Au musée SOSORO, Colin Grafton raconte son Cambodge d'avant 1975
Plus de 70 personnes ont assisté jeudi 10 septembre au lancement de « Cambodia, November 28, 1972 – April 7, 1975 », au musée SOSORO de Phnom Penh. Le photographe britannique y a raconté l'histoire de ses images et son propre parcours, jusqu'à son départ du pays dix jours avant l'entrée des Khmers rouges dans la capitale.

Lancement du livre au musée SOSORO
Les invités sont arrivés par l'entrée du jardin, rue 102. Autour des tables hautes, les exemplaires passaient de main en main. Certains lisaient debout, un verre à la main. Colin Grafton, veste beige et krama, dédicaçait à une table.
Le livre revient à son point de départ. Le SOSORO avait proposé au photographe une exposition de deux semaines, avec des images sans lien avec les danseuses de son premier livre, Dancers. L'accueil du public et des organisateurs l'a convaincu d'en faire un ouvrage.

Devant l'assistance, Colin Grafton a rappelé l'histoire de ces photos et son parcours personnel dans un pays en guerre, jusqu'à l'effondrement de 1975.
Phnom Penh sous la République khmère
Le titre donne les dates exactes de son séjour. Colin Grafton arrive au Cambodge le 28 novembre 1972. Il en repart le 7 avril 1975. Soit deux ans et quatre mois, les derniers de la République khmère.
Le livre compte 143 pages. Il est paru en août 2026, en anglais, publié par l'auteur à Phnom Penh. La mise en page est signée Keiko Kitamura-Grafton, son épouse.

Né à Londres en 1947, Colin Grafton rejoint l'Asie par la route en 1969. Il enseigne l'anglais au Laos de 1970 à 1972, puis à Phnom Penh. La capitale est encerclée. Il photographie la rue, les cyclos, les danseuses du ballet classique.
Certaines images montrent la guerre de biais. En 1974, des habitants sont assis au bord du Tonlé Sap pendant que l'artillerie tire sur l'autre rive, à Chroy Changvar. En 1973, près du Palais royal, une plaque de rue indique « Place de la République ».
Il sort aussi de la capitale. En 1974, grâce aux relations de sa petite amie cambodgienne de l'époque, il monte dans un hélicoptère militaire pour Pailin. Il y photographie des centaines de chercheurs de saphirs, hommes et femmes, au travail dans le lit de la rivière.
7 avril 1975 : le départ de Pochentong
Le 7 avril 1975, Colin Grafton quitte l'aéroport de Pochentong à bord d'un avion de riz vide, direction la Thaïlande. Dix jours plus tard, les Khmers rouges entrent dans Phnom Penh. « Nous pensions naïvement que la crise ne durerait que quelques semaines ou quelques mois », confiait-il en 2021 à Angkor Database.
Les photos de Prum Sisaphantha
Le livre raconte aussi l'histoire de Prum Sisaphantha, danseuse et collègue de Colin Grafton. En 1974, elle lui demande des photos pour documenter les gestes de la danse. Un samedi après-midi, elle tend un fond de brocart chinois et passe sa tenue d'entraînement. Il prend une pellicule entière, à la lumière de la fenêtre. Il garde un jeu de tirages. Il lui donne l'autre, avec les négatifs.

Après la victoire des Khmers rouges, Phantha et sa famille sont envoyées à Battambang. Sa sœur cadette, Van Thang, cache les photos pendant trois ans. En 1978, les Khmers rouges les découvrent.
En 1979, après la chute du régime, Phantha revient seule à Phnom Penh. La maison familiale est en ruines, encore fumante. Les négatifs sont en cendres. Avec un morceau de charbon, elle écrit sur un mur voisin qu'ils sont vivants, à Battambang. Les portraits publiés aujourd'hui viennent du jeu que Colin Grafton avait emporté.
Colin Grafton, cinquante ans après
Après Bangkok, il part pour le Japon, où il enseigne jusqu'en 1980. Il revient ensuite en Thaïlande comme volontaire dans les camps de réfugiés cambodgiens. Sa première exposition sur le Cambodge a lieu à Londres en 1981.
Il revient au Cambodge en vacances en 1992 et s'installe à Phnom Penh en 2014. Avec Keiko Kitamura, il a depuis monté des expositions au Centre Bophana, au musée du génocide de Tuol Sleng et à Meta House.
Pour ce livre, il est retourné sur les lieux photographiés cinquante ans plus tôt : Oudong, Pailin, Siem Reap, Banteay Chhmar et Phnom Penh. Il a cherché ce que les gens et les lieux étaient devenus. À Banteay Chhmar, ses images de 1972 comparées à celles des années 2010 et 2020 montrent l'ampleur du pillage des sculptures.

Un documentaire lui est consacré. Just Being There, de Robert Carleton-Chhaing, a été projeté en séance privée le 31 juillet à l'Institut français de Phnom Penh. Il doit être présenté au Phnom Penh Film Festival en mai 2027.
À lire aussi : la biographie de Colin Grafton sur Angkor Database








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