours.
La frontière thaïlandaise, épicentre de la chute
Les statistiques ventilées par mode d'arrivée racontent deux histoires opposées. Les entrées par voie aérienne progressent de 19,2 %, à 2,86 millions de passagers. Les entrées terrestres, à l'inverse, chutent de 37,8 %, à 2,62 millions. Et l'essentiel de cette baisse tient à un seul poste frontière : le trafic entre le Cambodge et la Thaïlande dégringole de 56,8 % sur l'année, à 1,2 million d'arrivées. À Poipet, principal point de passage terrestre du pays, le nombre d'entrées est divisé par plus de deux, de 1,89 million à 836 070.
La conséquence se lit directement dans le classement des marchés émetteurs. En 2024, la Thaïlande était, et de loin, la première source de touristes du Cambodge : plus de 2,1 millions de visiteurs, soit 32 % du total. Un an plus tard, elle recule de 52,4 % et chute à la troisième place, avec 1,02 million d'arrivées. Khmer Times et CNBC l'expliquent par la fermeture de la frontière terrestre à partir de juin 2025, puis par deux séries d'affrontements militaires entre les deux pays, en juillet puis en décembre, chacune suivie d'une vague d'annulations chez les voyageurs internationaux. Le seul mois de décembre affiche un repli de 43,2 % par rapport à l'année précédente.
Chine et Vietnam comblent en partie le vide laissé par la Thaïlande
La géographie des arrivées s'en trouve redessinée. Le Vietnam devient la première source de touristes du Cambodge en 2025, avec 1,22 million d'arrivées (21,9 % du total), un marché resté relativement à l'abri de la crise frontalière, avec un repli limité à 8,8 %, porté surtout par les points d'entrée orientaux du pays. La Chine talonne le Vietnam, à 1,20 million de visiteurs (21,6 %), en hausse spectaculaire de 41,5 %, confirmation du retour en force du marché chinois post-Covid.
D'autres marchés asiatiques traditionnels, en revanche, marquent le pas. Le Laos, dont une bonne partie des visiteurs transitent par la Thaïlande, voit ses arrivées chuter de 60,7 %. La Corée du Sud recule de 20,6 %, Séoul ayant renforcé ses mises en garde consulaires sur les risques d'arnaques en ligne au Cambodge. L'Europe, elle, tient son rang : 12,3 % de part de marché, en légère progression de 3,2 %.
Le pari gagné de l'aérien, porté par le nouvel aéroport Techo
Sur le seul canal aérien, 2025 est une franche réussite. Le nouvel aéroport international Techo, qui a pris le relais de l'ancien aéroport de Phnom Penh, enregistre 2,11 millions d'arrivées, une hausse de 20,6 % qui lui permet d'absorber 38 % du trafic touristique international du pays. Siem Reap Angkor progresse de son côté de 9,3 %, à 672 031 arrivées, et Sihanoukville bondit de 144,5 %, quoique depuis une base modeste de 71 451 arrivées.
Résultat : la part de l'avion dans le total des arrivées passe de 35,8 % en 2024 à 51,3 % en 2025, un niveau qui renoue avec celui d'avant la pandémie.
Le tourisme domestique, rempart contre la crise
Pendant que le tourisme international se contracte, le marché intérieur, lui, poursuit sa progression. Le Cambodge a enregistré 25,16 millions de voyages domestiques en 2025, en hausse de 11,7 %, pour une dépense moyenne de 52 dollars par voyageur sur un séjour de trois jours et deux nuits en moyenne. Les visites de résidents étrangers en province, elles, reculent de 6,1 %, à 3,74 millions, reflet indirect de la baisse du tourisme international.
Phnom Penh reste la destination la plus visitée, avec près de 10 millions de voyageurs domestiques, devant les zones côtières (9,4 millions) et la zone culturelle autour de Siem Reap et Angkor (3,5 millions).
Ce dynamisme n'a rien d'un hasard statistique. Il correspond à une stratégie assumée par le gouvernement pour limiter les dégâts de la crise frontalière. Le ministère du Tourisme a fait du marché intérieur l'un des piliers de sa campagne « Visit Cambodia in the Green Season », censée transformer la saison des pluies, traditionnellement creuse, en période d'activité soutenue. Sa phase pilote, en 2025, a permis d'enregistrer 9,46 millions de voyageurs domestiques sur la seule période mai-octobre, en hausse de 64,7 % sur un an, une accélération qui a directement contribué à limiter la casse dans les provinces les moins exposées à la fermeture de la frontière thaïlandaise.
L'enjeu est aussi géographique. En redirigeant la demande locale vers des destinations moins dépendantes du tourisme régional, comme les zones côtières de Kep et Kampot ou les sites écotouristiques du Nord-Est, les autorités cherchent à répartir plus équitablement les retombées économiques entre provinces, plutôt que de les laisser concentrées sur les points d'entrée frontaliers directement touchés. Le directeur général du Cambodia Tourism Board a d'ailleurs cité Kep et Kampot comme des atouts sous-exploités, à valoriser via des forfaits de trois jours associant plage et gastronomie locale.
Ce report partiel de la demande vers le marché intérieur éclaire en partie le paradoxe le plus frappant de l'année : les arrivées internationales chutent de 16,9 %, mais les recettes touristiques totales, elles, progressent de 6,6 %. La dissociation tient d'abord à une clientèle internationale plus dépensière par tête. Mais la vitalité de la demande domestique, moins rémunératrice à l'unité (52 dollars par voyage en moyenne) mais largement compensée par le volume, a maintenu un flux d'activité pour les hôtels, restaurants et guides locaux dans les zones épargnées par la crise, amortissant le choc sur l'emploi et les revenus du secteur.
3,9 milliards de dollars de recettes, 9,8 % du PIB
Malgré la baisse du nombre de visiteurs, les recettes touristiques internationales progressent de 6,6 % en 2025, à 3,88 milliards de dollars, portant la part du secteur dans le PIB cambodgien à 9,8 %, contre 9,4 % en 2024. Le secteur revendique environ 420 000 emplois directs, pour un parc de 95 588 chambres d'hôtels et de pensions, 2 301 restaurants recensés et 652 licences d'agences de voyages et de tour-opérateurs actives à travers le pays.
2026 : la crise s'aggrave avant d'espérer un rebond
Les données disponibles pour le début de 2026 montrent que la crise ne s'est pas refermée avec l'année civile. Un cessez-le-feu est bien entré en vigueur le 27 décembre 2025, mais il reste fragile, et la frontière terrestre avec la Thaïlande demeure fermée à l'heure où ces lignes sont écrites. Les autorités continuent de déconseiller toute approche à moins de 50 kilomètres de la ligne de front. Entre janvier et mai 2026, les arrivées internationales chutent de 47,8 % sur un an, à 1,54 million de visiteurs contre 2,95 millions sur la même période de 2025. Même Siem Reap Angkor, cœur battant du tourisme cambodgien, voit ses arrivées étrangères reculer de 31,9 % sur la période.
Sur l'ensemble du premier semestre 2026, les recettes touristiques internationales s'effondrent de 31,5 %, à 1,4 milliard de dollars, pour 1,8 million d'arrivées, contre 3,4 millions un an plus tôt. Et même en excluant la Thaïlande du calcul, la baisse atteint encore près de 30 %, signe que la crise a débordé le seul conflit frontalier pour entamer plus largement la confiance des voyageurs internationaux, dans un climat également marqué par la couverture médiatique internationale consacrée aux centres d'arnaques en ligne implantés dans le pays.
Le tourisme domestique, lui, confirme sa fonction d'amortisseur. Plus de 6 millions de voyages domestiques ont été enregistrés au premier trimestre 2026, en hausse de 58 % sur un an, et plus de 20,3 millions sur les cinq premiers mois de l'année, soit une progression de 54,2 %. Face à cette dynamique, le gouvernement a reconduit et élargi sa campagne « Visit Cambodia in the Green Season » pour 2026, cette fois assortie de réductions pouvant atteindre 50 % sur l'hébergement et la restauration à Siem Reap à partir du mois d'août, d'une loi anti-arnaques votée en avril, et d'un dispositif de visa gratuit pour les visiteurs chinois entre le 15 juin et le 15 octobre 2026.
Reste que la trajectoire à moyen terme dépend d'une variable que le Cambodge ne maîtrise pas seul : la réouverture de la frontière thaïlandaise. Interrogé en juin 2026, le premier ministre Hun Manet a jugé qu'il n'y avait, à ce stade, pas lieu d'en discuter. Dans son rapport de consultation annuelle 2026, le bureau de recherche macroéconomique régional AMRO prévient que la persistance des restrictions frontalières, conjuguée à la hausse des coûts de transport et à une inflation de 4,5 %, continuera de peser sur le tourisme et la mobilité transfrontalière cambodgienne tant qu'aucune issue politique durable n'aura été trouvée.







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